Plusieurs salariées d’Air France dénoncent des cas répétés de harcèlement et d’agressions sexuelles. Une enquête de la cellule investigation de Radio France diffusée en février 2025 a révélé une « culture d’entreprise » où ces faits seraient trop souvent banalisés. Le dernier épisode en date a été jugé lundi 30 mars 2026 devant les prud’hommes de Bobigny.

Le 25 décembre 2019, après un vol Paris-Rabat, Séraphine S., jeune hôtesse de l’air en CDI, passe la soirée d’escale avec l’équipage dans une chambre d’hôtel. Un steward la touche aux jambes puis à la poitrine. Le commandant de bord assiste à la scène et lance : « Mais vas-y, touche-la ». Séraphine S. tente de se dégager, quitte les lieux et signale les faits dès le lendemain à Air France.

De retour à Paris, la compagnie aérienne rédige un rapport d’« accident du travail bénin » évoquant seulement des « troubles émotionnels ». En janvier 2020, lors d’un entretien avec les ressources humaines, on lui présente une lettre d’excuses du steward et on lui demande de l’accepter par écrit, en renonçant à toute poursuite contre lui et contre Air France.

« À peine quelques jours après les agressions sexuelles qu’elle dit avoir subies, Séraphine S. comprend que son employeur ne la soutient pas et cherche à refermer l’affaire », explique son avocate, Me Mylène Hadji, citée par franceinfo. Elle qualifie cette demande de « violence de plus ». Lundi 30 mars 2026, Air France a comparu devant les prud’hommes de Bobigny. La compagnie tricolore affirme que l’incident était clos, que Séraphine S. a signé « de son plein gré » et qu’aucune procédure disciplinaire n’a été engagée contre le steward.

Aux prud’hommes, Séraphine S. est soutenue par son compagnon, des militantes de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), et aussi plusieurs hôtesses de l’air venues soutenir leur collègue dans la procédure. Le jugement est attendu le 28 septembre 2026.

Une enquête qui brise l’omerta
Ce cas n’est pas isolé. En février 2025, la cellule investigation de Radio France a recueilli de nombreux témoignages. Mathilde, hôtesse depuis plus de vingt ans, décrit une agression grave en escale à Casablanca en octobre 2021. D’autres parlent de propos obscènes, d’attouchements en vol et d’insultes sexistes. Un rapport d’audit interne de septembre 2024 révèle que près de la moitié des personnels de cabine sur longs-courriers jugent leurs relations avec les pilotes « gênantes ou très gênantes ». Beaucoup de signalements seraient classés sans suite.

Les victimes dénoncent une omerta. « C’est une culture d’entreprise, connue et valorisée », affirme l’une d’elles dans l’enquête de Radio France. Les pilotes sont souvent décrits comme « tout-puissants ». La direction d’Air France a toujours démenti protéger les agresseurs. En juin 2022, la PDG Anne Rigail avait diffusé une vidéo interne pour rappeler la « tolérance zéro ». Pourtant, les plaignantes évoquent une double violence : l’agression, puis l’inaction de l’employeur. Ces révélations ont provoqué une réaction politique. Dans la foulée de l’enquête de Radio France, le ministre des Transports a convoqué la direction d’Air France dès février 2025.

Air France renforce ses mesures de prévention
Face à la vague #MeToo, la compagnie tricolore a réagi. Le 12 décembre 2025, elle a signé avec tous les syndicats un accord pour la période 2026-2031. Il prévoit une cellule d’écoute externe indépendante accessible 24h/24, un service dédié aux ressources humaines, des formations obligatoires et des circuits de signalement renforcés.

Malgré ces avancées, certaines victimes restent sceptiques. Le dossier de Séraphine S. et les nombreux témoignages montrent que la lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles reste un enjeu majeur chez Air France.

Violence sexuelle chez Air France : une hôtesse porte plainte devant les prud’hommes 1 Air Journal

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