Après plus d’une décennie de guerre, de dégradation des infrastructures et d’isolement international, le transport aérien syrien tente de retrouver une place dans les échanges régionaux et internationaux. Entre renouvellement de flotte, réouverture de lignes et investissements aéroportuaires, les autorités de Damas affichent l’ambition de rétablir progressivement la connectivité du pays.
La reconstruction reste cependant à ses débuts. Le réseau de Syrian Airlines (ex-Syrian Arab Airlines) demeure limité, la flotte disponible reste modeste et les enjeux de sûreté, de réglementation, de financement et de maintenance restent considérables. Mais les annonces intervenues depuis l’été 2026 illustrent une accélération tangible.
Deux Airbus A320 pour reconstruire la flotte
Syrian Airlines a reçu le 29 août ses deux premiers Airbus de la famille A320 dans le cadre d’un programme de modernisation portant sur huit appareils. Les deux monocouloirs, acquis sur le marché de l’occasion, ont été inscrits au registre aéronautique syrien sous les immatriculations YK-AKI et YK-AKJ.
Le premier est un Airbus A320-214, le second un A320-232. Tous deux disposent de 156 sièges, dont 12 en classe Affaires et 144 en classe Economie. Selon les informations publiées par l’Autorité générale de l’aviation civile et du transport aérien syrienne, les appareils ont été sélectionnés en fonction de leur état technique, de leur historique de maintenance et de leur aptitude à être rapidement remis en exploitation.
L’arrivée de ces deux avions constitue un changement notable pour une compagnie aérienne qui a longtemps été entravée dans l’exploitation de son parc. Syrian Airlines a été soumise pendant des années à des sanctions américaines, qui ont compliqué l’acquisition d’avions, de pièces détachées et de prestations de maintenance. D’après les données citées par AeroTime, sa flotte théorique comprend huit A320, deux A340-300, deux Tupolev Tu-134B et deux Iliouchine Il-76 cargo, mais une part importante des A320 et l’ensemble des A340 restaient immobilisés au sol faute de pièces disponibles.
Les deux A320 ne correspondent donc pas à une livraison directe de l’avionneur Airbus, mais à une acquisition sur le marché secondaire. Ils sont appelés à renforcer les opérations court et moyen-courrier de la compagnie aérienne nationale, dont le redémarrage dépend autant de la disponibilité d’avions opérationnels que de la remise à niveau de ses procédures de maintenance, de formation des équipages et d’assistance au sol.
Europe, Moscou et Médine au programme
Parallèlement, Syrian Airlines reconstruit son réseau international. Elle a repris ses vols directs entre Damas et Amsterdam le 2 juillet 2026, renouant avec le marché européen après l’assouplissement des restrictions européennes visant le transporteur syrien.
Une liaison entre Damas et Berlin a également été rétablie le 15 août. Egalement, les vols Damas-Moscou ont repris le 16 août, après une interruption d’environ un an et demi liée à la situation politique du pays. Cette desserte doit être opérée chaque dimanche, avec une fréquence hebdomadaire. La compagnie aérienne syrienne a aussi relancé une liaison hebdomadaire vers Médine, en Arabie saoudite, le 11 août. Ce marché présente une importance particulière pour les déplacements religieux, familiaux et communautaires entre la Syrie et le royaume.
La prochaine étape annoncée concerne l’Europe du Nord et l’Europe centrale. Syrian Airlines prévoit de lancer en septembre des liaisons directes au départ de Damas vers Vienne et Copenhague, selon l’agence turque Anadolu. Ces ouvertures restent à confirmer sur le plan opérationnel et réglementaire, mais elles signalent l’objectif de la compagnie aérienne syrienne de retrouver une présence plus large sur le continent européen.
La stratégie vise à reconnecter la Syrie avec les pays accueillant une importante diaspora syrienne, tout en rétablissant des possibilités de voyage pour les résidents du pays. « La reprise reflète les efforts plus larges pour reconstruire la présence régionale et internationale de Syrian Airlines et reconnecter le pays avec le monde », a déclaré Omar Al Hosari, président de l’Autorité générale syrienne de l’aviation civile.
L’aéroport de Damas au cœur du plan
Le redressement de la compagnie aérienne nationale s’appuie sur un programme de développement de l’aéroport international de Damas. En novembre 2025, l’Autorité générale syrienne de l’aviation civile a finalisé un accord de concession de 4 milliards de dollars avec un consortium international conduit par le groupe qatari UCC Holding, via sa filiale Urbacon Concessions Investment. Le consortium comprend également les entreprises turques Cengiz İnşaat et Kalyon İnşaat, ainsi que l’américaine Assets Investments.
Le contrat, de type « Build-Operate-Transfer », prévoit la modernisation des terminaux existants et la construction progressive d’un nouveau Terminal 3. Les travaux sur les Terminaux 1 et 2 doivent permettre de porter la capacité de Damas à environ 6 millions de passagers annuels d’ici à la fin de 2026. Dans les phases suivantes, le Terminal 3 doit ajouter 10 millions de passagers de capacité, puis deux extensions de 7,5 millions chacune, pour atteindre une capacité finale annoncée de 31 millions de passagers par an.
Le programme comprend aussi un volet estimé à 250 millions de dollars pour l’acquisition de nouveaux avions et la modernisation de la flotte nationale. Les deux A320 réceptionnés fin août constituent la première matérialisation visible de ce volet aérien.
La modernisation de l’aéroport ne se limite pas aux bâtiments passagers. Elle doit aussi inclure des équipements de navigation, de contrôle aérien, de traitement des bagages et d’assistance au sol, indispensables pour accompagner un retour durable des liaisons internationales. Les annonces officielles ont également évoqué un projet d’hôtel cinq étoiles intégré à l’ensemble aéroportuaire.
Un retour encore fragile
La relance de l’aérien syrien intervient dans un environnement toujours complexe. La suspension, puis la levée progressive d’une partie des sanctions européennes ont facilité le retour de Syrian Airlines vers certains aéroports européens. L’Union européenne avait notamment suspendu en février 2025 plusieurs mesures restrictives dans les secteurs de l’énergie, des transports et de la finance, y compris les restrictions affectant l’accès aux aéroports européens.
Cette évolution réglementaire ne fait toutefois pas disparaître les obstacles techniques et commerciaux. Une compagnie aérienne qui revient après des années de sous-investissement doit reconstituer ses capacités de maintenance, obtenir ou renouveler les autorisations nécessaires, sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et démontrer la conformité de ses opérations aux exigences des pays desservis.
Le trafic aérien régional semble néanmoins reprendre graduellement. Les autorités syriennes ont recensé 20 315 survols de l’espace aérien du pays en juillet 2026, un chiffre présenté comme le signe d’une normalisation partielle de l’activité dans les cieux syriens.

@Cham Wings Airlines
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