Le projet de liaison entre Milan-Malpensa et Lima d’Emirates prend une dimension politique. Le président de la Lombardie, le maire de Milan et les milieux économiques locaux demandent à Matteo Salvini d’autoriser cette desserte, envisagée pour 2027. Face à eux, ITA Airways, Neos et Aeroitalia dénoncent les conséquences d’une nouvelle ouverture du marché italien au transporteur de Dubaï.
Malpensa–Lima : un soutien commun des élus et des entreprises
Pour défendre la connectivité de Malpensa, les responsables lombards affichent un front commun. Selon les informations publiées le 15 octobre par le Corriere della Sera, Attilio Fontana, président de la région, et Giuseppe « Beppe » Sala, maire de Milan, ont signé une lettre au ministre italien des Infrastructures et des Transports, Matteo Salvini, demandant le feu vert à la liaison d’Emirates vers la capitale péruvienne. À leurs côtés figurent notamment les représentants d’Assolombarda, de la Chambre de commerce de Milan, de Fiera Milano et de SEA, gestionnaire des aéroports de Malpensa et de Linate. Leur argument : l’offre aérienne doit répondre aux besoins d’un territoire industriel et exportateur. « La disponibilité de liaisons aériennes efficaces constitue un facteur essentiel d’accessibilité, d’attractivité et de développement », écrivent les signataires dans cette lettre citée par le quotidien italien.
Ils mettent également en avant le fret, susceptible de compléter les recettes passagers. Une desserte sans escale permettrait, selon eux, de renforcer les échanges avec le Pérou et, plus largement, l’Amérique latine. Ils demandent que la décision repose sur « une évaluation des bénéfices globaux pour le système économique », plutôt que sur les seuls intérêts des transporteurs opposés au projet.
Un marché estimé à 150 000 passagers annuels
La lettre évoque environ 150 000 passagers par an entre Milan et Lima, actuellement acheminés avec correspondance. Pour Emirates, l’enjeu serait de pouvoir commercialiser directement le segment Italie–Pérou dans le cadre d’un service relié à Dubaï. La compagnie a demandé à l’Enac, l’autorité italienne de l’aviation civile, des droits de cinquième liberté. Ce mécanisme permet à un transporteur d’embarquer et de débarquer du trafic entre deux pays étrangers dans le prolongement d’un service commençant ou se terminant dans son propre pays.
Emirates applique déjà ce modèle entre Milan et New York-JFK, sur une liaison inaugurée en 2013 et intégrée à son service depuis Dubaï. Le précédent existe donc à Malpensa ; c’est son extension vers un nouveau marché américain qui cristallise les oppositions.
Neos et ITA Airways dénoncent une concurrence accrue
Dans une lettre datée du 8 octobre, le président de Neos, Lupo Rattazzi, exprime sa « ferme opposition » à l’octroi de ces droits. Le dirigeant de la compagnie du groupe Alpitour redoute que l’ajout de Lima à New York constitue une nouvelle étape vers une plateforme européenne d’opérations intercontinentales d’Emirates. Ces autorisations ne doivent pas devenir « un instrument de construction progressive d’un réseau long-courrier au départ d’aéroports italiens par un transporteur extra-européen », écrit-il.
Aeroitalia s’est également prononcée contre, bien qu’elle n’exploite pas de vols intercontinentaux. ITA Airways, de son côté, aurait fait connaître son opposition tout en étudiant une liaison Rome-Fiumicino–Lima, éventuellement dès l’été 2027. Ce projet, rapporté le 11 octobre par le quotidien italien sur la base de sources proches du dossier, n’est toutefois pas une ouverture officiellement annoncée ; ITA n’a pas commenté ces informations. Le différend oppose ainsi deux logiques de réseau : renforcer les liaisons sans escale de Malpensa ou préserver les perspectives de développement du hub de Fiumicino.

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