Un Boeing 737‑800 de Ryanair au départ de Séville pour Cork a frôlé la collision avec un ATR72 de RAM Express qui venait de s’engager par erreur sur la piste en pleine tempête, le 19 juin 2024. Selon le rapport d’enquête espagnol, les deux avions ne se seraient manqués que d’une quinzaine de mètres en hauteur, alors que le 737 accélérait déjà à plus de 320 km/h.

Une  quasi‑collision sur la piste 27 de Séville

D’après le rapport publié par la Commission espagnole d’enquêtes sur les accidents et incidents d’aviation civile (CIAIAC), le vol Ryanair FR3262, opéré en Boeing 737‑800 (immatriculé EI‑DYC), effectuait un décollage normal depuis la piste 27 de Séville à destination de Cork avec 179 personnes à bord. Au même moment, un ATR72‑600 de RAM Express (Royal Air Maroc), immatriculé CN‑COE et opérant le vol AT925 vers Casablanca avec 48 occupants, s’est engagé par inadvertance sur la même piste après une erreur de roulage.

La CIAIAC indique que le 737 est passé à seulement 50 pieds, soit environ 15 mètres, au‑dessus de l’ATR, alors qu’il atteignait 174 nœuds, près de 322 km/h, peu après midi, heure locale. Malgré cette proximité extrême, aucun dommage ni blessé n’a été constaté sur l’un ou l’autre appareil.

Une erreur de roulage sous forte pluie

Les enquêteurs attribuent la cause principale de l’incident à la non‑application correcte des procédures de roulage par l’équipage de l’ATR. Selon le rapport, les pilotes de RAM Express ont reçu une alerte « icing », alors que la température extérieure était de 18 °C, ce qui les a conduits à se concentrer quelques instants sur le cockpit pour analyser ce qu’ils considéraient comme une indication erronée.

Pendant ce laps de temps, l’ATR a continué tout droit et a emprunté une bretelle signalée « No Entry », réservée à la sortie de piste, qui mène directement à la piste 27, au lieu de tourner à gauche comme prévu. Le rapport souligne que l’équipage n’était « pas suffisamment concentré sur la phase de roulage » et ne lui accordait pas « l’importance qu’elle mérite », manquant en outre de « conscience situationnelle adéquate » de son environnement sur le terrain.

Visibilité dégradée, marquages peu visibles et éclairage inadapté

Au moment des faits, l’aéroport de Séville était affecté par un orage avec fortes pluies, réduisant la visibilité sur la piste à environ 3 km. Dans ces conditions, les marquages au sol « No Entry », mouillés et non éclairés, pouvaient être difficiles à distinguer pour l’équipage de l’ATR.

Le rapport de la CIAIAC pointe également des facteurs contributifs liés à l’infrastructure et à l’exploitation de l’aéroport : configuration d’éclairage non adaptée à la dégradation rapide de la visibilité, absence de certains panneaux directionnels et d’information sur les voies de circulation, et retard dans la mise à jour de la configuration lumineuse en raison d’un délai de réception du bulletin météo. Les enquêteurs estiment que l’activation des feux de voie de circulation aurait « probablement aidé l’équipage de RAM Express à distinguer plus clairement la voie de circulation de la piste ».

Le contrôle aérien pris de court

L’enquête revient également sur le rôle du contrôle aérien de Séville. L’ATR a roulé dans la mauvaise zone pendant 1 minute et 2 secondes avant qu’un contrôleur ne détecte l’incursion et n’ordonne au vol RAM Express de s’arrêter. La CIAIAC note qu’un contrôleur avait donné à l’ATR une clairance de roulage incomplète vers un point d’attente, « supposant probablement » que l’équipage connaissait suffisamment la configuration de l’aéroport.

Le contrôleur a ensuite ordonné à l’ATR de maintenir sa position à un moment où le 737 de Ryanair avait déjà dépassé le point au‑delà duquel un arrêt au décollage n’était plus possible en toute sécurité. Le rapport souligne que la charge de travail du contrôleur n’était pas élevée à ce moment‑là, mais que celui‑ci semblait davantage concentré sur la gestion du départ Ryanair que sur la correction de la lecture incomplète de la clairance par les pilotes de l’ATR. Parmi les facteurs contributifs figure aussi l’absence d’une instruction de stop donnée suffisamment tôt pour empêcher l’ATR d’atteindre le bord de piste.

Le 737 poursuit son décollage, l’ATR revient au parking, un incident classé « runway incursion »

Le Boeing 737‑800 a poursuivi son décollage, a survolé l’ATR engagé sur la piste, puis a poursuivi sans autre incident vers Cork, où il s’est posé normalement. Après coup, l’équipage de Ryanair a indiqué ne jamais avoir vu l’autre avion sur la piste durant la manœuvre. De son côté, l’équipage de l’ATR a demandé l’autorisation de revenir au point de stationnement en évoquant des problèmes techniques, avant de décoller de nouveau un peu plus d’une heure plus tard, cette fois en suivant la bonne trajectoire de roulage, puis de rejoindre Casablanca sans autre événement. Le rapport précise que le commandant de bord du vol Ryanair, âgé de 35 ans, volait sur la ligne Cork–Séville depuis six ans « sans incident préalable ».

L’incident de Séville est classé comme « runway incursion », une intrusion non autorisée d’aéronef ou de véhicule sur une piste en service. Ce type d’événement fait l’objet d’une attention particulière des autorités internationales, notamment de l’OACI, d’EASA et d’Eurocontrol, qui ont élaboré un plan d’action global de prévention des incursions de piste (GAPPRI) insistant sur la formation des équipages, la standardisation de la phraséologie et l’amélioration de la signalisation au sol.

Recommandations de sécurité et mesures déjà prises

À l’issue de son enquête, la CIAIAC a émis deux recommandations de sécurité à destination de l’exploitant de l’aéroport de Séville et du fournisseur de services de navigation aérienne, visant la signalisation au sol et la formation des contrôleurs. Il s’agit notamment d’améliorer la lisibilité de la signalisation directionnelle et des marquages, ainsi que d’adapter plus rapidement la configuration lumineuse des pistes et taxiways lorsque les conditions météorologiques se dégradent. Le rapport souligne par ailleurs que RAM Express avait déjà mis en œuvre plusieurs mesures de sécurité concernant la formation des équipages à la prévention des incursions de piste, jugées « adéquates » par les enquêteurs. 

Un rapport cible un incident grave à Séville en 2024 : un ATR de RAM Express était sur la piste lors du décollage d’un vol Ryanair 1 Air Journal

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