Icelandair a signé une lettre d’intention pour acquérir 49% de Fly Play Europe, une société basée à Malte qui détient un certificat de transporteur aérien (AOC) maltais, laissé inactif après la faillite de la low-cost islandaise Play.

En s’adossant à cette structure, la compagnie nationale islandaise entend gagner en flexibilité opérationnelle, développer ses activités de charter et d’ACMI en Europe et s’aligner sur les grands groupes européens qui s’appuient déjà sur plusieurs AOC pour optimiser leur modèle.

Un projet d’entrée à 49% dans Fly Play Europe

Selon la lettre d’intention annoncée le 1er avril 2026, Icelandair envisage de prendre une participation de 49% dans Fly Play Europe, immatriculée à Malte et titulaire d’un AOC délivré par l’autorité maltaise de l’aviation civile. La société, initialement créée comme filiale de Fly Play hf. avant la faillite de cette dernière, est aujourd’hui contrôlée par un groupe d’investisseurs islandais, notamment des fonds de pension. Icelandair souligne que les discussions restent préliminaires et que la lettre d’intention n’est pas contraignante. Toute opération effective serait conditionnée à un audit approfondi, aux autorisations réglementaires et à des arrangements spécifiques avec le liquidateur judiciaire de Fly Play hf., l’ancien propriétaire.

Malte, levier d’accords bilatéraux et de fiscalité

En mettant la main sur un AOC maltais, Icelandair vise explicitement l’accès à un spectre plus large d’accords de services aériens et à un environnement fiscal différent de celui de l’Islande, notamment en matière de conventions de double imposition. Le transporteur estime que cette structure offrirait de nouvelles marges de manœuvre pour développer ses activités de vols charter et d’ACMI en Europe, un segment porté par la demande en monocouloirs modernes pour des opérations saisonnières ou à la demande.

« Acquérir une participation dans la société ouvrirait de nouvelles opportunités pour Icelandair, par exemple dans les services charter, la société maltaise ayant accès à des accords de services aériens plus étendus et à des conventions de double imposition », explique le groupe dans sa communication. Pour un acteur historiquement centré sur le hub de Keflavík, ce pas vers Malte illustre la volonté d’élargir la plateforme opérationnelle au-delà du seul modèle de correspondance entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Vers une flotte scindée entre Islande et Malte

Icelandair étudie la possibilité d’utiliser l’AOC maltais pour distinguer ses opérations de base et ses activités plus opportunistes. Les avions dédiés au réseau cœur – les liaisons régulières au départ de Reykjavik Keflavík – resteraient opérés sous l’AOC islandais, tandis que d’autres appareils, affectés aux vols charter ou à l’ACMI, pourraient être placés sous l’AOC maltais.

Le directeur général, Bogi Nils Bogason, met en avant cette diversification des certificats comme un outil de compétitivité : «Disposer d’un certificat d’exploitation aérienne à Malte, en plus de celui d’Islande, peut ouvrir de nouvelles opportunités commerciales passionnantes, tout en simplifiant nos opérations en Islande et en augmentant notre efficacité », déclare-t-il. Il rappelle par ailleurs que la détention de plusieurs AOC est «courante » en Europe, en référence aux groupes ayant multiplié les entités opérationnelles pour s’adapter aux réglementations locales, aux régimes sociaux et aux opportunités de marché.

Fly Play Europe, vestige d’un projet de relocalisation à Malte

Fly Play Europe trouve son origine dans la stratégie avortée de la low-cost islandaise Play, qui avait choisi Malte pour y baser sa flotte et développer une activité de location d’appareils et de vols ACMI. Le certificat d’exploitation maltais a été délivré par la Direction de l’aviation civile maltaise fin mars 2025 et devait permettre de transférer à terme les dix Airbus A320neo de Play vers l’île méditerranéenne.

Le schéma prévoyait qu’environ quatre appareils restent centrés sur des liaisons loisirs depuis l’Islande, tandis que les autres seraient loués à des compagnies tierces, notamment dans le cadre d’un contrat ACMI de plusieurs années conclu avec SkyUp Malta. Play avait aussi annoncé son intention de réduire ses opérations en Islande, de mettre fin à ses vols vers l’Amérique du Nord à l’automne 2025 et, à terme, de renoncer à son AOC islandais pour fonctionner essentiellement à travers la structure maltaise.

Ce repositionnement n’a toutefois jamais été mené à son terme, la compagnie islandaise ayant cessé ses activités en septembre 2025, laissant Fly Play Europe dotée d’un AOC actif mais sans opérations régulières, et désormais entre les mains d’investisseurs financiers. C’est cette coquille opérationnelle, conforme aux standards européens et déjà reconnue par les autorités maltaises, qui suscite aujourd’hui l’intérêt d’Icelandair.

Vers un deuxième AOC pour Icelandair : la piste maltaise de Fly Play Europe 1 Air Journal

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