Plus de 40 compagnies aériennes cherchent à obtenir des créneaux à Londres-Heathrow, affirme l’exploitant, qui intensifie sa campagne en faveur d’une troisième piste. Alors que le Parlement britannique examine le cadre du projet, la promesse de nouvelles liaisons se heurte aux interrogations sur son coût et ses conséquences pour les passagers.
Créneaux à Heathrow : une demande supérieure à la capacité
À Heathrow, la file d’attente ne concerne pas seulement les voyageurs. Plus de 40 compagnies souhaitent accéder à ses créneaux de décollage et d’atterrissage, indique l’aéroport dans son communiqué du 12 octobre. Il s’agit de transporteurs souhaitant ouvrir ou développer des services, et non nécessairement de 40 nouveaux entrants. L’exploitant ne publie toutefois ni leur liste ni le détail des demandes.
Faute de capacité disponible, ces compagnies seraient contraintes de « choisir des hubs concurrents à l’étranger », déplore Heathrow, qui y voit une perte de connectivité et d’opportunités commerciales pour le Royaume-Uni. L’aéroport défend ainsi une extension susceptible, selon lui, d’accueillir davantage de transporteurs, de stimuler la concurrence et de faire baisser les tarifs.
Troisième piste : un projet encore soumis aux procédures
Le directeur général d’Heathrow, Thomas Woldbye, doit être entendu cette semaine par la commission des transports de la Chambre des communes, dans le cadre de l’examen du Heathrow Expansion National Policy Statement (HENPS). « Il ne s’agit pas simplement d’un investissement dans un aéroport. C’est un investissement dans la compétitivité future du Royaume-Uni », déclare-t-il dans le communiqué. Publié le 18 juin, ce projet de document actualise le cadre national adopté en 2018. Il doit servir de base à l’examen d’une future demande d’autorisation pour une piste au nord-ouest de l’aéroport : il ne constitue pas, à lui seul, une autorisation de construire. Le ministère des Transports souligne quatre critères : qualité de l’air, climat, retombées économiques à l’échelle du pays et bruit.
Heathrow prévoit une consultation publique du 27 octobre au 22 décembre 2026. Son projet comprend une piste pouvant atteindre 3 500 mètres, jusqu’à 276 000 mouvements supplémentaires par an et une capacité totale de 150 millions de passagers annuels. Il implique également des extensions de terminaux et le réaménagement d’une partie de l’autoroute M25, qui passerait en tunnel sous la nouvelle piste.
Redevances aéroportuaires : les compagnies demandent des garanties
L’appui à une capacité accrue ne vaut cependant pas approbation sans réserve du montage proposé. Heathrow met en avant 33 milliards de livres d’investissement privé. Mais IAG, maison mère de British Airways, Virgin Atlantic et le comité des compagnies utilisatrices réclament des garde-fous contre une envolée des coûts et des redevances. « Nous ne signerons pas un chèque en blanc », préviennent leurs dirigeants dans une tribune publiée par IAG le 31 juillet. Ils demandent notamment de maintenir les redevances proches de leur niveau actuel, d’introduire davantage de concurrence et de renforcer le contrôle indépendant des dépenses. Le débat porte donc autant sur le financement de l’extension que sur son utilité aéronautique : des créneaux supplémentaires ne garantissent pas des billets moins chers si les charges augmentent fortement.
Trafic de septembre : le Moyen-Orient pèse sur Heathrow
Cette offensive intervient alors que le trafic recule. Heathrow a accueilli 7,18 millions de passagers en septembre, soit une baisse de 2,3% sur un an. Le trafic avec le Moyen-Orient chute de 20,1%, dans un contexte de conflit régional, tandis que l’Asie-Pacifique progresse de 3,3%. Sur douze mois glissants, l’aéroport totalise 84,09 millions de passagers, un niveau stable. Près de 1,4 million de voyageurs étaient en correspondance en septembre. Heathrow souligne leur rôle dans la viabilité de lignes qui, sans ce trafic de transit, disposeraient d’un marché local insuffisant. Le fret offre un autre argument à l’exploitant : ses volumes ont augmenté de 5,4%, à 131 326 tonnes.

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