Le voyage d’affaires européen continue de résister aux incertitudes économiques et géopolitiques. Selon les dernières prévisions du World Travel & Tourism Council (WTTC), les dépenses liées aux déplacements professionnels devraient progresser de 4,2% en Europe en 2026, davantage que celles consacrées aux voyages de loisirs (+3,1%).

Présentées le 7 octobre à l’ouverture du 26e sommet mondial du WTTC, à La Valette, à Malte, ces prévisions dessinent une trajectoire favorable pour l’ensemble du secteur des voyages en Europe, affaires et tourisme réunis, contre une progression attendue de 2,5% à l’échelle mondiale. Selon le WTTC, le secteur continuerait ainsi de croître plus rapidement que l’économie européenne dans son ensemble. Ces chiffres restent des prévisions de dépenses, liées aussi à l’inflation : la progression annoncée pour le voyage d’affaires ne doit donc pas être assimilée à une hausse équivalente du nombre de déplacements ou de passagers aériens. Elle donne avant tout une indication sur la dynamique économique du marché.

« Le business est nécessaire »
Sur le terrain, Christian Mousnier, directeur de l’agence Jancarthier Business Travel , décrit une activité capable de repartir après les perturbations. « Aujourd’hui, le voyage d’affaires est reparti comme avant, parce que le business est nécessaire. En plus, nous le voyons chez nos clients : il n’y a pas eu de vraies restrictions de voyage », explique-t-il à Air-Journal. Le dirigeant souligne néanmoins une distinction importante entre les précautions prises face aux risques et une réduction durable des déplacements : « Cela n’a pas engendré de directives des entreprises de ne pas voyager. Il y avait des recommandations : “Attention”, bien sûr, pour la sécurité, mais c’est tout. »

Cette résilience n’exclut pas les à-coups. Christian Mousnier rapporte que les perturbations dans le Golfe ont notamment affecté les déplacements vers l’Asie, avec des contournements et des voyageurs renonçant temporairement à prendre l’avion. Il observe depuis une reprise sur ces marchés, tandis que les États-Unis restent, selon lui, moins dynamiques pour sa clientèle, dans un contexte politique qu’il juge moins favorable.

Une croissance portée par de nouveaux contrats
Chez Jancarthier Business Travel, Christian Mousnier fait état d’une progression du chiffre d’affaires de l’ordre de 15 à 20% par rapport à l’année précédente pour la seule activité de voyage d’affaires. Mais il prend soin d’en préciser l’origine : « Quand on parle de résilience, on n’est jamais à périmètre constant. Nous avons gagné de gros marchés cette année et, pour nous, cela génère bien entendu une croissance importante », ajoute-t-il.

Pour les entreprises, maintenir les voyages ne signifie pas renoncer à maîtriser les budgets. Face aux hausses de prix qu’il constate dans les transports, Christian Mousnier met en avant une réponse concrète : réunir plusieurs rendez-vous dans un même déplacement. « La seule chose que l’on dit aux voyageurs, c’est : “Regroupez vos voyages.” »

Plutôt que de programmer deux missions distinctes à Nice et à Marseille, par exemple, il invite les entreprises à les organiser au cours d’un même voyage lorsque cela est possible. « Cela vous permet de diminuer le coût du transport et d’optimiser vos coûts hôteliers. C’est ce qu’on leur propose de faire », précise-t-il. L’enjeu consiste alors à préserver l’utilité commerciale du déplacement tout en limitant la multiplication des trajets.

Le directeur relève également les difficultés rencontrées par certains clients pour traduire leurs engagements environnementaux dans leurs pratiques. « On sent qu’il y a une volonté de l’institution ou de l’entreprise d’aller vers les voyages les plus propres, mais la réalité est tout autre. Il y a un grand décalage entre la volonté et la réalité », constate-t-il.

La connectivité, condition de la croissance
À l’échelle européenne, le WTTC appelle les gouvernements à accompagner la dynamique du secteur en facilitant les voyages, en renforçant la connectivité et en soutenant une croissance durable. Ces priorités concernent directement le transport aérien, dont les réseaux permettent de relier les marchés et d’organiser les déplacements internationaux.

Les perspectives pour 2026 décrivent ainsi moins un retour sans contraintes qu’une capacité d’adaptation : les dépenses professionnelles devraient continuer de progresser, tandis que les entreprises cherchent à mieux organiser leurs missions. Chez Jancarthier Business Travel, le mot d’ordre reste celui d’un déplacement utile, maintenu lorsque l’activité le nécessite, mais davantage regroupé pour en maîtriser le coût.

Voyage d’affaires en Europe : des dépenses attendues en hausse de 4,2% en 2026, malgré les turbulences 1 Air Journal

©Toulouse-Blagnac