La compagnie nationale chinoise a organisé un vol supplémentaire au départ de La Havane, lundi 19 octobre, pour acheminer des voyageurs bloqués après des annulations répétées. Avec une escale à Nassau avant Madrid et Pékin, cette rotation illustre les contraintes imposées aux transporteurs par la pénurie de carburant à Cuba.
Quitter Cuba suppose désormais, pour certains passagers, un détour par les Bahamas. Air China a mobilisé le vol CA590 pour reprendre des voyageurs privés de leur liaison régulière entre La Havane, Madrid et Pékin. Selon le South China Morning Post, plusieurs dizaines de personnes étaient concernées par les annulations successives. L’ambassade de Chine avait annoncé ce départ exceptionnel en précisant que les places seraient limitées. L’opération visait les clients dont le vol CA866 avait été annulé avant le 10 octobre. Dès cette date, la représentation diplomatique avait averti de changements fréquents d’horaires et d’annulations temporaires pour des « raisons techniques », sans davantage d’explications. Reuters rapporte que ni Air China ni l’autorité chinoise de l’aviation civile n’avaient répondu dans l’immédiat à ses demandes de commentaires.
Un Boeing 787-9 de La Havane à Madrid via Nassau
Le vol supplémentaire a effectivement quitté La Havane lundi soir. Reuters, citant les données de FlightAware, confirme son atterrissage à Nassau à 23 h 25, heure locale, le 19 octobre, avant une poursuite du voyage vers Madrid puis Pékin. Il s’agit donc d’une rotation de remplacement destinée aux passagers affectés, et non de l’annonce d’une évacuation générale des ressortissants chinois. Selon les données Flightradar24, le Boeing 787-9 immatriculé B-1591 a décollé de La Havane à 22 h 33. Reparti de Nassau à 1 h 43 ce mardi 20 octobre, il était attendu à Madrid à 15 h 53, avant un départ prévu vers Pékin à 17 h 30. Ces derniers horaires restent prévisionnels à l’heure de publication.
Cette étape bahamienne n’est pas nouvelle. Dès mars, Air China avait introduit une escale technique à Nassau sur le trajet La Havane–Madrid pour avitailler hors de Cuba. La pénurie de Jet A-1 transforme ainsi une traversée transatlantique normalement sans escale en une opération à deux étapes.
Travaux à Nassau : une cause évoquée, mais non confirmée
À la difficulté de trouver du carburant s’ajoute une contrainte d’infrastructure. Un voyageur dont le départ a été annulé le 10 octobre a expliqué au South China Morning Post que le personnel d’Air China à Madrid avait invoqué des travaux sur une piste de Nassau. Ni la compagnie ni l’ambassade n’ont cependant établi publiquement de lien entre ce chantier et les annulations.
Le gestionnaire de l’aéroport Lynden-Pindling confirme bien la réfection de la piste 14/32, engagée en août et dont l’achèvement est prévu le 31 octobre. Le programme prévoyait sa fermeture complète pendant trois à quatre semaines, puis une réouverture partielle, avec transfert des opérations sur la piste 10/28. Mais Nassau Airport Development Company indiquait aussi qu’une étude de capacité avait conclu au maintien d’une capacité suffisante pour le trafic attendu. Les travaux ne permettent donc pas, à eux seuls, d’expliquer les déboires d’Air China.
Madrid–La Havane, une liaison de cinquième liberté fragilisée
Relancée le 17 mai 2024, la desserte Pékin-Capitale–Madrid–La Havane avait été programmée à deux fréquences hebdomadaires en Boeing 787-9. Elle permet à Air China de transporter aussi des passagers entre l’Espagne et Cuba, grâce aux droits dits de « cinquième liberté » : une compagnie peut commercialiser un tronçon entre deux pays étrangers dans le prolongement d’une liaison avec son propre pays.
Cette offre compte notamment pour les Cubains installés en Espagne. Selon les témoignages recueillis par le South China Morning Post, certains privilégient Air China pour ses tarifs plus accessibles que ceux d’Air Europa. À Madrid-Barajas, des voyageurs ont décrit plus de quinze heures d’attente, un manque d’informations et des difficultés à obtenir remboursements ou indemnisations.
La pénurie de kérosène réduit les liaisons avec Cuba
Air China reste l’un des transporteurs étrangers maintenant une liaison avec l’île malgré une crise qui a déjà entraîné la suspension de dessertes d’Air Canada, d’Air France, d’Iberia ou de Turkish Airlines. Début octobre, OnCuba décrivait un réseau international fortement réduit par les difficultés d’avitaillement.
L’absence de kérosène ne signifie pas nécessairement la fermeture d’un aéroport : les compagnies peuvent emporter davantage de carburant ou prévoir un ravitaillement dans un pays voisin. Air France avait elle-même tenté de maintenir Paris–La Havane avec une étape technique aux Bahamas avant de suspendre la ligne à compter du 29 mars. Pour Air China, le détour par Nassau permet encore de préserver la continuité du voyage. Il rend toutefois la desserte dépendante d’une escale supplémentaire, sur un réseau cubain déjà considérablement affaibli.

Yoann a commenté :
21 octobre 2026 - 14 h 20 min
Tout ça à cause d’un clown orange, c’est révoltant ! Comme si les cubains n’avaient pas suffisamment soufferts…