L’aéroport de Charleroi assure avoir anticipé les réductions de Ryanair pour l’hiver 2026-2027, mais appelle les autorités belges à agir avant les prochains arbitrages de capacités pour l’été 2027. La compagnie irlandaise retire six avions de sa base et supprime vingt liaisons au total à Charleroi et Bruxelles-Zaventem, représentant 1,1 million de sièges. Au cœur du bras de fer : la hausse de la taxe fédérale à l’embarquement.

Charleroi : un programme d’hiver réduit, mais une activité maintenue

À Charleroi, la direction veut rassurer sans banaliser le recul de son premier client. Après la présentation, mardi 20 octobre, du programme d’hiver réduit de Ryanair en Belgique, Brussels South Charleroi Airport (BSCA) souligne que ces ajustements, annoncés dès juillet, avaient été intégrés à sa planification. L’aéroport « est donc pleinement opérationnel, l’essentiel de son réseau est maintenu et ses équipes sont au travail pour la saison qui s’ouvre ce week-end », indique-t-il dans une réaction relayée par la presse belge. Le mouvement n’en reste pas moins significatif pour une plateforme dont l’activité dépend essentiellement de la compagnie à bas coûts. Ryanair confirme le retrait de six avions basés à Charleroi et la suppression de vingt liaisons sur ses deux aéroports belges pour l’hiver 2026-2027. La réduction représente 1,1 million de sièges à l’échelle de la Belgique.

Treize liaisons suspendues à Charleroi, Dublin seule rescapée à Zaventem

À Charleroi, treize liaisons disparaissent du programme hivernal : Amman, Dubrovnik, Nîmes, Gênes, Katowice, Lublin, Newcastle, les Asturies — via l’aéroport desservant notamment Oviedo —, Poznań, Reggio de Calabre, Sarajevo, Trapani et Varsovie-Modlin. La coupe touche ainsi plusieurs marchés européens, ainsi que la desserte de la capitale jordanienne.

À Bruxelles-Zaventem, le retrait est encore plus marqué à l’échelle du réseau de Ryanair. À partir de novembre, la compagnie ne conservera que sa liaison avec Dublin. Ses vols vers Barcelone, Madrid, Malaga, Marrakech, Porto, Rome-Fiumicino et Valence sont retirés du programme.

L’annonce porte sur le programme d’hiver : elle ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à la fermeture définitive de toutes les lignes concernées. Selon Le Soir, Ryanair conservera 75 liaisons à Charleroi cet hiver, auxquelles s’ajoutera Dublin depuis Zaventem.

Trafic à Charleroi : un recul global de 12% attendu dans les premières projections

Au-delà des lignes supprimées, les premières projections donnent la mesure du choc pour Charleroi. Selon les estimations de BSCA rapportées le 16 octobre par La DH, à partir des réponses de la ministre wallonne des Aéroports Cécile Neven à des questions parlementaires, le retrait alors annoncé de cinq appareils Ryanair devait représenter environ 1,5 million de passagers en moins. L’aéroport évoquait une baisse de capacité proche de 18%, partiellement amortie par la croissance des autres compagnies : la diminution globale de son activité serait ainsi ramenée à 12%.

L’impact social se précise : 200 postes de navigants basés à Charleroi sont concernés chez Ryanair, avec des possibilités de réaffectation dans d’autres bases, tandis que 36 CDD n’ont pas été renouvelés au sein de BSCA.

Taxe aérienne belge : une hausse à 7 euros en janvier 2027

Ryanair attribue cette contraction à la fiscalité belge. Dans son communiqué du 20 octobre, le groupe dénonce une augmentation de 250% de la taxe, en comparant les 2 euros de janvier 2025 aux 7 euros prévus en janvier 2027. « Taxer le trafic aérien ne crée pas de croissance ; cela ne fait que la déplacer ailleurs », affirme Michael O’Leary, directeur général du groupe Ryanair. Cette présentation appelle toutefois une précision : la taxe concernée s’élève déjà à 5 euros en 2026. Pour les vols internationaux de 500 à 3 500 kilomètres, elle doit passer à 7 euros le 1er janvier 2027, et non aux 10 euros initialement envisagés. L’augmentation à venir est donc de 2 euros, soit 40% par rapport au niveau actuel ; les 250% avancés par Ryanair correspondent à une comparaison avec janvier 2025.

L’été 2027 au cœur de l’appel de BSCA

Pour Charleroi, l’enjeu dépasse désormais la seule saison hivernale. La direction insiste sur la prévisibilité des conditions d’exploitation : les décisions d’affectation des avions se prennent plusieurs mois à l’avance, en fonction notamment de l’environnement économique offert par les différents pays. Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour les capacités de l’été 2027. « Les autorités disposent encore de ce délai pour décider des conditions qu’elles souhaitent fixer en matière de compétitivité du secteur aérien », souligne BSCA. L’aéroport cherche ainsi à déplacer le débat : au-delà des coupes déjà intégrées au programme d’hiver, il demande un cadre permettant de défendre les capacités des saisons suivantes.

Christophe Segaert, directeur général de BSCA, appelle à une réponse nationale. « À partir des données factuelles dont chaque aéroport du pays dispose, nous invitons les autorités à œuvrer en faveur d’une politique aéroportuaire à même de garantir la compétitivité du secteur en Belgique », déclare-t-il, en soulignant l’apport des aéroports à l’emploi et à l’activité économique du pays.

La Wallonie réclame un cadre stable et une diversification

Le gouvernement wallon partage cette inquiétude. Dans une réaction rapportée par Le Soir, il estime que les réductions de Ryanair renforcent les préoccupations pour la compétitivité de Charleroi et les milliers d’emplois qui en dépendent. « Notre responsabilité est de défendre les intérêts de la Région et de veiller à l’existence d’un cadre stable et prévisible pour ceux qui entreprennent », souligne l’exécutif régional.

La réponse wallonne ne se limite cependant pas à une demande d’intervention fédérale. Elle invite également la direction de l’aéroport et ses partenaires « à poursuivre le dialogue avec Ryanair et accélérer les démarches de diversification pour conforter durablement l’activité ». Pour Charleroi, les deux chantiers sont désormais liés : préserver les capacités de son principal client tout en réduisant sa dépendance à ses décisions de déploiement.

Ryanair réduit la voilure en Belgique, Charleroi réclame un cap fiscal stable 1 Air Journal

@BSCA