Le spectaculaire bras de fer entre Elon Musk, patron de Starlink et Michael O’Leary, patron de Ryanair, a pris, ces derniers jours, un tour à la fois politique, juridique… et très bénéfique pour les réservations de Ryanair. Interrogé à Dublin, le patron de la low cost irlandaise a sèchement douché l’hypothèse d’un rachat par le milliardaire, en rappelant que la réglementation européenne interdit à un non-Européen de prendre le contrôle d’une compagnie aérienne de l’UE.

Tout est parti du refus catégorique de Ryanair d’installer le service internet Starlink, la constellation de satellites de SpaceX, à bord de ses plus de 600 Boeing. Michael O’Leary a expliqué sur la radio irlandaise Newstalk qu’équiper la flotte entraînerait « environ 2% de traînée supplémentaire » et un surcoût annuel de l’ordre de 200 à 250 millions de dollars, soit « à peu près un dollar par passager », un niveau jugé incompatible avec le modèle ultra low cost du groupe. Il faut rappeler que l’ajout d’antennes en toiture modifie le profil aérodynamique, ajoute du poids et impose des interventions techniques sur des centaines d’appareils, autant de facteurs qui pèsent sur la consommation de carburant et la disponibilité de la flotte. Dans un contexte de coûts du kérosène toujours élevés et d’exigences environnementales renforcées, le refus de Ryanair de « sacrifier » quelques points de performance pour offrir du wifi illimité s’inscrit dans une logique cohérente avec son positionnement de référence du vol low cost en Europe.

Dans la foulée, le dirigeant a qualifié Elon Musk « d’idiot » et décrit X, le réseau social du milliardaire, comme un « cloaque », déclenchant une riposte immédiate du patron de Tesla et SpaceX, qui l’a traité à son tour « d’idiot » et de « crétin attardé » sur X. Cette escalade d’invectives entre deux figures habituées aux formules choc a très vite débordé la seule question du wifi à bord pour se transformer en duel médiatique planétaire.

Quand Musk sonde X sur un rachat de Ryanair

Elon Musk a ainsi franchi un cran supplémentaire en suggérant publiquement d’acheter Ryanair. Sur X, il a mis en ligne un sondage demandant à ses abonnés s’il devait « acheter Ryan Air et restaurer Ryan comme dirigeant légitime », référence au cofondateur Tony Ryan, décédé en 2007. Plus de 900 000 comptes ont participé au vote, dont une large majorité en faveur de l’opération, alimentant pendant plusieurs heures la spéculation sur un éventuel raid boursier.

Ryanair, coté à Dublin et à Londres, affiche une capitalisation d’environ 30 milliards d’euros, ce qui ferait d’un rachat intégral une opération colossale, même pour l’une des fortunes les plus élevées au monde. L’intérêt affiché de Musk, déjà propriétaire de X après un rachat hautement médiatisé en 2022, a d’autant plus retenu l’attention que le milliardaire avait déjà utilisé par le passé ce type de boutade avant de passer, quelques années plus tard, à l’acte sur Twitter.

Le rappel sec des règles européennes

Face à cette montée en pression, Michael O’Leary a choisi la carte du droit aérien et d’une fenêtre médiatique gratuite, plutôt que celle du clash permanent. Lors d’une conférence de presse à Dublin, il a rappelé que « les non-Européens ne peuvent pas détenir la majorité d’une compagnie aérienne européenne », en renvoyant Elon Musk aux exigences de l’Union européenne en matière de contrôle capitalistique des transporteurs aériens. « Il est libre de faire une offre à tout moment. Mais en tant que non-Européen, il ne peut pas prendre le contrôle de Ryanair », a-t-il insisté, tout en se disant ouvert à une entrée de Musk au capital à titre minoritaire.

Le règlement européen impose qu’une compagnie aérienne titulaire d’une licence dans l’UE soit détenue et effectivement contrôlée, à plus de 50%, par des ressortissants de l’Union ou de pays assimilés (EEE, Suisse). Né en Afrique du Sud, Elon Musk dispose aujourd’hui des nationalités américaine et canadienne, mais pas de la citoyenneté d’un État membre de l’UE, ce qui le disqualifie de facto pour une prise de contrôle directe.

Un « très bon placement » et une opération de communication

Fidèle à son goût du contre-pied, Michael O’Leary ne s’est pourtant pas contenté de fermer la porte. « Elon Musk est très bienvenu pour acheter des actions Ryanair, ce serait un très bon investissement, certainement meilleur que X », a-t-il ironisé, transformant l’attaque en argument commercial pour vanter la solidité boursière de sa compagnie.

Le patron de Ryanair a même reconnu que le tumulte déclenché sur les réseaux sociaux avait eu un effet mesurable sur l’activité. Selon lui, les réservations ont augmenté « d’environ 2% à 3% au cours des cinq derniers jours », une variation qualifiée de « très significative » au regard des volumes transportés par le groupe, qui revendique plus de 200 millions de passagers annuels. Il a remercié Elon Musk pour cet « extraordinaire coup de projecteur », confirmant que, pour l’instant, la « guerre du wifi » se révèle surtout gagnante pour le remplissage des avions de la low cost.

Ryanair a enfin transformé cette querelle en opération marketing, fidèle à sa réputation de communicant agressif sur les réseaux sociaux, en lançant une promotion éclair baptisée « Great Idiots seat sale », présentée comme « spécialement pour Elon et tous les autres idiots sur X ». Ryanair a mis en vente 100 000 billets à partir de 16,99 euros l’aller simple.