Les fermetures prolongées des hubs du Golfe redessinent en urgence les liaisons entre l’Europe et l’Asie, au bénéfice de plusieurs compagnies européennes et asiatiques qui récupèrent une partie du trafic… et en profitent pour vendre plus cher leurs billets d’avion.

Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, plusieurs États du Golfe ont fermé leur espace aérien, mettant à l’arrêt ou au ralenti des plateformes clés comme Dubaï, Doha ou Abu Dhabi. Emirates, Qatar Airways et Etihad ont été contraintes d’annuler ou de suspendre des centaines de vols, entraînant plus de 2 000 annulations en quelques jours et une chute brutale de capacité entre l’Europe, l’Asie et l’Océanie.

Capacités sous tension et tarifs en hausse
La fermeture des hubs de ces trois compagnies aériennes du Golfe a fait chuter l’offre de sièges sur l’axe Europe–Asie, provoquant une flambée immédiate des prix. Le Petit Journal Dubaï évoque une « chute drastique de l’offre de sièges » entre l’Asie et l’Europe, accompagnée d’une « forte hausse des tarifs disponibles ». Sur certaines dates, un billet aller simple en classe économie entre l’Europe et Bangkok (Thaïlande) a grimpé à plus de 1 900 euros, soit plus du double d’un niveau habituel pour une réservation anticipée.

Les compagnies aériennes européennes sont contraintes de contourner le Moyen-Orient, ce qui allonge les temps de parcours de jusqu’à 90 minutes sur certains trajets et renchérit la facture de carburant, dans un contexte où les prix du pétrole sont déjà en hausse. Ces surcoûts, combinés à une demande qui reste soutenue, se répercutent sur les billets, alimentant une spirale de tarifs élevés sur la plupart des grandes liaisons Europe–Asie.

Lufthansa Groupe accélère sur l’Asie et l’Afrique
Face à ce bouleversement, Lufthansa Group se positionne clairement comme un des grands bénéficiaires européens du détournement de trafic. Son patron Carsten Spohr estime que « la forte concentration des flux de trafic mondiaux via les hubs du Golfe constitue un talon d’Achille géopolitique de plus en plus préoccupant » et annonce une montée en puissance des liaisons directes des compagnies aériennes du groupe vers l’Asie et l’Afrique.

Le groupe aérien allemand, qui compte la compagnie éponyme, ainsi que les filiales Austrian Airlines, Brussels Airlines, SWISS et ITA Airways, prévoit des augmentations de fréquences ou de capacités vers Singapour, Bangkok, Delhi, Shanghai, ainsi que la reprise de Kuala Lumpur, marquant un retour en Asie du Sud-Est. En Afrique, des sièges supplémentaires sont programmés notamment vers Le Cap, tandis que Lufthansa revendique une demande « fortement augmentée » depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Selon ses prévisions, le groupe vise en 2026 une progression du chiffre d’affaires et un EBIT « en hausse significative », porté en partie par ce repositionnement long-courrier.

D’autres européens à l’affût
Lufthansa n’est pas seule sur ce créneau. Les analyses d’Alton Aviation Consultancy citées par Reuters soulignent que les compagnies aériennes offrant des vols sans escale ou utilisant des plateformes en dehors de la région touchée, comme Turkish Airlines, peuvent engranger des « gains à court terme » en récupérant la clientèle qui transite habituellement par le Golfe.

Le transporteur turc, dont le hub d’Istanbul n’est pas concerné par les fermetures, se retrouve en position de force sur les axes Asie–Europe, avec des vols très remplis et des tarifs orientés à la hausse. En Asie, Cathay Pacific, Singapore Airlines, Thai Airways ou encore EVA Air profitent aussi de ce report de la demande, en particulier sur les liaisons vers le Royaume‑Uni et l’Europe continentale, où les billets se vendent désormais à des niveaux largement supérieurs aux prix habituels.

Fermeture des hubs du Golfe : les compagnies européennes et asiatiques récupèrent le trafic… et augmentent les prix 1 Air Journal

@AJ/DR