Pour le neuvième mois consécutif, la fréquentation touristique des États-Unis recule. En janvier 2026, le pays n’a accueilli que 5,41 millions de visiteurs étrangers, soit 3,5 % de moins qu’un an plus tôt.

Sur l’ensemble de l’année 2025, les pertes s’élèvent déjà à 12,5 milliards de dollars de recettes touristiques. Le World Travel & Tourism Council (WTTC) estime même que, si les tendances se confirment, 4,7 millions de visiteurs pourraient manquer en 2026, pour un manque à gagner de 15,7 milliards de dollars en dépenses directes.

Les Européens et les Français tournent le dos
La baisse touche particulièrement les marchés européens. Selon les données du WTTC, les arrivées en provenance des pays éligibles au programme ESTA (dont la plupart des Européens) ont chuté de 23,7 %. En France, le mouvement est encore plus net. Le Syndicat des entreprises du tour operating (Seto) révèle une baisse de 14,6 % des voyages à forfait vers les États-Unis entre novembre 2024 et octobre 2025. Pour l’été 2026, les réservations ont déjà plongé de 29 % fin décembre 2025.

Près d’un Français sur deux (46%) se dit moins enclin à voyager aux États-Unis depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, selon une étude Ifop de février 2026. Parmi eux, 59% disent que la politique menée par Donald Trump pèse dans leur décision. 

L’« effet Trump » au cœur des explications
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, plusieurs mesures ont refroidi les envies de voyage. L’obligation de fournir l’historique des comptes sur les réseaux sociaux sur cinq ans pour les voyageurs exemptés de visa, les contrôles frontaliers plus stricts et le discours jugé agressif envers certains pays ont créé un climat d’inquiétude.

« Il y a un effet Trump, on va pas le nier », reconnaît sans détour Patrice Caradec, président du Seto. Et d’ajouter : « On ne peut pas dire que Trump soit le meilleur ambassadeur du tourisme aux États-Unis. »

Gloria Guevara, présidente du WTTC, l’explique clairement : les « inquiétudes liées notamment aux politiques anti-immigration des États-Unis » ont poussé de nombreux touristes vers d’autres destinations, « telles que l’Espagne et la France, ainsi que vers le Japon ». Résultat : l’Europe en profite. La France a attiré 105 millions de visiteurs en 2025 et l’Espagne 96,5 millions, bien au-dessus des 68 millions qui ont visité les États-Unis. Le lobby américain du tourisme, l’U.S. Travel Association, partage cette préoccupation. Il redoute que ces nouvelles exigences « dissuadent les voyageurs de se rendre aux États-Unis ».

L’inflation américaine renforce le rejet
L’augmentation des prix aux États-Unis constitue un frein majeur. Un petit-déjeuner à New York coûte 40 dollars. L’addition au restaurant est alourdie par des pourboires « attendus » (quasiment obligatoire !) à 20% voire 25%. Le tarif moyen d’une nuit d’hôtel a nettement augmenté sur la dernière décennie, avec une progression de plusieurs dizaines de pour cent dans de nombreuses grandes villes. Les prix de location de voiture demeurent nettement supérieurs à leur niveau de 2019.

Au total, plus de 150 000 emplois pourraient être menacés aux États-Unis si la tendance à la baisse se poursuit. Le WTTC insiste : « La sécurité aux frontières américaines est essentielle, mais les changements de politique envisagés risquent de nuire à la création d’emplois. » Face à cette chute, les professionnels du tourisme américain espèrent un rebond. Mais pour l’instant, les faits sont têtus : entre inflation, complexité des formalités et « effet Trump », les Européens – et les Français en particulier – préfèrent regarder ailleurs.

Le tourisme mondial devrait croître de 4,5% en 2026, mais les États-Unis restent en retrait. La Coupe du monde 2026, co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique avec onze villes hôtes américaines, pourrait-elle inverser la tendance ?