Air India s’apprête à enregistrer une perte annuelle record d’environ 150 milliards de roupies (1,6 milliard de dollars), conséquence directe d’un crash mortel de Boeing 787-8 et d’une série de chocs opérationnels et géopolitiques qui ont brisé ses espoirs de redressement à court terme.

Selon des estimations internes relayées par Bloomberg et la presse économique indienne, la compagnie, contrôlée par Tata Group (74,9 %) et Singapore Airlines (25,1 %), devrait afficher pour l’exercice clos au 31 mars 2026 sa plus lourde perte depuis sa privatisation. Les actionnaires espéraient un retour à l’équilibre dès cette année fiscale, porté par un plan de restructuration ambitieux et une hausse de la demande internationale, mais ce scénario a été balayé par les événements de 2025.

Le crash du Dreamliner AI171, tournant tragique

Cette contre‑performance intervient alors qu’Air India avait déjà accumulé plus de 32 000 crores de roupies (environ 3 milliards d’euros) de pertes sur les trois exercices précédents et réclamé un soutien financier supplémentaire pour mener à bien sa transformation. Le choc majeur est intervenu le 12 juin 2025, lorsqu’un Boeing 787‑8 Dreamliner d’Air India, assurant le vol AI171 entre Ahmedabad et Londres Gatwick, s’est écrasé peu après le décollage, faisant 260 morts.

À la suite du crash, la Direction générale de l’aviation civile indienne (DGCA) a imposé des inspections complètes de toute la flotte de Dreamliner d’Air India, entraînant des suspensions temporaires de lignes et une réduction de capacité sur plusieurs axes internationaux. Au‑delà du drame humain, l’accident a pesé lourdement sur les résultats : coûts d’assurances, compensations, perturbations de programme et atteinte à l’image de marque auprès de la clientèle internationale. Le rapport final d’enquête sur l’accident, attendu plus tard en 2026, pourrait formuler des critiques sur les procédures internes de la compagnie ou sur sa culture de sécurité, ce qui constituerait un nouvel enjeu pour la direction.

Ciel fermé entre l’Inde et le Pakistan

Autre facteur aggravant pour les comptes d’Air India : la fermeture de l’espace aérien pakistanais aux compagnies indiennes au printemps 2025, sur fond de tensions militaires après une attaque meurtrière contre des touristes en Inde. Islamabad a interdit l’accès à son ciel à « tout appareil enregistré, exploité, détenu ou loué par l’Inde », contraignant les transporteurs à contourner la zone par le sud ou le nord, rallongeant les temps de vol. Pour Air India, comme pour IndiGo et d’autres transporteurs indiens, ces détours ont significativement renchéri la facture carburant et compliqué la gestion des rotations vers l’Europe et l’Amérique du Nord. 

Gouvernance sous pression chez Air India

Dans ce contexte de pertes records et de tensions opérationnelles, Tata Group envisagerait de remplacer l’actuel directeur général d’Air India, Campbell Wilson. D’après l’Economic Times et Reuters, N. Chandrasekaran, président de Tata Group et d’Air India, aurait sondé plusieurs dirigeants de grandes compagnies internationales basées au Royaume‑Uni et aux États‑Unis pour lui trouver un successeur avant la fin officielle de son mandat en 2027. Les critiques portent notamment sur le rythme jugé insuffisant des transformations « sur le terrain » et sur la gestion de crise après le crash du Dreamliner, dans un environnement où la DGCA a renforcé sa surveillance.

Air India dans la tourmente : crash mortel, guerre des airs avec le Pakistan et direction sur la sellette  1 Air Journal

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