Avec le retour en ligne du Boeing 777‑300ER VT‑ALL, longtemps immobilisé au sol, Air India vient de clore la remise en état de 30 avions hérités au moment de sa privatisation, dont certains étaient hors service depuis des années.

Cette opération lourde de maintenance et de reconstruction, menée notamment dans le centre MRO de Nagpur, s’inscrit au cœur du plan de redressement Vihaan.AI et préfigure une nouvelle étape : le retrofit cabine de sa flotte long‑courrier, prévu à partir de 2027.

Un dernier 777 qui boucle la remise en vol des 30 appareils

Selon plusieurs sources industrielles, Air India, désormais contrôlée par le groupe Tata, a réintégré dans sa flotte active les 30 avions dits « legacy » qui étaient en situation de longue immobilisation au sol au moment du transfert de propriété. Avec cette remise en service, la flotte atteint 186 appareils, dont 19 monocouloirs et 11 gros-porteurs concernés par le programme de restauration.

Le dernier à reprendre les airs est le VT‑ALL, un Boeing 777‑300ER, qui marque l’achèvement d’un chantier de plusieurs années sur des avions parfois à l’arrêt depuis le début de la pandémie. « C’est le dernier des 30 avions immobilisés, et le remettre en service revient à tenir une promesse : nous avions dit que nous ramènerions tous les avions au sol dans la flotte, et aujourd’hui Air India tient cet engagement », a déclaré le directeur des opérations de la compagnie, le capitaine Basil Kwauk.

Un appareil « ressuscité » après six ans d’immobilisation

Le VT‑ALL était cloué au sol depuis février 2020, en raison de multiples systèmes hors service, de composants vieillissants et du manque de pièces de rechange critiques. Ce profil est typique d’une flotte longtemps sous-investie, où les maintenances lourdes se heurtent à des contraintes budgétaires et à la disponibilité des pièces, jusqu’à provoquer une immobilisation prolongée.

Air India a lancé en avril 2025 un chantier de remise en état complet, dans la perspective du développement de son réseau long‑courrier. L’avion a ensuite été transféré en mai 2025 dans les installations de maintenance d’Air India Engineering Services Limited (AIESL) à Nagpur, pour une opération qualifiée, côté compagnie, de restauration « du nez à la queue ».

3 000 pièces clés, 4 000 tâches de maintenance

L’ampleur des travaux sur ce 777‑300ER VT-ALL de plus de 18 ans d’âge, est proche d’une reconstruction partielle de l’appareil. Plus de 3 000 composants clés ont été remplacés, un volume inhabituel en dehors des programmes de grande visite et de renforcement structurel les plus lourds. Plus de 4 000 tâches de maintenance ont été effectuées, dont environ 80 modifications réglementaires, incluant le longeron et une intervention majeur de renforcement structurel sur la cellule.

Des ensembles majeurs ont été changés : les deux moteurs, l’unité de puissance auxiliaire (APU), les capots d’entrée et de soufflante, ainsi que les capots d’inverseurs de poussée. L’appareil a aussi bénéficié d’une reconstruction complète de ses principaux systèmes : conditionnement d’air, train d’atterrissage, circuits hydrauliques, systèmes oxygène, avionique et systèmes moteurs. Air India présente ce chantier comme un cas d’école de remise en état profonde d’un gros-porteur, rarissime sur un avion immobilisé aussi longtemps.

Un encadrement étroit des autorités indiennes et de Boeing

Chaque réparation et modification a été réalisée sous la supervision réglementaire de la Direction générale de l’aviation civile indienne (DGCA), avec un accompagnement technique de Boeing. Cette double supervision, constructeur–autorité, est incontournable pour un avion resté plusieurs années au sol, afin de revalider sa conformité aux standards de navigabilité en vigueur.

À l’issue du programme, le VT‑ALL a traversé une phase complète de validation opérationnelle : essais systèmes dans des conditions proches de l’exploitation, inspections détaillées et vols d’essai. L’appareil a obtenu son Airworthiness Review Certificate, certificat de révision de navigabilité sans lequel il ne peut reprendre des opérations commerciales régulières. Ce sésame clôt la séquence technique de remise en service, mais ouvre aussi la voie au futur programme de retrofit cabine.

Lors de sa reprise par le groupe Tata en 2022, Air India avait identifié la reconstruction de la flotte et le rétablissement des capacités opérationnelles comme une « priorité clé » de son plan Vihaan.AI, qui vise à repositionner la compagnie comme acteur majeur sur le long‑courrier. Le redémarrage des 30 appareils immobilisés s’inscrit dans cette feuille de route, aux côtés de commandes massives d’avions neufs et d’un vaste plan de rénovation cabine.

Vers un retrofit cabine à 400 millions de dollars

Le retour en ligne du VT‑ALL n’est ainsi qu’une première étape : l’appareil doit désormais intégrer un vaste programme de retrofit d’un montant global d’environ 400 millions de dollars, qui concernera l’ensemble des gros‑porteurs « legacy » de la compagnie à partir de 2027. Air India prévoit de moderniser 13 Boeing 777‑300ER de génération précédente, ainsi qu’une large partie de ses 787‑8 et de ses A320neo plus anciens, pour harmoniser le produit de cabine.

Ce programme de rénovation doit apporter de nouvelles cabines, des sièges revus, des systèmes de divertissement de nouvelle génération et une harmonisation avec la nouvelle livrée et l’identité de marque relancée par le groupe Tata.

Enjeux aéronautiques et image de marque

D’un point de vue purement aéronautique, la remise en service de 30 appareils immobilisés représente un gain de capacité significatif, mais aussi un signal sur la montée en puissance des capacités MRO en Inde. Le chantier de Nagpur illustre l’ambition d’Air India et de ses partenaires d’inscrire une partie des grandes visites et programmes de modification lourde sur le territoire national, plutôt que d’externaliser systématiquement ces opérations à l’étranger.

Air India : 30 appareils immobilisés remis en service, un 777 en symbole de la renaissance 1 Air Journal

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