L’Espagne déclare ne subir aucun problème d’approvisionnement en kérosène, contrairement à l’Italie où sept aéroports sont sous rationnement. La tension sur le carburant aérien s’intensifie en Europe à cause du blocage du détroit d’Ormuz.

Les aéroports espagnols fonctionnent normalement, sans restriction de carburant. Face aux rumeurs de pénurie en Europe, Aena, le gestionnaire national du réseau aéroportuaire espagnol, a tenu à rassurer les usagers : « Selon la information facilitée par les entreprises de stockage de carburant, rien n’indique que les aéroports espagnols connaissent un problème d’approvisionnement en ce moment ».

Ce communiqué officiel a été publié sur le réseau social X pour démentir les « fake news » qui circulaient dans le secteur aérien espagnol. Aena précise avoir passé en revue chaque point du réseau espagnol avant la Semaine Sainte, sans constater de défaillance d’avitaillement. Le gestionnaire aéroportuaire assure que l’avitaillement des avions dans les aéroports espagnols est « pleinement garantie ». Le conflit au Proche-Orient ne nuit pour le moment pas au fonctionnement habituel des compagnies aériennes opérant en Espagne.

En France, les aéroports parisiens et provinciaux ne subissent pour l’instant pas de restriction de kérosène comparable à l’Italie. Cependant, les opérateurs français surveillent de près la situation, redoutant des pénuries d’ici trois semaines si le trafic maritime dans l’Ormuz ne reprend pas

Italie : rationnement strict dans sept aéroports
La situation est très différente en Italie. Depuis le 6 avril, des restrictions majeures de kérosène touchent sept aéroports italiens. Air BP Italia, le principal fournisseur de kérosène, a confirmé ces limitations. Plusieurs compagnies aériennes ont signalé leur incapacité à faire le plein nécessaire pour les vols domestiques.

À l’aéroport de Brindisi, dans le sud du pays, les compagnies aériennes ont été priées de se ravitailler ailleurs jusqu’à 11h00 mardi matin, tandis que Reggio Calabria imposait des limitations jusqu’à 14h00. Plus au nord, les aéroports de Milan-Linate, Venise, Trévise, Bologne et Pescara sont également touchés, les perturbations étant en partie liées aux livraisons insuffisantes de la filiale Air BP Italia.

À Brindisi, le trafic a repris normalement le 7 avril après que sept camions-citernes ont été mobilisés pour reconstituer les stocks. Les professionnels du secteur tiennent à relativiser la situation : il s’agit de retards ponctuels d’approvisionnement de kérosène, non d’une pénurie structurelle, a précisé le président de la principale association italienne des carburants raffinés

La haute saison sous surveillance
Le blocage du détroit d’Ormuz explique ces tensions. Les livraisons de kérosène en provenance du Golfe Persique ont fortement ralenti depuis que le trafic maritime a été perturbé fin mars. L’association des aéroports d’Europe (ACI Europe) a tiré la sonnette d’alarme. Dans une lettre du 9 avril envoyée à la Commission européenne, le directeur général d’ACI Europe, Olivier Jankovec, prévient : « Une pénurie systémique de kérosène deviendra une réalité dans l’UE si le passage par le détroit d’Ormuz ne reprend pas de manière stable et significative dans les trois prochaines semaines ».

« La connectivité réduite qui résulterait inévitablement d’une pénurie de carburant pour avions nuirait considérablement à l’économie européenne, aggravant ainsi l’impact macroéconomique de la hausse des prix du pétrole », écrit Olivier Jankovec aux commissaires Dan Jørgensen et Apostolos Tzitzikostas.

« Le fait que nous entrions dans la haute saison estivale — lorsque le transport aérien soutient l’ensemble de l’écosystème touristique dont dépendent les économies de nombreux États membres — ne fait qu’ajouter à ces préoccupations », souligne en outre le directeur général d’ACI Europe dans la lettre. « Par conséquent, il est essentiel que l’UE accorde la priorité à la disponibilité et à la stabilité de l’approvisionnement en carburant d’avion dans le cadre de sa réponse à la crise pétrolière et énergétique déclenchée par le conflit au Moyen-Orient. »

Les demandes des aéroports
L’ACI Europe appelle donc à un « suivi urgent de la disponibilité et de l’approvisionnement en carburant d’aviation au cours des six prochains mois », en particulier après que la réunion du Groupe de coordination pétrolière a révélé « qu’il n’existe actuellement aucune cartographie/évaluation ni suivi au niveau européen de la production et de la disponibilité du carburant d’avion ». Aussi parce que plusieurs États européens disposent de réserves stratégiques de kérosène qui ne permettent une autonomie que de 8 à 10 jours, avant d’introduire le rationnement.

Pour les compagnies aériennes, le sujet dépasse la seule hausse des coûts. Il touche désormais la capacité à maintenir les programmes de vols à l’approche de la haute saison touristique. L’ACI Europe réclame à Bruxelles un « suivi urgent de la disponibilité et de l’approvisionnement » dans les six prochains mois. Dans ce contexte, l’Espagne fait figure d’exception en ce moment, avec ses approvisionnements stables grâce à la logistique de ses fournisseurs de carburant. Mais la situation reste évolutive, et l’ultimatum de trois semaines lancé par ACI Europe pèse sur l’ensemble du secteur.

Pénurie de kérosène en Europe : l'Espagne rassure tandis que l'Italie rationne ses aéroports 1 Air Journal

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