Dans un environnement géopolitique fragilisé par les tensions au Moyen-Orient et la flambée des prix du carburant, le trafic de Paris Aéroport a continué de progresser en mars 2026, porté par la bonne tenue d’Orly et des liaisons internationales. Avec 8,3 millions de passagers, les plateformes franciliennes retrouvent près 96% de leur niveau de 2019, tandis que le groupe ADP dépasse désormais nettement son trafic d’avant-crise.
Une croissance modérée dans un contexte instable
En mars 2026, le trafic de Paris Aéroport (Paris-Charles-de-Gaulle et Paris-Orly) s’établit à 8,31 millions de passagers, en hausse de 3,4% sur un an, soit 95,7% du niveau observé en mars 2019. Dans son communiqué, le gestionnaire souligne que cette progression intervient « dans un contexte d’instabilité géopolitique au Moyen-Orient », marqué par des ajustements de programmes de vols et des restrictions d’accès à certains espaces aériens.
Le groupe ADP dans son ensemble affiche en mars un trafic de 27,77 millions de passagers, en augmentation de 1% par rapport à 2025, ce qui représente 109% du trafic de 2019 à même période. Sur le premier trimestre 2026, le trafic total du groupe atteint 83,97 millions de passagers, en hausse de 2,3% et à 114,2% du niveau de 2019, confirmant le dépassement durable des volumes d’avant-crise sur l’ensemble de son portefeuille d’aéroports.
ADP précise suivre « attentivement l’évolution de la situation et ses conséquences potentielles sur le transport aérien à court, moyen et long terme », estimant qu’« à ce stade, les effets demeurent incertains, notamment en matière de reports de trafic et d’impact de la hausse des prix du carburant ». Une prudence partagée par de nombreux acteurs du secteur aérien, qui soulignent le manque de visibilité sur la demande et les capacités dans les prochains mois.
Charles-de-Gaulle en léger retrait, Orly en fort rebond
Derrière cette moyenne, les trajectoires des deux plateformes parisiennes demeurent contrastées. Paris-Charles-de-Gaulle, hub intercontinental de la place parisienne, a accueilli 5,59 millions de passagers en mars, une progression limitée à 0,5% sur un an et seulement 92,8% du trafic de 2019. CDG reste ainsi en retrait par rapport à son niveau d’avant-crise, comme l’ont déjà montré les chiffres 2023 et 2025, où l’aéroport plafonnait autour de 88 à 95% de son trafic de 2019.
À l’inverse, Paris-Orly poursuit sa dynamique de rattrapage et même de dépassement. L’aéroport du sud parisien a enregistré 2,73 millions de passagers en mars, soit une croissance de 10% par rapport à 2025 et 102,3% du trafic de 2019 à même date. Sur le premier trimestre 2026, Orly compte 7,63 millions de passagers, en hausse de 8% et à 105,2% du niveau de 2019, confirmant une reprise tirée par les lignes européennes, les liaisons vers les DROM/COM et certaines destinations loisirs.
En cumulé, Paris Aéroport totalise 23,57 millions de passagers de janvier à mars 2026, soit une progression de 2,6% sur un an et 99,3% du trafic du premier trimestre 2019. Autrement dit, la place parisienne est quasiment revenue à son niveau d’avant-Covid, avec un hub long-courrier encore en phase de rattrapage et une plateforme « point-à-point » en avance sur son calendrier de reprise.
Domestique en retrait, Europe et Afrique en soutien
La ventilation du trafic par zones géographiques met en lumière le recul persistant des liaisons domestiques et la montée en puissance de l’international, un mouvement déjà observé depuis plusieurs années en France. En mars 2026, les vols vers la France métropolitaine ne représentent plus que 11,2% du trafic de Paris Aéroport, certes en hausse de 3,8% par rapport à 2025 mais encore à seulement 68,6% du niveau de 2019. Les lignes vers les DROM/COM affichent une stabilité relative, avec 4,9% de part de marché, une légère baisse de 0,6% sur un an et 97,1% du trafic de 2019.
En revanche, les flux européens se montrent particulièrement dynamiques. Les destinations de l’espace Schengen concentrent 37% du trafic, en progression de 4,8% et à 104,8% du niveau de 2019. Le Royaume-Uni et l’Union européenne hors Schengen représentent 6,7% du total, avec une hausse de 6% et un trafic à 110,9% d’avant-crise, confirmant la vigueur des liaisons moyen-courrier, en particulier sur les principaux marchés européens.
Au global, l’Europe (Schengen, Royaume-Uni, UE hors Schengen et « autre Europe ») pèse 46% du trafic de Paris Aéroport en mars, avec une croissance de 4,8% et 103,4% du niveau de 2019. Ce profil reflète les tendances observées sur l’ensemble du trafic aérien français, où la croissance est désormais portée par les liaisons internationales, tandis que le domestique subit la concurrence du train à grande vitesse et les contraintes environnementales.
Intercontinental : essor de l’Afrique et de l’Asie, choc sur le Moyen-Orient
Sur le long-courrier, la situation apparaît plus contrastée. L’Afrique progresse fortement, avec 13,5% de part de marché, une hausse de 17,3% sur un an et un trafic à 108,7% du niveau de 2019. L’Asie-Pacifique enregistre également une croissance soutenue : 7,5% du trafic, +19,6% sur un an et 106,8% par rapport à 2019, portée notamment par la reprise des liaisons avec la Chine et l’Asie du Sud-Est.
Les liaisons vers l’Amérique du Nord restent bien orientées, avec 10,8% de part et une légère hausse de 0,4% en mars, pour un trafic déjà à 110,8% d’avant-crise, tandis que l’Amérique latine (3,3% du trafic) croît de 0,9% mais demeure à 91,2% de son niveau de 2019. Ces chiffres confirment le rôle central du trafic intercontinental dans le modèle de CDG, même si le hub n’a pas encore totalement retrouvé sa pleine capacité.
C’est le Moyen-Orient qui concentre l’essentiel des tensions. En mars 2026, cette zone ne représente plus que 2,8% du trafic de Paris Aéroport, avec une chute de 47% sur un an et un niveau ramené à 48% seulement du trafic de 2019. Sur le premier trimestre, la baisse est plus modérée (–8,3%) mais la région reste à 92,1% du niveau d’avant-crise, pénalisée par les restrictions d’accès à certains espaces aériens, des détournements de trajectoires et un environnement sécuritaire incertain.
En 2025, les aéroports parisiens avaient déjà retrouvé 99% de leur fréquentation de 2019, avec environ 107 millions de passagers, portés par l’international malgré l’effondrement du trafic intérieur. Paris-Charles-de-Gaulle demeure de loin le premier aéroport français, avec près de 72 millions de passagers en 2025, contre 34,9 millions pour Orly, même si ce dernier a désormais dépassé son niveau d’avant-crise.

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