Volotea prépare une restructuration financière et opérationnelle de grande ampleur. Dans un courrier adressé aux salariés, dont le site TourMaG a eu connaissance, le PDG et fondateur de la low cost espagnole, Carlos Muñoz, explique que la hausse du coût du carburant et le poids des emprunts issus des crises précédentes imposent un réaménagement de la dette.
Le dirigeant chiffre à environ 150 millions d’euros l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les comptes de Volotea en 2026, principalement à travers le renchérissement du carburant. « L’impact de la guerre pour cette année sera d’environ 150 millions d’euros », écrit-il, malgré les couvertures carburant mises en place pendant les premiers mois. « Si l’on ajoute à cela notre dette existante provenant des crises précédentes, Covid et Ukraine, nous n’avons pas d’autre alternative que de restructurer la dette », poursuit Carlos Muñoz, cité par TourMaG.
Procédure préventive en Espagne
Volotea a par ailleurs saisi le tribunal de commerce n°9 de Barcelone afin d’ouvrir une procédure préventive de négociation avec ses créanciers. Cette démarche, appelée « preconcurso de acreedores » en Espagne, ne correspond pas à une faillite. Elle permet à la compagnie aérienne d’encadrer les discussions avec ses créanciers et de rechercher un accord de restructuration avant l’éventuelle ouverture d’une procédure collective.
La low cost entend poursuivre normalement ses opérations pendant cette période. Elle continue à exploiter ses vols, à vendre ses billets et à préparer son programme de vols futur. Son objectif est de parvenir à un accord avec les créanciers d’ici décembre 2026.
Une dette à renégocier
Toujours selon le courrier adressé aux salariés et reproduit par TourMaG, le plan envisagé vise à réduire la dette de 250 à 300 millions d’euros. Carlos Muñoz y identifie quatre leviers : la renégociation de la dette financière, l’allongement des échéances avec la SEPI (Sociedad Estatal de Participaciones Industriales), les discussions avec les fournisseurs et les aéroports, ainsi qu’une baisse du coût de la flotte négociée avec les loueurs.
Selon le média espagnol spécialisé Hosteltur, l’endettement total de Volotea s’élève à environ 356 millions d’euros. La SEPI, holding public industriel espagnol, est le principal créancier de la compagnie aérienne. Elle lui avait accordé en 2022 un prêt participatif de 200 millions d’euros, via le Fonds de soutien à la solvabilité des entreprises stratégiques créé pendant la crise sanitaire.
Les discussions ne portent donc pas seulement sur une réduction de dette. Elles doivent aussi permettre de revoir le calendrier de remboursement, de préserver la liquidité de la compagnie aérienne et de renforcer ses fonds propres.
Une flotte ramenée à 30 ou 35 avions
D’après les éléments déjà connus, Volotea pourrait réduire sa flotte de 44 appareils à 35 avions, voire à 30 selon l’issue des discussions avec les loueurs. Entre neuf et quatorze Airbus A319 et A320 pourraient ainsi quitter le périmètre d’exploitation. Carlos Muñoz souhaite privilégier les Airbus A320, plus capacitaires, au détriment d’une partie des A319. Cette évolution doit permettre d’abaisser le coût par siège et de concentrer les appareils disponibles sur les lignes les plus rentables.
Carlos Muñoz indique également vouloir maintenir en priorité les liaisons subventionnées, les routes couvertes par des accords bilatéraux, les vols à forte demande vers l’Algérie et les marchés où la concurrence est moins intense. Nantes et la future base de Montpellier sont notamment cités comme des plateformes stratégiques.
Pour 2026, Volotea prévoyait initialement de proposer environ 13 millions de sièges, soit 7% de plus qu’en 2025, sur près de 430 routes européennes. Ce programme devra être ajusté au regard de la réduction de flotte envisagée.
Le patron de Volotea qualifie la suspension temporaire de certaines bases d’« hibernation », plutôt que de fermeture définitive. Il reconnaît toutefois qu’une réduction des effectifs au siège de Barcelone sera nécessaire pour adapter les coûts à la nouvelle dimension de la compagnie aérienne. Volotea emploie plus de 2 250 personnes. Selon la presse espagnole, le plan de restructuration pourrait entraîner la suppression d’environ 50 postes administratifs au siège de Barcelone, un ajustement qui ne concernerait donc qu’une part limitée de ses effectifs globaux.
Une activité encore rentable en 2025
La restructuration intervient alors que la low cost a continué à améliorer ses performances opérationnelles en 2025. Elle a réalisé un chiffre d’affaires record de 818 millions d’euros. Son résultat d’exploitation, ou EBIT, s’est établi à 47,4 millions d’euros, en hausse de 41% par rapport à 2024.
Volotea a toutefois publié une perte nette de 64 millions d’euros selon les normes IFRS. Elle l’explique notamment par la réévaluation de certains actifs d’impôts différés et par des ajustements de réserves de conversion. La hausse du coût du carburant en 2026 ajoute désormais une pression supplémentaire sur ses finances.
Aegean, un actionnaire appelé à peser davantage
Volotea avait par ailleurs finalisé, le 26 mars 2026, une augmentation de capital de 71 millions d’euros, lancée en septembre 2024. L’opération, soutenue par Aegean Airlines, Alaeo — le véhicule représentant l’équipe de direction menée par Carlos Muñoz — et le fonds américain PAR Capital, a porté la participation d’Aegean à plus de 20% du capital.
Récemment, la presse espagnole a évoqué un scénario dans lequel Aegean Airlines pourrait devenir l’actionnaire de contrôle de Volotea, via une conversion de dette en capital et un nouvel apport de fonds. Ce projet n’est toutefois pas finalisé.
Les prochains mois seront décisifs pour Volotea. La compagnie doit parvenir à conclure un accord avec ses créanciers avant la fin de l’année, tout en limitant l’impact du redimensionnement sur son réseau. Elle espère stabiliser son activité en 2027, avant de relancer progressivement sa croissance et de réactiver, le cas échéant, les bases mises en sommeil.

@AENA
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