Plus de deux ans après le blocage de son projet de rachat de Spirit Airlines, JetBlue obtient le feu vert des autorités américaines pour reprendre 22 créneaux de décollage et d’atterrissage de son ancienne rivale à New York-LaGuardia. Une opération de 58,5 millions de dollars qui doit lui permettre d’étoffer son programme de vols à partir de 2027, dans un aéroport où les possibilités de croissance sont étroitement encadrées.
LaGuardia : une enchère remportée face à Frontier
À défaut d’avoir absorbé Spirit, tombée depuis en liquidation, JetBlue récupère une partie de ses droits d’exploitation dans l’un des aéroports les plus contraints des États-Unis. La Federal Aviation Administration (FAA) a accordé, le 6 octobre, son autorisation définitive à la reprise de 22 créneaux laissés inutilisés depuis l’arrêt des vols de Spirit, le 2 mai 2026.
La compagnie new-yorkaise avait remporté les enchères en juillet avec une offre de 58,5 millions de dollars, contre 57,5 millions pour Frontier Airlines. La vente, organisée dans le cadre de la liquidation de Spirit, avait ensuite reçu l’aval du tribunal fédéral des faillites du district sud de New York, sous réserve de l’accord du régulateur aérien. Le lot comprend 12 autorisations quotidiennes de départ et 10 d’arrivée. Il s’agit donc de 22 mouvements individuels, et non de 22 paires de créneaux permettant autant d’allers-retours. JetBlue a néanmoins indiqué étudier un programme pouvant aller jusqu’à 12 rotations aller-retour supplémentaires par jour en 2027.
Des vols supplémentaires attendus en 2027
Avec cette acquisition, le portefeuille de JetBlue à LaGuardia passe de 31 à 53 autorisations d’exploitation, soit une hausse d’environ 71%. Sa part des créneaux détenus par les compagnies progresse de quelque 2,7% à 4,6%, selon les données de la FAA. Malgré ce bond, JetBlue reste donc un acteur relativement modeste sur la plateforme. Les destinations supplémentaires n’ont pas encore été annoncées. « Nous évaluons actuellement la meilleure façon d’utiliser ces créneaux, en examinant les possibilités d’offrir davantage de services compétitifs et centrés sur le client à New York », explique JetBlue. « Nous prévoyons que toute expansion à LaGuardia liée à ces créneaux commencerait en 2027. »
L’enjeu dépasse le seul nombre de vols. Dans un aéroport où l’accès aux décollages et aux atterrissages est contingenté, reprendre des autorisations existantes ouvre une possibilité de croissance difficile à obtenir autrement. Pour la FAA, remettre ces créneaux en service sous le modèle tarifaire de JetBlue doit profiter aux passagers et renforcer la concurrence face aux principaux transporteurs de LaGuardia.
Une autorisation assortie de restrictions jusqu’en 2028
Le feu vert réglementaire n’est pas sans conditions. JetBlue ne pourra ni louer ni échanger les créneaux acquis avec une autre compagnie avant la fin d’avril 2028. Au-delà, toute location ou tout échange restera soumis à l’approbation de la FAA ; une nouvelle vente nécessiterait une nouvelle exemption. L’objectif est de laisser aux voyageurs le temps de bénéficier des services et des tarifs de JetBlue avant un éventuel transfert de ces droits.
Le régulateur a également suspendu jusqu’en avril 2027 les exigences minimales d’utilisation applicables à ces créneaux. Cette période doit permettre à JetBlue de préparer leur intégration à son programme de vols, sans risquer de les perdre faute d’exploitation immédiate. La demande commune déposée par JetBlue et Spirit le 23 juillet sollicitait précisément une exemption pour permettre la transaction.
Pourquoi ce transfert diffère du rachat bloqué en 2024
Le contraste est saisissant, mais les deux opérations n’ont pas la même portée. Le 16 janvier 2024, la justice américaine avait bloqué le rachat de Spirit par JetBlue, évalué à 3,8 milliards de dollars. Le département de la Justice estimait que la disparition d’un concurrent à très bas coûts réduirait le choix des passagers et entraînerait des hausses de tarifs sur les lignes où les deux compagnies se concurrençaient. Le projet avait été abandonné le 4 mars suivant.
Cette fois, JetBlue ne supprime pas une compagnie concurrente en activité : elle reprend des droits aéroportuaires inutilisés après la cessation des vols de Spirit. La FAA considère au contraire leur remise en exploitation comme un moyen de renforcer un transporteur encore minoritaire à LaGuardia. Pour JetBlue, l’investissement est sans commune mesure avec celui du rachat avorté, mais lui apporte une ressource rare sur son marché new-yorkais : davantage d’accès à une plateforme saturée.

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