Retenu par le gouvernement portugais pour entrer au capital de TAP Air Portugal, le groupe aérien allemand Lufthansa Group prépare une intégration progressive de la compagnie aérienne portugaise. Son projet repose sur le maintien du hub de Lisbonne, le développement du hub de Porto et une flotte élargie, avec jusqu’à huit Airbus A350-900 à l’horizon 2030. Le groupe allemand souhaite, à terme, acquérir la totalité de TAP Air Portugal.
Une participation minoritaire, mais un rôle central dans la gestion
Le gouvernement portugais a choisi Lufthansa plutôt qu’Air France-KLM pour la privatisation partielle de TAP. Le schéma retenu prévoit la cession de 44,9% du capital au groupe allemand, tandis que 5% sont réservés aux salariés. Cette première phase pourrait rapporter jusqu’à 1,2 milliard d’euros è l’Etat portugais.
Lufthansa Group entend toutefois jouer un rôle opérationnel majeur sans attendre une prise de contrôle intégrale. Selon le site allemand aeroTELEGRAPH, le dispositif de gouvernance prévoit que le groupe désigne trois des quatre membres du comité exécutif, ainsi que le dirigeant de TAP. L’État portugais conserverait la majorité au conseil d’administration, avec cinq sièges contre quatre, pour les décisions stratégiques et les grands investissements.
L’objectif final reste une acquisition complète. « Un chemin vers 100% a été convenu avec le gouvernement portugais, avec peut-être quelques actions qui resteraient aux salariés », a déclaré Carsten Spohr, directeur général de Lufthansa Group, lors d’une conférence de presse jeudi, à l’annonce officielle de l’entrée du groupe allemand au capital de la compagnie portugaise. AeroTELEGRAPH rapporte également l’existence d’une offre non contraignante de 1,3 milliard d’euros pour les 50,1% restants, dont une partie serait réglée en actions Lufthansa.
Lisbonne, porte d’entrée du groupe vers le Brésil
L’intérêt de Lufthansa Group repose d’abord sur le réseau de TAP entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Selon les chiffres présentés par Carsten Spohr, l’intégration de la compagnie portugaise ferait passer la part du groupe allemand sur ce marché de 9% à 20%, au niveau d’IAG (British Airways & Iberia). « Le Brésil est un marché auquel nous croyons fermement », a souligné le dirigeant allemand.
La position géographique de Lisbonne constitue un atout. Pour les passagers venant de France, d’Espagne ou du Portugal, une correspondance dans la capitale portugaise permet de rejoindre le Brésil sans remonter vers les hubs de Lufthansa Group, Francfort, Munich ou Zurich. TAP apporterait ainsi au groupe allemand un hub de correspondance complémentaire de ses plateformes actuelles.
Lufthansa Group prévoit de préserver la marque TAP et son hub de Lisbonne. Le projet ne consiste donc pas à remplacer la compagnie portugaise, mais à développer son rôle au sein d’un ensemble plus vaste, en lui apportant notamment des passagers en correspondance depuis les réseaux du groupe allemand.
Le développement ne se limiterait pas à Lisbonne. Lufthansa Group veut renforcer Porto comme deuxième base de TAP. Le plan prévoit également un rapprochement des activités techniques de TAP et du groupe Lufthansa, ainsi que des investissements dans les infrastructures et la maintenance, notamment autour du site de Lufthansa Technik à Santa Maria da Feira, près de Porto.
Jusqu’à huit Airbus A350 après 2030
Le renouvellement et la croissance de la flotte constituent un autre pilier du projet. Lufthansa Group envisage de porter celle de TAP, actuellement proche d’une centaine d’avions, à 117 appareils en 2035. Elle pourrait ensuite atteindre environ 130 avions, en lien avec l’ouverture du nouvel aéroport de Lisbonne. Le plan prévoit des investissements estimés entre 3 et 4 milliards d’euros.
Selon les éléments dévoilés par le gouvernement portugais, jusqu’à huit A350-900 pourraient rejoindre TAP après 2030. Leur provenance n’a pas été précisée : il pourrait s’agir d’appareils déjà exploités par Lufthansa Group ou issus de livraisons futures. L’A350-900 offrirait notamment une autonomie supérieure à celle de l’A330-900, qui assure aujourd’hui une partie des vols long-courriers de TAP. Il élargirait les possibilités d’affectation sur le réseau. Aucune destination spécifique n’a cependant été annoncée pour ces futurs appareils, dont la capacité dépendrait de l’aménagement de cabine retenu.
Des synergies sans attendre une acquisition totale
Lufthansa Group estime pouvoir dégager jusqu’à 450 millions d’euros de synergies annuelles grâce à la coordination des horaires, aux achats communs, à la maintenance, au fret et à l’apport de passagers supplémentaires. Des synergies ne dépendent pas d’une participation majoritaire. le groupe allemand prévoit aussi d’intégrer TAP à sa coentreprise transatlantique A++, avec United Airlines et Air Canada, sous réserve des autorisations nécessaires. Ce rapprochement doit renforcer la coordination commerciale sur l’Atlantique Nord.
La concrétisation du projet reste soumise à la signature des accords définitifs et au feu vert des autorités de concurrence. Carsten Spohr se montre toutefois confiant. Il souligne le faible chevauchement entre le réseau de TAP Air Portugal et ceux de Lufthansa Group, qui réunit notamment Lufthansa, Austrian Airlines, Brussels Airlines, ITA Airways, SWISS et la low cost Eurowings. Cet argument devra encore convaincre les régulateurs, dont l’approbation conditionne la mise en œuvre du plan industriel du groupe allemand.

@Lufthansa Group
Aucun commentaire !