Sous la pression d’un carburant devenu prohibitif, Air New Zealand taille dans son réseau domestique et revoit à la hausse ses tarifs, tout en suspendant ses prévisions financières pour l’exercice en cours.

L’aéroport de Dunedin, dans la région d’Otago, sur la côte est de l’île du Sud, figure parmi les principaux perdants de cette réorganisation, alors que le transporteur national, déjà déficitaire au premier semestre, cherche à protéger sa trésorerie sans rompre les grandes lignes de la connectivité internationale du pays, notamment vers les États‑Unis et l’Europe.

Entre maintenant et le début du mois de mai, Air New Zealand va tailler environ 1 100 vols, soit près de 5% de sa capacité, ce qui touchera environ 44 000 clients à travers son réseau. Selon les médias néo‑zélandais, la plupart de ces ajustements concernent le réseau intérieur et les vols de moindre demande, plutôt que la fermeture de lignes complètes. Dunedin, dans l’île du Sud, voit ses liaisons rognées vers plusieurs grandes villes du pays. Les vols entre Dunedin (DUD) et Christchurch (CHC) seront réduits de quinze rotations, soit l’équivalent de deux à trois allers‑retours en moins chaque semaine, tandis que la route vers Wellington (WLG) perdra neuf rotations, là encore une à deux fréquences hebdomadaires en moins. La liaison avec Auckland (AKL) sera également amoindrie, avec huit rotations supprimées, ce qui représente en pratique une à deux fréquences de moins par semaine.

Air New Zealand indique que la majorité des passagers concernés seront replacés sur d’autres vols le même jour, dans la mesure du possible. « La compagnie contacte actuellement les clients affectés et, lorsque nous le pouvons, nous les rebookons sur des vols alternatifs le même jour », a confirmé le directeur général Nikhil Ravishankar, cité par l’Otago Daily Times.

Kérosène hors de prix et détroit d’Ormuz paralysé

La décision d’Air New Zealand est directement liée à l’envolée du prix du kérosène depuis la nouvelle aggravation du conflit au Moyen‑Orient. Après des frappes d’Israël et des États‑Unis contre l’Iran fin février, Téhéran a de facto fermé le détroit d’Ormuz, par où transite environ un quart du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, ce qui a immédiatement tendu le marché.

Le prix du carburant aviation, qui évoluait autour de 85 à 90 dollars le baril, oscille désormais entre 150 et 200 dollars, des niveaux plus vus depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Air New Zealand explique sur le marché néo‑zélandais que le renchérissement résulte à la fois de la hausse du Brent et de l’explosion de la marge de raffinage entre le brut et le kérosène, passée d’environ 22 à jusqu’à 115 dollars par baril depuis le début du conflit. « Les prix du carburant ont atteint des niveaux sans précédent pour la compagnie », a admis la direction, ajoutant que si la situation perdure, Air New Zealand « devra continuer d’ajuster ses tarifs et son programme de vols ». Le transporteur souligne que d’autres compagnies de la région se trouvent dans une situation comparable, et que les hausses de prix sont désormais inévitables pour préserver la viabilité des opérations.

Tarifs en hausse et prévision de résultats suspendue

Face à cette volatilité, Air New Zealand a suspendu sa guidance de résultats pour l’exercice en cours, jugeant que ses prévisions ne sont « plus appropriées » tant que les marchés du carburant et les conditions d’exploitation ne se seront pas stabilisés. Dans la foulée, la compagnie a annoncé une hausse généralisée de ses tarifs : environ 10 dollars néo‑zélandais de plus sur les vols domestiques, 20 dollars sur le court‑courrier international et 90 dollars sur le long‑courrier. Cette augmentation s’inscrit dans une tendance régionale : Qantas et sa filiale low cost Jetstar ont, elles aussi, renchéri leurs billets en réponse au choc pétrolier, avec des hausses estimées autour de 5% sur certaines routes internationales.

Malgré ces arbitrages, Air New Zealand rappelle que ses liaisons vers les États‑Unis restent jugées « stratégiques », car elles servent de passerelles vers l’Europe alors que certaines routes aériennes au‑dessus du Moyen‑Orient demeurent perturbées ou nécessitent de longs contournements. Le maintien de ces corridors intercontinentaux est considéré comme une priorité pour l’économie néo‑zélandaise, même si la rentabilité à court terme en souffre.

Une compagnie déjà fragilisée par un semestre dans le rouge

La crise du carburant intervient alors qu’Air New Zealand sort tout juste d’un premier semestre déficitaire. Pour les six mois clos au 31 décembre 2025, le transporteur a enregistré une perte nette d’environ 40 millions de dollars néo‑zélandais, à comparer à un bénéfice de 89 à 106 millions de dollars sur la même période un an plus tôt. La compagnie invoque un faisceau de facteurs : des contraintes de flotte persistantes, notamment liées aux retards de maintenance moteurs et aux indisponibilités d’appareils, une reprise plus lente que prévu de la demande domestique et une inflation élevée dans l’ensemble du système aérien.

Air New Zealand estime par ailleurs qu’en l’absence de contraintes de flotte, près de 90 millions de dollars de résultat supplémentaire auraient pu être générés sur le semestre, malgré les compensations d’environ 55 millions déjà versées par les motoristes. Les coûts de disruption – affrètement d’appareils, reprogrammations, hébergement de passagers – continuent d’alourdir la facture et ne se résorberont que progressivement au fur et à mesure du retour des avions et moteurs en service.

Sous la pression du prix du kérosène à la hausse, Air New Zealand taille dans 1 100 vols 1 Air Journal

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