Face à plus de deux semaines de blocage des aérodromes dans les Îles Loyauté et à l’Île des Pins, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie a annoncé hier la création d’un corridor sanitaire aérien. Ce dispositif d’urgence permet d’assurer la continuité des soins pour les habitants isolés, tandis que la compagnie locale Air Calédonie se retrouve au bord de l’asphyxie financière.

Tout est parti d’un conflit sur le transfert d’Air Calédonie. La compagnie aérienne domestique a officiellement quitté l’aérodrome de Magenta, en plein cœur de Nouméa, pour s’installer à l’aéroport international de La Tontouta, situé à une quarantaine de kilomètres. Des collectifs d’habitants et de responsables coutumiers des îles contestent ce déménagement, qu’ils jugent pénalisant pour l’accès aux vols. Depuis le 2 mars, les quatre aérodromes des Loyauté (Maré, Lifou, Ouvéa) et de l’Île des Pins sont bloqués, paralysant le trafic aérien inter-îles. La panne du navire Betico, qui assurait habituellement les liaisons maritimes, a aggravé l’isolement.

Conséquence directe : Air Calédonie est quasiment à l’arrêt. Sur ses 220 salariés, près de la moitié a été placée en chômage partiel pour éviter l’épuisement rapide de la trésorerie. « La décision a été prise pour préserver la trésorerie. Elle sera épuisée début avril », a indiqué la direction d’Air Calédonie à l’AFP, le 19 mars 2026. Sans reprise rapide du trafic, la compagnie aérienne risque une procédure collective devant le tribunal de commerce. Plus de 1 200 emplois directs et indirects seraient menacés, selon les autorités locales.

Un corridor aérien pour sauver l’accès aux soins
Devant l’urgence sanitaire, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie a réagi. Un premier vol sanitaire, opéré par un ATR 72-600 d’Air Calédonie, a décollé hier matin de Tontouta à destination d’Ouvéa, selon la 1ere-Nouvelle Calédonie. Une cinquantaine de personnes – patients, accompagnants et soignants – ont été rapatriées, tandis qu’une infirmière a été déposée et que six personnels de santé de l’Ordre de Malte ont été acheminés vers la province Nord, avec du matériel médical et des analyses biologiques.

« Ce dispositif vise à assurer la continuité des soins pour les patients nécessitant une prise en charge spécialisée à Nouméa (chimiothérapie, dialyse, accouchement, etc.) », a expliqué un communiqué officiel du gouvernement. « Il a pour seul objectif de garantir, dans les circonstances actuelles, l’accès aux soins pour l’ensemble de la population et la continuité des prises en charge, en particulier pour les patients identifiés comme prioritaires par les équipes médicales. »

Au total, 110 patients des Îles Loyauté ont déjà été identifiés comme prioritaires. D’autres vols sont programmés dans les jours à venir. Le dispositif a été élaboré en étroite collaboration avec la province des Îles Loyauté, les mairies et les autorités coutumières.

Une mesure temporaire pour éviter le pire
Ce corridor sanitaire ne remplace pas les évacuations médicales classiques, mais il constitue une solution d’urgence pour éviter une crise sanitaire majeure. Les patients arrivant à Tontouta sont pris en charge par leurs familles ou la navette locale. Les négociations entre le gouvernement local et les collectifs coutumiers se poursuivent, mais aucune date de déblocage n’a encore été annoncée.

Dans un archipel où l’accès aux soins dépend fortement des liaisons aériennes, ce corridor aérien offre un souffle bienvenu. Il témoigne surtout de la tension actuelle entre impératifs de service public et revendications locales, dans un contexte économique déjà fragile pour Air Calédonie. Les prochains jours diront si le dialogue permettra de rouvrir pleinement les aérodromes avant que la situation ne devienne encore plus critique.

Nouvelle-Calédonie : un corridor sanitaire aérien mis en place pour désenclaver les îles face au blocage des aérodromes 1 Air Journal

@EyeFly/CCI Nouvelle Calédonie