Face aux perturbations persistantes dans l’espace aérien du Moyen-Orient, le gouvernement srilankais a lancé une proposition audacieuse : transformer l’aéroport international Mattala Rajapaksa, souvent surnommé l’« aéroport fantôme », en hub de secours pour les compagnies du Golfe Emirates et Qatar Airways. Cette initiative vise à garantir la continuité des vols long-courriers tout en offrant une bouée de sauvetage économique au Sri Lanka.
Inauguré en 2013 pour plus d’un milliard de dollars, l’aéroport international Mattala Rajapaksa (HRI), situé dans le sud du Sri Lanka près de Hambantota, dispose d’une piste de 3 500 mètres capable d’accueillir les plus gros appareils, dont l’Airbus A380. Conçu pour un trafic intense, il n’a pourtant jamais décollé : avec un trafic minimal, il est régulièrement cité parmi les aéroports les plus vides au monde. Selon les autorités srilankaises, sa position géographique, le long des grands corridors est-ouest au-dessus de l’océan Indien, en fait un point de transit idéal, loin des zones de conflit.
Depuis l’escalade des tensions fin février 2026, les fermetures partielles ou totales d’espaces aériens (Iran, Irak, Qatar, une partie des Émirats) ont fortement perturbé les opérations à Dubaï et Doha. Emirates et Qatar Airways, qui opèrent principalement des vols internationaux reliant Europe, Afrique, Asie et Australie, ont dû annuler ou détourner des vols, allonger les routes et faire face à des incertitudes opérationnelles. Cette instabilité pousse les compagnies du Golfe à chercher des solutions de repli pour maintenir leur connectivité mondiale.
Une proposition de hub de contingence pour vols long-courriers
Le Sri Lanka propose d’utiliser Mattala Rajapaksa comme plateforme alternative pour le ravitaillement, les changements d’équipage et les opérations de transit. Des discussions préliminaires ont été engagées pour permettre aux transporteurs du Golfe d’opérer depuis cet aéroport neutre et civil.
« Nous avons reçu des demandes pour opérer des vols de cette manière, y compris vers Mattala Rajapaksa. Des discussions sont actuellement en cours à un niveau diplomatique et gouvernemental, impliquant notre ministère de tutelle, le ministère des Ports et de l’Aviation civile, le ministère des Affaires étrangères et le gouvernement, afin d’offrir ces opportunités aux compagnies aériennes desservant plusieurs pays du Moyen-Orient », a confirmé Daminda Rambukwella, directeur général de l’Autorité de l’aviation civile du Sri Lanka.
Des avantages mutuels, mais des défis logistiques
Pour les compagnies aériennes du Golfe, Mattala Rajapaksa offrirait une solution fiable et peu congestionnée, loin des zones à risque. Pour le Sri Lanka, l’enjeu est économique : l’initiative pourrait compenser la chute de 20 à 25 % des arrivées touristiques liée à l’actuelle crise au Moyen-Orient et générer des revenus via le carburant, les frais de service au sol et le développement régional. Cependant, l’« aéroport fantôme » manque encore d’infrastructures complètes (handling au sol, restauration, maintenance, hôtels à proximité), ce qui rend une mise en œuvre immédiate complexe.
Les pourparlers se poursuivent, et aucune décision définitive n’a été annoncée. Si le conflit au Moyen-Orient perdure, Mattala Rajapaksa pourrait passer du statut d’aéroport fantôme à celui de plateforme stratégique internationale. Une opportunité historique pour le Sri Lanka de diversifier son économie et de renforcer son rôle dans le transport aérien mondial. Les prochains jours diront si cette proposition audacieuse se concrétisera en un véritable plan B pour l’aviation du Golfe.

@Mattala Rajapaksa international Airport
Aucun commentaire !