Les réservations pour les vacances de la saison estivale 2026, qui s’annonçaient sous de bons auspices en février, marquent le pas depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Les tour-opérateurs français font preuve d’une prudence marquée, tandis que les vacanciers hésitent à se projeter dans des destinations parfois éloignées du conflit.
Un « attentisme énorme » chez les clients
Dès le début du mois de mars, les professionnels du secteur ont constaté un net ralentissement des réservations. « Depuis début mars, force est de constater qu’il y a un attentisme énorme de la part des clients, parce que se projeter dans des vacances d’été en période de guerre, ce n’est pas forcément évident », déclare à l’AFP Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises du Tour Operating (Seto).
Selon le Seto, qui regroupe une soixantaine d’acteurs majeurs dont Club Med, Fram ou TUI, les premières semaines de mars ont été particulièrement difficiles : les réservations ont chuté de 15 % la semaine suivant le début du conflit, puis de 25 % la semaine suivante. Pourtant, avant ces événements, le bilan était positif : les départs entre le 1er mai et le 31 octobre affichaient une hausse de 4,1 % du nombre de clients et de 5,4 % du chiffre d’affaires.
La Turquie et l’Égypte en première ligne
Même des pays non directement impliqués dans les combats subissent le contrecoup. La Turquie et l’Égypte, destinations phares des catalogues des voyagistes français, enregistrent une baisse « très nette » des réservations. À l’inverse, l’Espagne (+1,7 %), l’Italie (+3,6 %) ou le Maroc (+8,5 %) résistent mieux, bénéficiant parfois d’un report de la demande.
Cette prudence s’observe également chez les voisins méditerranéens. À Chypre, les annulations ont explosé après l’attaque d’une base britannique sur l’île le 2 mars. L’Association des hôteliers de Chypre fait état d’une baisse de près de 40 % des réservations pour mars et avril. « Depuis le 1er mars, nous avons reçu de nombreuses annulations », confirme Nicholas Aristou, directeur commercial de Muskita Hotels à Limassol. En Grèce, le secrétaire général de la confédération du tourisme SETE, George Vernicos, parle d’une « phase d’attente » tout en restant optimiste : « L’année se présente toujours sous de bons auspices, notamment parce que la dynamique était déjà très forte avant le début de la guerre. »
L’Europe voit son secteur hôtelier vaciller
Le choc se propage au-delà du Moyen-Orient. Selon le cabinet MKG, spécialiste de l’hôtellerie, la première semaine du conflit a entraîné une baisse de 6 % du RevPAR (revenu par chambre disponible, indicateur clé du secteur) en Europe. Les deux semaines suivantes, la tendance s’est légèrement améliorée en France et au Royaume-Uni (-1 %), mais s’est aggravée dans des pays plus dépendants des touristes étrangers : -23,5 % en Irlande et -15,4 % au Portugal.
Ces chiffres illustrent la sensibilité du tourisme européen aux tensions géopolitiques, même lorsque les destinations ne sont pas directement visées.
Vers un été européen en demi-teinte ?
Pour l’heure, les tour-opérateurs français maintiennent leurs programmes tout en adaptant leur communication : ils insistent sur la sécurité des destinations alternatives et proposent davantage de flexibilité sur les conditions d’annulation. « Nous devons préserver les mois de haute saison pour être sûrs de pouvoir redresser la situation d’ici le mois de mai », résume un professionnel basé à Chypre.
L’été 2026 s’annonce donc sous le signe de la vigilance. Si le conflit s’apaise rapidement, le secteur pourrait rebondir. Dans le cas contraire, la prudence des Français pourrait durablement peser sur les réservations vers la Méditerranée orientale.

@AJ/DR
Aucun commentaire !