À l’aéroport de Bruxelles-Sud Charleroi, hub historique de Ryanair en Belgique, une « simple » affaire de badges aurait empêché plus d’une cinquantaine de pilotes et de personnels de cabine d’accéder au côté piste, entraînant des perturbations opérationnelles et un nouvel accès de fièvre sociale entre la low-cost irlandaise et le syndicat chrétien CNE. 

Depuis plusieurs jours, des pilotes et PNC de Ryanair se sont vu refuser l’accès aux zones sécurisées de l’aéroport de Charleroi par les contrôles de sûreté, leurs badges n’étant plus considérés comme valides. « Nous avons été informés que nos badges n’étaient plus valides », rapporte un pilote cité par la presse spécialisée, décrivant une situation « totalement inattendue » alors qu’il se présentait pour prendre son service.

Ces refus d’accès ont contraint Ryanair à activer en urgence des équipages de réserve afin d’opérer certains vols au départ de Charleroi et d’éviter des annulations en cascade. L’épisode intervient dans un contexte déjà tendu pour la plateforme wallonne, où la compagnie irlandaise concentre l’essentiel de ses opérations en Belgique et où la moindre perturbation se répercute rapidement sur le programme de vols.

Une cinquantaine de cas signalés au syndicat CNE

Selon la Centrale nationale des employés (CNE), plus de cinquante cas de pilotes, hôtesses et stewards refoulés ou bloqués aux points de contrôle auraient été recensés la semaine dernière. « Certains membres d’équipage ont négocié avec le personnel de sécurité pour pouvoir quand même entrer », explique Didier Lebbe, représentant du secteur aérien à la CNE, dénonçant un manque d’explications de la part de Ryanair.

Dans un cas cité par le syndicat, un pilote dont le badge était expiré mais qui serait tout de même parvenu à franchir les contrôles se serait vu infliger un avertissement disciplinaire par la compagnie pour arrivée tardive. Pour la CNE, cet épisode illustre une fois de plus la pression exercée sur les équipages et le décalage entre les exigences opérationnelles et les obligations administratives imposées au personnel navigant.

La défense de Ryanair : un « problème administratif » résolu

Ryanair est restée silencieuse pendant quatre jours avant de prendre la parole vendredi, alors que les incidents s’accumulaient. La compagnie a finalement attribué la situation à un « problème administratif » ayant affecté les badges de certains membres d’équipage, assurant que celui-ci était désormais « résolu ».

Aucune précision détaillée n’a toutefois été fournie sur la nature exacte de cette « erreur », ni sur le nombre de salariés concernés, alors que Charleroi reste de loin la première base belge de Ryanair, avec une centaine de destinations desservies lors de la saison hiver 2025-2026 et une croissance annoncée du trafic pour l’été 2026. Dans un contexte où la low-cost avait récemment brandi la menace de réduire fortement sa capacité en Belgique si les taxes sur les billets augmentaient, tout dysfonctionnement opérationnel est scruté de près par les autorités et les syndicats.

Arriérés de paiements pour les contrôles de sûreté du personnel ?

La version syndicale va plus loin. D’après la CNE, la direction de Ryanair n’aurait pas honoré, pour une partie significative de son personnel basé en Belgique, le paiement dû au SPF Intérieur (Service public fédéral) pour la réalisation des enquêtes de sécurité préalables à la délivrance ou au renouvellement des badges d’accès aéroportuaires. Or, sans ces contrôles de sécurité en règle, les badges ne peuvent être émis ou prolongés, ce qui expliquerait les blocages constatés aux filtres de sûreté de Charleroi.

Cet incident de badges s’inscrit dans une série quasi ininterrompue de tensions sociales et politiques autour des activités de Ryanair en Wallonie. Parallèlement, la compagnie n’hésite pas à mettre la pression sur les autorités wallonnes en agitant la menace de réduire son offre en réaction aux décisions fiscales ou réglementaires. Elle a déjà prévenu que, sans une suppression immédiate de la taxe fédérale sur les billets d’avion, elle sera contrainte de supprimer deux millions de sièges à l’aéroport Charleroi-Bruxelles Sud à partir d’octobre 2026.

Badges invalides à Charleroi : des équipages Ryanair bloqués aux portes de l’aéroport 1 Air Journal

©Aéroport de Milan Bergame