Le syndicat allemand des personnels de cabine UFO a appelé à une journée de grève ce vendredi au sein du groupe Lufthansa, visant « tous les vols » au départ de Francfort et de Munich. Ce nouveau mouvement intervient après une série de débrayages qui ont déjà cloué au sol près de 800 vols et perturbé les voyages de quelque 100 000 passagers depuis le début de l’année. Au-delà du conflit salarial, c’est la dégradation des conditions de travail et l’avenir des activités régionales qui cristallisent la colère dans le premier groupe européen de transport aérien.
Un appel à la grève massif au cœur du réseau Lufthansa
Dans un communiqué diffusé mercredi, le syndicat UFO (Unabhängige Flugbegleiter Organisation) affirme que « tous les vols opérés par Lufthansa et Lufthansa CityLine au départ des aéroports de Francfort et de Munich seront touchés » par la grève de vendredi. Ces deux plateformes, respectivement premier et deuxième aéroports allemands, concentrent l’essentiel du trafic long‑courrier et de correspondance du groupe, ce qui laisse présager d’importantes perturbations en chaîne sur le réseau européen et intercontinental.
Selon Harry Jaeger, chef négociateur du syndicat, la direction n’a « pas progressé, bien au contraire » sur les sujets clés de la surcharge de travail, de la prévisibilité des plannings et de l’allongement des délais de préavis pour les rotations. « Les négociations sont arrivées à un échec », résume UFO, qui rappelle que la très grande majorité du personnel consulté – 94% chez Lufthansa, près de 99% chez CityLine – a voté en faveur de la grève lors d’une récente consultation.
Des revendications centrées sur la charge de travail et la sécurité opérationnelle
Au‑delà des aspects salariaux, le cœur du conflit porte sur les conditions d’exercice du métier de personnel de cabine dans un groupe en pleine transformation post‑Covid. UFO réclame une réduction de la charge de travail par vol et par rotation, des plannings plus stables et plus prévisibles, ainsi qu’un allongement des délais de préavis pour les changements d’horaires et d’affectation, afin de limiter la fatigue chronique.
Pour le syndicat, ces sujets ne relèvent pas uniquement du confort des équipages, mais aussi de la sécurité aéronautique. Un membre d’UFO, cité par la presse allemande, résume ainsi l’enjeu : « Des équipages constamment au bord de l’épuisement ne sont pas compatibles avec un transport aérien sûr et fiable ». La question de la protection des personnels en congé maternité et lors de restructurations, notamment au sein de Lufthansa CityLine, figure également parmi les points de crispation.
Un conflit qui s’inscrit dans une série de grèves depuis février
Lufthansa sort à peine d’un premier épisode de tensions sociales en 2026. Le 12 février, un mouvement coordonné des pilotes des syndicat Vereinigung Cockpit (VC) et celui des personnels de cabine (UFO) avait conduit à l’annulation d’environ 800 vols en 24 heures, soit près de 80% du programme du jour, affectant environ 100 000 passagers et frappant particulièrement les hubs de Francfort et Munich.
Ce débrayage faisait déjà suite à l’échec de discussions sur les retraites d’entreprise des pilotes et sur un nouveau cadre collectif pour le personnel de cabine. Dans la foulée, de nouvelles actions ciblées avaient été menées, notamment au sein de Lufthansa CityLine, la filiale spécialisée dans les vols européens, menacée de fermeture dans sa forme actuelle au profit d’une nouvelle entité, Lufthansa City Airlines. « Nous sommes confrontés à une restructuration qui menace des centaines d’emplois et vide de sa substance la négociation collective », dénonçait déjà UFO en mars.
Des perturbations à la sortie des vacances de Pâques
Le choix de ce vendredi n’est pas anodin dans le calendrier aérien allemand. L’appel à la grève survient au moment du retour des vacances de Pâques pour la majorité des Länder, avec un trafic passagers soutenu sur les liaisons intérieures, européennes et de loisirs. « Nous sommes pleinement conscients qu’il peut désormais y avoir des perturbations au moment du retour des vacances », reconnaît Joachim Vazquez Bürger, président du syndicat UFO.
Le dirigeant syndical insiste cependant sur le fait que les jours fériés de Pâques ont été « exclus de toute action de grève afin de limiter autant que possible les répercussions pour les voyageurs ». Mais, ajoute‑t‑il, « la responsabilité de ces perturbations incombe à Lufthansa, qui n’a jusqu’à présent même pas réussi à présenter une offre susceptible de servir de base à des négociations ».
Lufthansa entre contraintes financières et pression sociale
De son côté, la direction de Lufthansa met en avant des contraintes financières toujours fortes malgré le redressement du trafic. Le groupe poursuit des investissements lourds dans le renouvellement de la flotte, avec des commandes d’Airbus A350 et de Boeing 787, et doit encore gérer le remboursement des aides publiques reçues pendant la pandémie. Lors des précédents conflits, la direction a qualifié certaines revendications de « financièrement irréalistes » au regard de la hausse des coûts du carburant et de la concurrence des compagnies low‑cost et des transporteurs du Golfe.
Sur le plan opérationnel, chaque journée de grève se traduit par des annulations massives, la mise en place de plans de rebooking complexes via les partenaires Star Alliance (Swiss, Austrian, Brussels Airlines, etc.) et des compensations potentiellement élevées au titre du règlement européen 261/2004. Lors du mouvement du 12 février, Lufthansa avait dû opérer un « programme de vols allégé » et affréter des capacités ferroviaires supplémentaires sur les liaisons intérieures en Allemagne pour limiter les perturbations.
Un nouvel épisode dans la recomposition sociale du ciel européen
Le bras de fer chez Lufthansa s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition sociale dans le ciel européen, où les tensions salariales et sur les conditions de travail se multiplient, du fait du retour de la demande, de la pénurie de personnels qualifiés et de l’inflation. Après la crise sanitaire, de nombreux groupes – à l’image d’Air France‑KLM, IAG ou Ryanair – ont restructuré leurs réseaux et leurs filiales, souvent au prix de plans sociaux ou de transferts de contrats vers de nouvelles entités aux conditions moins favorables.
Pour Lufthansa, qui convoite notamment la reprise de TAP Air Portugal afin de consolider son empreinte en Europe du Sud, l’issue de ce conflit avec les personnels de cabine sera scrutée de près par les investisseurs comme par les régulateurs. La capacité du groupe à garantir une exploitation stable et prévisible, tout en maintenant un dialogue social apaisé, devient un enjeu central dans une industrie où la fiabilité opérationnelle est redevenue un atout commercial décisif.

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