Une étude du Forum Vies Mobiles, think tank à forte sensibilité écologiste financé par le mécénat de la SNCF, montre que 20% des Français concentrent plus de 76% des vols, et près de 90% des distances parcourues en avion. Loin des idées reçues, l’avion reste une pratique très concentrée, portée par une minorité aisée, métropolitaine et socialement favorisée.

Une pratique minoritaire, très loin des idées reçues
Contrairement à l’image d’un mode de transport devenu banal, l’avion n’est pas utilisé régulièrement par une majorité de Français, selon l’étude. Si 81,8% déclarent avoir pris l’avion au moins une fois dans leur vie, ils ne sont plus que 49,4% à l’avoir fait au cours des trois dernières années. Autrement dit, plus de la moitié de la population (50,6%) n’a pas volé récemment. « L’idée selon laquelle “tout le monde prend l’avion” ne résiste pas à l’analyse », souligne le Forum Vies Mobiles.

Un petit groupe hypermobile, riche et métropolitain
L’étude révèle une concentration spectaculaire de l’usage de l’avion. 20% des passagers réalisent 76,1% des vols, et les 3% les plus intensifs concentrent à eux seuls un quart des déplacements aériens. En termes de distances parcourues, 20% des passagers cumulent 89,5% des kilomètres en avion.

Cette minorité hypermobile présente un profil bien marqué. Elle est plus riche, plus diplômée et plus métropolitaine : à âge égal, les ménages les plus aisés prennent en moyenne trois fois plus l’avion que les plus modestes. Le lieu de résidence joue également un rôle clé. Habiter en Île-de-France augmente de 30% la distance moyenne parcourue en avion, illustrant le poids de la centralité métropolitaine dans l’accès au trafic aérien.

Un passeport aérien souvent tamponné dès l’enfance
L’étude ne se contente pas de compter les vols, elle interroge les trajectoires de vie. Un indicateur ressort nettement : avoir pris l’avion avant 18 ans. Ce premier vol précoce multiplie par quatre la probabilité de voler à l’âge adulte. « En analysant non plus des chiffres de trafic mais des trajectoires de vie, on découvre une réalité contre-intuitive : prendre l’avion reste une pratique minoritaire, profondément façonnée par les inégalités sociales et par ce que l’on a vécu dès l’enfance », expliquent les sociologues Yoann Demoli et Pierre Lannoy, auteurs de l’étude.

Low-cost, un accélérateur pour les plus aisés
L’un des mythes que bouscule l’étude de Forum Vies Mobiles concerne la « démocratisation » de l’avion par les low-cost. Loin d’avoir ouvert massivement le ciel aux classes populaires, ce modèle a surtout permis aux plus aisés de voler davantage. Ainsi, 74,7% des Français gagnant plus de 6 000 euros par mois ont déjà pris un vol à bas prix, contre seulement 33,6% de ceux qui gagnent moins de 1 500 euros. Le levier prix ne suffit donc pas à gommer les inégalités sociales face à l’avion.

Une empreinte climatique portée par de grands voyageurs
Sur le plan climatique, ce ne sont pas seulement les vols qui comptent, mais surtout les kilomètres parcourus. Les vols long-courriers ne représentent que 12,5% des vols, mais pèsent 48,6% des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Les voyages vers l’Asie-Pacifique et l’Amérique du Nord concentrent à eux seuls 31,3% des émissions pour seulement 11,8% des voyages. L’enjeu climatique se focalise donc sur les pratiques d’une minorité de grands voyageurs, ceux qui alignent les liaisons lointaines pour le travail ou les loisirs.

Vers un « crédit de vols » pour rééquilibrer l’usage de l’avion
Face à ce constat, le Forum Vies Mobiles relance cette proposition radicale : limiter chaque Français à deux allers-retours en avion par an pour motifs personnels. Seuls les 10% de voyageurs les plus intensifs seraient concernés, les autres ne voyant pas leurs habitudes modifiées, affirme le think thank ancré dans le courant écologique et dans la défense de mobilités plus sobres en carbone.

Le Forum Vies Mobiles inscrit cette mesure dans une vision de transition rapide du secteur aérien. Son analyse s’inscrit donc dans une approche environnementale assumée, qui accorde un poids important à la réduction des émissions de CO², quitte à bousculer le modèle actuel de croissance du trafic aérien.

Ce « crédit de vols » annuel, adossé au système de réservation Passenger Name Record (PNR), permettrait de réduire le trafic aérien de 24% et d’éviter plus de 5 millions de tonnes de CO₂ chaque année, selon le think tank. « Parce que la mobilité aérienne est extrêmement concentrée, agir sur une petite minorité de voyageurs très intensifs suffit à obtenir des effets climatiques majeurs, tout en préservant la possibilité de voler de ceux qui prennent rarement, voire jamais, l’avion », explique Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies Mobiles.

Le dispositif serait par ailleurs pensé pour ne pas pénaliser la possibilité de rendre visite à des proches éloignés, une aspiration forte exprimée par les Français. Il s’inscrirait dans une approche collective, loin de la seule « honte de prendre l’avion », un sentiment de culpabilité qui ne concerne que 15% des voyageurs et qui n’empêche pas de voler.

Qui prend vraiment l’avion en France ? Une minorité métropolitaine et socialement favorisée selon le think tank Forum Vies Mobiles 1 Air Journal

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