La future porte d’entrée aérienne de la Dominique prend forme au nord-est de l’île. Piste, taxiways, terminal de passagers, tour de contrôle et installations de fret avancent simultanément, tandis que le gouvernement maintient un objectif d’achèvement du futur aéroport international en 2027 — ou, plus prudemment, au deuxième trimestre 2028 dans son dernier discours budgétaire.

La Dominique, île des Petites Antilles, est aujourd’hui principalement desservie par de petits appareils régionaux et des liaisons maritimes depuis les îles voisines. Pour être reliée au reste du monde, elle accélère la construction de son futur aéroport international d’une capacité de 500 000 passagers par an. Les terrassements, les ouvrages de drainage et les premiers bâtiments progressent, avec l’ambition de doter cette destination caribéenne d’une infrastructure capable de la relier plus directement aux marchés nord-américain et européen.

Selon Michel Salbot, représentant de l’Office du tourisme de la Dominique en France, « le projet entre dans une phase visible : les terrassements sont largement engagés, le tracé de la piste est matérialisé et les premiers bâtiments sortent de terre », déclare-t-il à Air-Journal, avec photos et vidéos à l’appui. La piste doit mesurer 2 850 mètres, une longueur qui doit ouvrir la voie à l’accueil de gros-porteurs. L’implantation côté Atlantique, au nord-est de l’île, n’a pas été choisie au hasard, explique-t-il. Elle doit éviter les contraintes liées aux reliefs montagneux et aux vents descendants, susceptibles de compliquer les approches.

Des travaux avancés, mais un calendrier qui évolue
Les autorités dominiquaises assurent que les grands postes du chantier progressent. En juin, le Premier ministre Roosevelt Skerrit indiquait que les terrassements et la construction des ouvrages de drainage atteignaient environ 78%, tandis que la réalisation de la piste et des taxiways avait franchi le seuil de 60%. Les travaux avançaient parallèlement sur le terminal de 22 000 m², l’installation de fret, la tour de contrôle aérien, la ferme à carburant et les autres infrastructures indispensables à l’exploitation de la plateforme.

Le discours budgétaire 2026-2027, prononcé en août, confirme cette dynamique. Le gouvernement évoque un projet en progression sur le tunnel et le terminal passagers, ainsi que sur les installations de fret, de contrôle aérien, de stockage de carburant et de secours. Il prévoit également le déploiement du cadre réglementaire, des équipes, des systèmes opérationnels et des dispositifs commerciaux nécessaires à la mise en service de la plateforme.

Le calendrier mérite toutefois d’être manié avec précaution. Dans ses communications de juin, l’exécutif tablait encore sur une finalisation fin 2027. Mais le document budgétaire 2026-2027 fixe désormais l’achèvement du projet au deuxième trimestre 2028, tout en précisant que les préparatifs opérationnels doivent permettre un démarrage sûr et efficace dès le premier vol.

Le financement public reste considérable pour la Dominique : le budget 2026-2027 prévoit une enveloppe de 250 millions de dollars des Caraïbes orientales (environ 80,5 millions d’euros) pour la poursuite du projet aéroportuaire, dans une ligne qui inclut aussi le développement de la marina.

Qui pilote, finance et construit l’aéroport ?

Acteur Rôle dans le projet
China Railway No. 5 Engineering Group (CR5) Entreprise chinoise chargée de la construction de l’aéroport : piste de 2 850 mètres, installations et infrastructures associées
MMC Development Ltd. / Montreal Management Consultants Development Développeur du projet, impliqué dans la structuration financière, la levée de fonds et la gestion des contrats
Gouvernement de la Dominique Porteur public du projet, responsable de la politique aéroportuaire et des conditions de mise en service
Programme de citoyenneté par investissement (CBI) L’un des dispositifs publics au cœur du financement du projet, aux côtés de MMC
La Dominique : un aéroport international pour mieux ouvrir l’île au tourisme mondial 1 Air Journal

@MMC

L’Europe dans le viseur
Pour le tourisme dominiquais, l’aéroport représente d’abord un changement d’échelle. « Le marché qui manque à ouvrir, c’est l’Europe », souligne Michel Salbot. La Dominique dispose déjà de flux en provenance des États-Unis, du Canada et de la Caraïbe qui dessert l’actuel aéroport Douglas-Charles, pouvant accueillir des turbopropulseurs et des Boeing 737-300. Mais l’île reste dépendante de connectivité aérienne avec correspondance, notamment via Antigua ou Saint-Martin pour une partie de la clientèle européenne.

Le représentant de l’office du tourisme indique que des présentations du futur aéroport ont été faites à Air Caraïbes et à Corsair. Il s’agit, à ce stade, de prises de contact et non de liaisons annoncées. La future stratégie de desserte relèvera notamment d’un comité opérationnel aéronautique en Dominique, chargé de préparer l’exploitation de la plateforme et les relations avec les compagnies aériennes.

L’enjeu ne se limite pas au marché français. Le Royaume-Uni, en raison de l’histoire de l’île, ainsi que l’Allemagne, d’où viennent déjà des voyageurs transitant par les autres îles caribéennes, sont également identifiés comme des marchés potentiels. L’ouverture de l’aéroport pourrait ainsi réduire les temps de parcours, faciliter le développement de séjours combinés dans les Caraïbes et accroître l’attractivité de la Dominique auprès des voyageurs nord-américains et européens. Pour une destination dont l’image repose sur les volcans, les forêts tropicales, les sources chaudes, la randonnée et la plongée, l’accessibilité aérienne reste un facteur décisif.