Ryanair annonce la suppression de 20 liaisons et de 1,1 million de sièges dans son programme belge pour l’hiver 2026-2027. La compagnie low cost irlandaise attribue cette réduction à la hausse de la taxe fédérale sur l’embarquement, qui atteindra 7 euros en janvier prochain pour les vols concernés.

Le bras de fer entre Ryanair et le gouvernement belge se traduit désormais dans les horaires. Présentant son programme hivernal à Bruxelles, mardi 20 octobre, le groupe irlandais a annoncé le retrait de six avions de ses opérations en Belgique, accompagné de la fermeture de 20 lignes au départ de Bruxelles-Zaventem et de Bruxelles-Charleroi. La réduction représente, selon la compagnie, 1,1 million de sièges proposés à la vente.

Michael O’Leary, directeur général du groupe Ryanair, en impute la responsabilité au gouvernement de Bart De Wever. « Taxer le transport aérien ne crée pas de croissance ; cela ne fait que la déplacer ailleurs », affirme-t-il dans le communiqué de la compagnie, en réclamant l’abandon de la taxe belge. Le transporteur assure redéployer ses avions vers des marchés européens qu’il juge moins coûteux.

Bruxelles-Zaventem : Ryanair ne conservera que la ligne de Dublin

Les deux aéroports bruxellois sont concernés, mais le recul est particulièrement marqué à Zaventem (Brussels Airport). Selon les informations de Belga, Ryanair n’y conservera qu’une seule liaison, à destination de Dublin. Les sept autres lignes concernées par les suppressions desservent Málaga, Barcelone, Rome-Fiumicino, Madrid, Porto, Marrakech et Valence.

À Charleroi, treize liaisons figurent dans cette même liste : Amman, Dubrovnik, Nîmes, Gênes, Katowice, Lublin, Newcastle, les Asturies — via l’aéroport desservant Oviedo —, Poznań, Reggio de Calabre, Sarajevo, Trapani et Varsovie-Modlin. Il s’agit donc de vingt lignes au départ des deux plateformes, plutôt que de vingt destinations nécessairement abandonnées dans l’ensemble du réseau Ryanair.

Pour le lectorat français, la suspension de Charleroi–Nîmes constitue la conséquence la plus directe. Selon les déclarations du directeur de l’aéroport nîmois, Vincent Gobin, rapportées par Sudinfo, la liaison doit être interrompue du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, avant une reprise annoncée en avril à raison de deux vols par semaine. Dans ce cas précis, la réduction hivernale ne signifie donc pas un abandon définitif de la desserte.

Taxe aérienne belge : une hausse de 40% par rapport au tarif actuel

Le chiffre de 250%, au cœur de la communication de Ryanair, mérite d’être replacé dans sa chronologie. La compagnie compare un prélèvement de 2 euros en janvier 2025 au tarif de 7 euros prévu en janvier 2027. L’augmentation cumulée correspond bien à ce pourcentage, mais elle ne décrit pas le seul relèvement qui interviendra au début de l’année prochaine.

Le tarif actuellement appliqué aux vols concernés est de 5 euros. Son passage à 7 euros représente donc une hausse de 2 euros par passager, soit 40%. Selon la RTBF, le dispositif annoncé pour le 1er janvier 2027 vise les vols internationaux dont la distance est comprise entre 500 et 3 500 kilomètres.  Le gouvernement fédéral a, par ailleurs, déjà revu ses ambitions à la baisse : le montant initialement envisagé était de 10 euros. En juillet, l’exécutif wallon avait salué cette révision, estimant qu’elle protégeait davantage les intérêts économiques de la région, tout en maintenant les objectifs budgétaires fédéraux. « Une évolution qui protège mieux les intérêts économiques wallons tout en préservant les objectifs budgétaires poursuivis par le gouvernement fédéral », avait ainsi commenté le cabinet du ministre-président wallon, Adrien Dolimont, cité par la RTBF. Les responsables de l’aéroport de Charleroi avaient également accueilli favorablement ce compromis, en soulignant les enjeux d’emploi, de compétitivité et de connectivité.

« Nous avons transféré six avions, plus d’un million de sièges et vingt lignes hors de Belgique dans notre programme d’hiver 2026 », déclare Michael O’Leary dans le communiqué, en attribuant cette décision à la politique fiscale fédérale.  Ryanair évoque des conséquences pour le tourisme et des centaines d’emplois locaux, sans fournir, dans ce communiqué, d’évaluation détaillée des postes directement touchés.

Fiscalité et quotas carbone : deux dispositifs à distinguer

La compagnie élargit son offensive au système européen d’échange de quotas d’émission, l’EU ETS, qu’elle présente comme un handicap supplémentaire pour les transporteurs européens. Elle affirme que ce dispositif frappe uniquement les vols intra-UE tout en exemptant les vols vers l’extérieur de l’Union. Cette présentation est trop réductrice.

La Commission européenne précise que le périmètre de l’EU ETS couvre les vols à l’intérieur de l’Espace économique européen, ainsi que les départs de cet espace vers la Suisse et le Royaume-Uni. Les vols en sens inverse relèvent des dispositifs suisse et britannique. Le système ne se confond donc ni avec une taxe belge sur les billets, ni avec un prélèvement réservé aux seules liaisons internes à l’Union européenne.

La contrainte carbone s’est néanmoins renforcée pour les compagnies concernées : les allocations gratuites de quotas d’émission ont été progressivement réduites, avant leur suppression en 2026. La Commission présente cette évolution comme un moyen de faire contribuer davantage l’aviation aux objectifs climatiques européens.

En Belgique, le désaccord porte ainsi sur deux logiques opposées : le gouvernement défend une recette budgétaire dont il a déjà limité la hausse, tandis que Ryanair revendique la liberté de déplacer ses capacités vers les marchés offrant les coûts les plus bas. Le programme de l’hiver 2026-2027 donne une traduction concrète à ce rapport de force : un réseau resserré à Charleroi et une présence réduite à la seule ligne de Dublin à Bruxelles-Zaventem.

Ryanair taille dans son réseau hivernal belge : 20 lignes et 1,1 million de sièges supprimés 1 Air Journal

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