Saint-Pierre-et-Miquelon est au cœur d’un projet de transfert au Canada du contrôle d’une partie de son espace aérien, ce qui ravive les craintes d’un « abandon » de souveraineté dans un contexte stratégique déjà tendu. Sur l’archipel, les habitants redoutent que ce mouvement s’ajoute aux ambitions affichées de Donald Trump dans la région subarctique, jusqu’à faire craindre une mainmise étrangère sur leur territoire.

Selon les informations rendues publiques par la sénatrice Annick Girardin, Paris étudie la possibilité de confier à un organisme canadien le contrôle de la zone d’approche de Saint‑Pierre‑et‑Miquelon située en dessous de 6 000 pieds, au motif de raisons « administratives et techniques ». Ce projet ne modifierait pas juridiquement la souveraineté française, mais il reviendrait à sous‑traiter à un État tiers la gestion opérationnelle d’une partie du ciel de l’archipel.

Interpellant le gouvernement, Annick Girardin, sénatrice de la circonscription de Saint-Pierre-et-Miquelon, dénonce un « abandon manifeste » de souveraineté, estimant qu’« on ne sous‑traite pas sa souveraineté ». Selon elle, « transférer le contrôle d’une partie de l’espace aérien français de Saint‑Pierre‑et‑Miquelon au Canada serait vécu comme un abandon ». Pour la sénatrice, cette décision enverrait « un signal de renoncement » sur la scène internationale, au moment même où les rapports de force se recomposent dans la zone arctique et subarctique.

Pourquoi la France regarde vers le Canada
Officiellement, le recours accru aux services canadiens est justifié par des arguments de rationalisation technique, de mutualisation des moyens de contrôle et de continuité du service dans une zone isolée où les ressources humaines et matérielles sont limitées. Le Canada dispose déjà de centres de contrôle puissants, comme celui de Gander, qui gèrent un trafic beaucoup plus dense et disposent d’infrastructures modernes pour le contrôle en route et l’approche.

Pour la Direction générale de l’aviation civile française (DGAC), la solution canadienne permettrait de garantir un haut niveau de sécurité aérienne et de réduire les coûts de gestion d’un petit espace aérien isolé. Mais pour Annick Girardin, « la France abandonne une partie de son espace aérien au Canada » et prend « un risque politique et stratégique majeur » dans une région où « le retour assumé des impérialismes » impose au contraire de renforcer la présence française. Elle appelle l’État à « rester droit dans ses bottes » et à mettre fin à toute démarche de dévolution du contrôle de l’espace aérien à un État tiers.

Comment est géré aujourd’hui l’espace aérien de l’archipel
Saint-Pierre-et-Miquelon dispose d’un espace aérien français enclavé dans celui du Canada, au large de Terre-Neuve, au cœur des couloirs de circulation de l’Atlantique Nord. L’archipel compte un espace de contrôle d’approche – la TCA, région de contrôle terminale – qui couvre l’ensemble de son territoire terrestre et maritime, jusqu’à environ 6 000 pieds d’altitude.

Concrètement, le Service de l’aviation civile de Saint‑Pierre‑et‑Miquelon assure le contrôle de cette zone basse, en lien étroit avec le centre de contrôle de Gander, côté canadien, qui gère l’espace aérien entre 6 000 à 18 000 pieds et les routes internationales. Cette coopération permet d’assurer la sécurité des vols commerciaux et des liaisons régionales, tout en maintenant un affichage clair de la souveraineté française au-dessus des îles.

Inquiétudes locales et ambitions de Donald Trump
Ce dossier ne se limite pas à un débat technique : il intervient alors que l’archipel se sent déjà pris en étau entre les ambitions régionales des grandes puissances. À Saint‑Pierre‑et‑Miquelon, les habitants suivent avec inquiétude les déclarations de Donald Trump, qui a déjà affiché son intention de faire du Canada le 51e État des États‑Unis et du Groenland un territoire américain.

Dans un reportage de RTL, une habitante confie : « Tout ce qui se passe, ça nous fait peur […] On ne sait pas ce qu’il est capable de faire […]. Demain, ça peut être Saint‑Pierre‑et‑Miquelon », résumant un sentiment diffus d’insécurité face aux ambitions du président américain. Annick Girardin y voit un « mauvais signal » d’affaiblir la position française en Amérique du Nord alors que « le président américain se décrète seul chef de la zone subarctique et arctique » et que les pressions sur le Groenland se multiplient.

Pour la sénatrice, le message doit être clair : « Ne soyons pas naïfs et ne prenons pas de risques sur le sujet de la souveraineté et de la position de la France en Amérique du Nord ». Elle plaide au contraire pour une initiative politique forte, associant notamment le Danemark et le Groenland, afin de consolider la place de la France et de l’Union européenne dans l’espace arctique et subarctique. À Saint‑Pierre‑et‑Miquelon, beaucoup attendent désormais que l’exécutif tranche en faveur du maintien d’un contrôle français, afin d’écarter la perspective d’un recul symbolique dans le ciel de l’archipel.