L’État français a lancé une vaste opération de rapatriement pour ramener en France les ressortissants bloqués au Moyen‑Orient, tandis que les tour-opérateurs organisent leurs propres vols spéciaux en parallèle.

Selon le ministre français des Affaires étrangères Jean‑Noël Barrot, 4 300 ressortissants qui se trouvaient dans la région au moment du déclenchement de la guerre ont déjà pu rentrer en France. Parmi eux, environ 800 ont été évacués à bord de vols affrétés par le Quai d’Orsay, les 3 500 autres ayant rejoint la France via des vols commerciaux encore disponibles.

Hier soir sur la chaîne France 5, le ministre a précisé que six vols spéciaux ont été affrétés par l’État depuis le début du conflit au Moyen-Orient, et que cinq autres sont programmés d’ici mardi, notamment au départ des Émirats arabes unis et du Liban. « Un deuxième vol au départ de Beyrouth sera opéré par la compagnie aérienne libanaise et permettra de faire partir notamment les Français les plus vulnérables », a‑t‑il indiqué.

En parallèle, les tour‑opérateurs ont organisé leurs propres opérations. Un vol charter Air Austral, affrété par plusieurs voyagistes français à l’initiative du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), doit ainsi rapatrier 260 touristes français bloqués aux Maldives vers Paris‑Charles de Gaulle. « Le vol spécial a été entièrement organisé et financé par les tour‑opérateurs concernés, sans dispositif spécifique de rapatriement mis en place par les autorités françaises pour les voyageurs situés hors de la zone de conflit », indique le Seto.

Des vols de rapatriement… mais payants
Contrairement à une idée répandue, les vols affrétés par la France ne sont pas systématiquement gratuits pour les passagers. Le Quai d’Orsay confirme que ces vols sont facturés lorsque des vols commerciaux existent encore dans la zone, par exemple au départ d’Arabie saoudite, d’Oman, de Jordanie ou d’Égypte.

« Les vols sont payants, dès lors qu’il y a encore des vols commerciaux disponibles », explique un responsable du ministère des Affaires étrangères cité par TourMag. Les tarifs demandés sont présentés comme « très en deçà » des prix du marché, l’objectif étant de ne pas concurrencer frontalement les compagnies aériennes et d’apporter une solution d’urgence à un coût modéré. Pour un vol d’évacuation depuis l’Égypte décidé dans les premiers jours de la crise, le montant demandé était d’environ 350 euros par personne. Un message envoyé aux Français résidant dans le Golfe proposait également un vol d’évacuation depuis Dubaï pour 680 euros, payables une fois arrivés à Paris, selon les informations obtenues par TourMag.

Pourquoi il est si difficile de trouver des avions ?
Pour les autorités comme pour les tour‑opérateurs, la principale difficulté n’est pas seulement l’organisation des rotations, mais la disponibilité des appareils. « La principale difficulté, c’est de trouver des avions », résume le Seto, cité par franceinfo.

La fermeture soudaine de larges portions de l’espace aérien au‑dessus de l’Iran, d’Israël, de l’Irak ou encore du Golfe a entraîné l’annulation de milliers de vols et le détournement d’innombrables routes. Les appareils sont immobilisés ou repositionnés, les équipages dépassent leurs temps de travail réglementaires, et les aéroports encore ouverts fonctionnent au ralenti. Dans ce contexte, trouver un avion disponible, un équipage complet, des créneaux aéroportuaires et des autorisations de survol devient un casse‑tête pour les autorités comme pour les voyagistes.

Qui prend en charge quoi ?
Pour les voyageurs partis via un tour‑opérateur, ce sont d’abord les voyagistes qui organisent le retour et avancent les frais. Dans l’exemple des Maldives, les tour‑opérateurs impliqués ont non seulement affrété un vol charter opéré par Air Austral, mais aussi pris en charge les nuits d’hébergement supplémentaires pour leurs clients bloqués sur place. « Dans ce type de situation, notre priorité absolue reste la sécurité et l’accompagnement de nos voyageurs », insiste Gonzague de Gélis, président de Dertour France, cité par Le Figaro.

Pour les Français qui voyagent individuellement, le centre de crise du Quai d’Orsay les oriente vers des options commerciales ou, le cas échéant, vers des vols de rapatriement organisés par l’État. En principe, ces vols sont réservés en priorité aux personnes vulnérables (mineurs, personnes malades, familles en difficulté), aux résidents dans les pays les plus touchés et à ceux qui n’ont pas d’autre solution pour rentrer.

Certains sites de voyage rappellent aussi le rôle des assurances voyage et du règlement européen sur les droits des passagers (EU261), qui peuvent intervenir pour les vols annulés ou massivement retardés, même dans un contexte de crise géopolitique. Mais en pratique, les délais de remboursement et la complexité du contexte de guerre rendent souvent ces dispositifs secondaires par rapport à l’urgence de trouver un siège dans un avion.

Une opération d’ampleur, appelée à se poursuivre
Près de 400 000 Français vivent ou séjournent actuellement dans la douzaine de pays concernés par le conflit, rappelle le ministère des Affaires étrangères. Au moins 5 000 d’entre eux ont déjà demandé à être rapatriés « dans les plus brefs délais », selon Jean‑Noël Barrot, et le centre de crise a reçu plus de 7 000 appels en quelques jours.

Les autorités françaises préviennent que ces opérations vont se poursuivre et s’adapter en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire et de la réouverture progressive de certains aéroports du Golfe. En attendant un retour à une circulation aérienne plus fluide, l’État et les professionnels du tourisme avancent ensemble, vol après vol, pour tenter de ramener tous ceux qui ont choisi de rentrer.

Trouver des avions, fixer le prix des billets : les coulisses du rapatriement des Français bloqués au Moyen-Orient 1 Air Journal

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