La compagnie aérienne israélienne El Al est dans le viseur du régulateur israélien, qui l’accuse d’avoir profité de sa quasi‑situation de monopole pendant la guerre contre le Hamas pour pratiquer des tarifs « excessifs et déloyaux », rapporte le site i24News.

Après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, la plupart des compagnies aériennes étrangères ont suspendu leurs liaisons vers/de Tel‑Aviv, laissant El Al en position ultra‑dominante sur le marché israélien pendant plusieurs mois. Selon l’Autorité de la concurrence israélienne, la part de marché de la compagnie aérienne nationale serait passée d’environ 20% avant le 7 octobre à plus de 70% dans les jours qui ont suivi, dépassant 50% sur l’ensemble de la période allant jusqu’à fin mai 2024.

Ce contexte de guerre a entraîné une forte demande de billets d’avion, de nombreux Israéliens et résidents cherchant à rentrer au pays ou à le quitter en urgence, tandis que l’offre de sièges se réduisait avec le retrait des transporteurs étrangers. « El Al se trouvait dans une situation de monopole sur les vols au départ et à destination d’Israël entre le 7 octobre 2023 et la fin mai 2024 », résume l’Autorité de la concurrence, qui estime que cette position lui a permis d’imposer des hausses « significatives » de prix.

L’analyse préliminaire du régulateur fait état d’une augmentation moyenne des prix d’environ 16% par billet sur la période, avec des hausses allant de 6% à 31% sur les principales lignes exploitées pendant la guerre. Sur certaines routes long‑courriers, notamment vers l’Amérique du Nord, des témoignages de passagers évoquent des billets en classe Economie vendus à plusieurs milliers de dollars, bien au‑delà des niveaux pratiqués en temps normal.

Le régulateur affirme que, compte tenu de la réduction des liaisons aériennes et du caractère indispensable de ces vols pour de nombreux voyageurs, ces augmentations constituent des tarifs « excessifs et déloyaux » au sens du droit israélien de la concurrence. Elle prévoit infliger à El Al l’amende maximale prévue par la loi, soit 121 millions de shekels (environ 33 à 39 millions d’euros), une décision encore soumise à une procédure contradictoire.

El Al conteste fermement les accusations
Dans un communiqué, El Al rejette en bloc ces conclusions. Elle affirme qu’« il n’existe aucun précédent » pour considérer qu’une hausse moyenne d’environ 14 à 16% des tarifs constitue une pratique abusive, et conteste tant le calcul du régulateur que la qualification juridique d’abus de position dominante. Elle souligne avoir maintenu des liaisons « dans des conditions de sécurité extrêmement complexes », augmenté certaines fréquences et mis en place des plafonds tarifaires sur quelques lignes (vers Chypre et la Grèce) pour permettre le départ de civils et le retour de réservistes. La direction d’El Al assure qu’elle présentera des données détaillées lors de l’audition et « devant toute juridiction compétente », se disant « confiante » dans l’issue de la procédure.

Profits record et colère des consommateurs
L’affaire intervient alors que la compagnie aérienne nationale a publié des résultats financiers historiques pour 2024. Selon la presse israélienne, son bénéfice net aurait été multiplié par près de cinq, passant d’environ 113 millions de dollars en 2023 à plus de 545–554 millions de dollars en 2024, sur un chiffre d’affaires d’environ 3,4 milliards de dollars en hausse de plus d’un tiers. Et pour 2025, les prévisions laissent entrevoir un bénéfice net de l’ordre de 600 à 650 millions de dollars..

Ces profits record ont nourri la colère d’une partie de l’opinion publique et des associations de consommateurs, qui accusent El Al d’avoir « exploité une tragédie nationale pour générer des gains extraordinaires ». Une action collective a été introduite devant un tribunal de district, les plaignants estimant que la politique tarifaire d’El Al a causé des préjudices financiers aux passagers israéliens. « Le bénéfice net d’El Al en 2024 est supérieur au cumul de ses profits sur les quinze années précédant la guerre », affirme l’un des avocats à l’origine de la plainte.

Pression réglementaire et enjeu d’image
Le dossier place désormais El Al sous une double pression, judiciaire et réglementaire. D’un côté, l’Autorité de la concurrence doit décider, à l’issue de la procédure, si elle confirme la qualification de monopole et l’amende de 121 millions de shekels. De l’autre, les actions collectives intentées par les consommateurs pourraient, à terme, ouvrir la voie à des demandes de remboursement d’une partie des profits jugés excessifs.

Au‑delà des aspects financiers, l’image de la compagnie nationale israélienne est en jeu. Défendue par une partie de l’opinion comme un acteur ayant assuré la continuité des liaisons alors que les autres transporteurs quittaient le pays, El Al est en même temps accusée par d’autres d’avoir « monnayé » cette responsabilité au prix fort.

Tarifs « excessifs et déloyaux » : El Al accusée de profiter de son quasi‑monopole en temps de guerre 1 Air Journal

@AJ/DR