Air Austral a tenu jeudi une conférence de presse à Dzaoudzi, pour rassurer ses passagers après deux déroutements techniques survenus en quelques mois sur la même liaison Paris-Mayotte, opérée en Boeing 787-8 Dreamliner. La sécurité prime sur tout, et ces incidents, bien qu’ils aient perturbé des centaines de voyageurs, n’entament en rien la fiabilité de l’appareil, a tenu à souligner la compagnie aérienne.
Pour rappel, dans la nuit du 13 au 14 septembre 2025, le Boeing 787-8 immatriculé F-OLRB, effectuant le vol Mayotte-Paris (avec escale technique prévue à Nairobi), a subi une chute soudaine de pression d’huile sur l’un de ses moteurs Rolls-Royce Trent 1000. L’équipage a coupé le moteur et dérouté l’appareil vers Djeddah, en Arabie saoudite. Les quelque 250 passagers ont été transbordés sur un Boeing 777-300ER dépêché depuis Paris, entraînant un retard d’environ 24 heures à l’arrivée en métropole.
Trois mois plus tard, le 27 décembre 2025, le même avion, en vol vers Mayotte, a détecté un dysfonctionnement sur un moteur de recyclage d’air de la cabine, affectant la ventilation et le refroidissement de certains équipements de navigation. À 10 000 mètres d’altitude, les passagers ont signalé une odeur de brûlé. L’appareil a été dérouté vers Naples. Il n’y avait aucun danger immédiat, mais la procédure de sécurité a été appliquée à la lettre. L’avion a repris son service dès le 30 décembre après vérifications.
Ces deux événements s’ajoutent à plusieurs perturbations antérieures liées au Dreamliner d’Air Austral, notamment l’immobilisation prolongée d’un 787-8 à Paris-CDG en 2019 à cause d’un problème de moteur Rolls-Royce Trent 1000, déjà connu sur le tmodèle, ainsi qu’à des réparations structurelles ponctuelles.
Dreamliner : un avion performant, mais exigeant
Cité par la 1ere.Franceinfo-Mayotte lors de la conférence de presse du 12 février à Dzaoudzi, le président du directoire d’Air Austral, Hugues Marchessaux, a assumé pleinement les déroutements : « Il faut lever les moindres doutes qui pourraient exister. Oui, il y a eu deux déroutements, certes, mais notre première priorité reste et restera toujours la sécurité de nos passagers. […] Il est hors de question de prendre le moindre risque ! » Et d’ajouter : « Dès lors qu’un problème nécessite un déroutement de l’avion, il n’y a pas de question à se poser. » « Nous dépensons beaucoup dans l’entretien des avions », a rappelé Hugues Marchessaux. Et d’insister : « Nous n’arbitrons jamais sur un problème de sécurité. Si l’avion doit se poser, il se pose. Et s’il repart avec les passagers à bord, c’est que tout est fonctionnel et sécurisé. »
Le directeur technique d’Ais Austral, Vincent Guérin, a expliqué les particularités du long-courrier Dreamliner : « C’est l’unique avion qui a les performances permettant de se poser à Mayotte dans toutes les conditions. » Il a toutefois reconnu que le Dreamliner, en raison de sa technologie avancée (structure en carbone, systèmes hautement informatisés), « nécessite beaucoup d’attention », notamment pour l’entretien des ailes ou la peinture qui se détache trop facilement du carbone. Cité par le Journal de Mayotte, Tristan Charpentier, président de Crystal Aero, la société sous-traitante en charge de la maintenance lourde et de certaines interventions sur les Boeing 787 d’Air Austral, a insisté sur la surveillance permanente : « La moindre anomalie est immédiatement détectée par les équipes. Ces détections entraînent la mise en place de procédures spécifiques à chaque situation, pour garantir la sécurité, même s’il n’y a parfois aucun danger avéré. » Il a rappelé que les Boeing 787 sont des avions « sûrs » et que plus de 1 100 exemplaires volent actuellement dans le monde.
Un best-seller mondial malgré ses débuts difficiles
Air Austral exploite deux Boeing 787-8 (F-OLRB et F-OLRC), livrés en 2016 et 2017. Ces appareils font partie des tout premiers Dreamliner produits qui ont connu des soucis de poids structurel et des problèmes récurrents sur les moteurs Trent 1000. Ils sont cependant particulièrement adaptés à la piste de l’aéroport Dzaoudzi-Pamandzi de Mayotte : courte, chaude et soumise à des vents variables. Aucun autre appareil de la flotte d’Air Austral (trois Boeing 777-300ER) ne permet d’y atterrir dans toutes les conditions météo.
La compagnie aérienne française, qui assure cinq à neuf vols directs hebdomadaires Paris-Mayotte selon la saison, souligne que 25 à 30 % de son activité passe par cet aéroport. Le 787-8, configuré en deux classes et capable d’emporter jusqu’à 270 passagers, offre également une consommation de carburant réduite de 20 % par rapport aux générations précédentes.
Dans le monde, le Boeing 787 est un immense succès. Depuis son entrée en service en 2011, la flotte mondiale (plus de 1 175 appareils) a transporté plus d’un milliard de passagers en moins de 14 ans – un record pour un gros-porteur. Les Dreamliner ont effectué près de 5 millions de vols et accumulé plus de 30 millions d’heures de vol, avec une utilisation moyenne supérieure à 12 heures par jour. Ils relient aujourd’hui plus de 520 aéroports dans 85 pays.
Boeing et les compagnies aériennes qui l’exploitent reconnaissent que les premiers exemplaires ont connu des problèmes de jeunesse (batteries lithium-ion en 2013, puis moteurs Trent 1000). Des questions de qualité de production ont également ralenti les livraisons entre 2021 et 2022. Pourtant, la grande majorité des opérateurs rapportent une fiabilité de « dispatch » (capacité à décoller à l’heure prévue) supérieure à 99 %, et les incidents graves restent exceptionnels.

@Air Austral
mika a commenté :
14 février 2026 - 12 h 18 min
Deux premiers….
Ces avions sont restés sur le tarmac aux US des mois. Les deux Twin comme ils disaient, personne n’en voulait.
Refilés à Air Austral, achetés d’occasion.
Ils n’arrètent pas d’avoir des soucis techniques.
AA, ici à la Réunion ? Pas confiance !
enfants terribles a commenté :
14 février 2026 - 13 h 16 min
Non pas achetés d’occasion mais au rabais , ces deux 787 UU font partie des onze premiers exemplaires fabriqués mais non conformes au niveau des masses et des performances , alias “terrible teens”, qui n’ont pas été acceptés par leur client initiaux et qui par la suite ont été bradés à 50% du prix catalogue par Boeing après avoir été parqués quelques années à Everett. (Ethiopian en a pris huit)
MoMoDeRabat a commenté :
14 février 2026 - 12 h 59 min
On ne compte plus le nombre de vols annulés à cause des terrible teens obtenus à prix bradés mais qui sont devenus un gouffre financier. UU envisagerait le renouvellement de sa flotte par l’achat d’A350 qui viendraient compléter une commande d’A320…..quand les finances le permettront. Cependant Boeing ne compte pas en rester là avec ses 787-9 et ses 787-10.