Depuis plusieurs semaines, le climat social se tend au sein d’American Airlines. Les pilotes, par l’intermédiaire de leur syndicat Allied Pilots Association (APA), ont publiquement manifesté leur manque de confiance dans la direction de la compagnie aérienne, rejoignant les hôtesses et stewards qui ont voté une motion de défiance historique contre le PDG Robert Isom.
Tout commence le 6 février 2026. Le conseil d’administration de l’APA, qui représente plus de 16 000 pilotes, adresse une lettre ferme au conseil d’administration d’American Airlines. Les pilotes y dénoncent « un manque persistant de stratégie à long terme », des faiblesses opérationnelles répétées et une culture d’entreprise qui ne permet plus de rivaliser avec Delta Air Lines et United Airlines. Ils estiment que la compagnie est « sur une voie sous-performante » et qu’elle a « échoué à définir une identité claire ou une stratégie pour corriger le cap ».
Plutôt que de rencontrer directement le conseil d’administration comme demandé, il est proposé aux pilotes de rencontrer le PDG lui-même. Le 7 février, Robert Isom répond par lettre : il accepte de rencontrer les représentants des pilotes « dès que possible ». Dans son message, il affirme que le conseil et lui-même sont « alignés sur l’objectif de faire d’American la compagnie la plus forte possible à tous égards ».
Une crise qui dépasse les seuls pilotes
La grogne des pilotes s’inscrit dans un mouvement plus large. Le 9 février, l’Association of Professional Flight Attendants (APFA), qui représente 28 000 hôtesses et stewards, vote à l’unanimité une motion de défiance contre Robert Isom – une première dans l’histoire du syndicat. Les hôtesses et stewards reprochent au PDG son manque d’écoute, notamment après la tempête hivernale de janvier 2026. Des milliers de vols ont été annulés, laissant de nombreux membres d’équipage bloqués dans les aéroports, parfois contraints de dormir sur le sol. Selon l’APFA, la réponse de Robert Isom – « cela fait partie de notre travail » – témoigne d’un « mépris total pour la dimension humaine ».
Les deux syndicats pointent les mêmes problèmes : des résultats financiers très inférieurs à ceux des concurrents (111 millions de dollars de bénéfice en 2025 pour American, contre 3,4 milliards pour United et 5 milliards pour Delta); une stratégie commerciale jugée ratée, notamment dans le segment corporate; et des performances opérationnelles et de ponctualité en retrait.
Un PDG sous pression
Le 12 février, plusieurs dizaines d’hôtesses et stewards ont manifesté devant le siège d’American Airlines à Fort Worth (Texas) pour réclamer le départ du PDG. De son côté, Robert Isom a diffusé un message vidéo aux salariés, présentant 2026 comme « l’année du redressement ». Il y promet de repositionner American Airlines, premier transporteur aux Etats-Unis en nombre de passagers qui fête cette année son 100è anniversaire, comme « la compagnie premium mondiale de référence ».
À ce jour (mi-février 2026), la rencontre promise entre Robert Isom et les pilotes n’a pas encore eu lieu, même si le PDG a indiqué qu’il prendrait contact rapidement pour fixer une date. Le président de l’APA, Nick Silva, a regretté publiquement la réponse jugée insuffisante de la direction.
Pour l’instant, les pilotes n’ont pas voté de motion de défiance formelle, contrairement aux hôtesses et stewards. Mais le ton employé par l’APA montre une frustration profonde, partagée par de nombreux salariés. La suite du conflit dépendra largement de la capacité de Robert Isom à présenter un plan concret et crédible lors des prochaines discussions. La pression des syndicats pourrait s’accentuer si les résultats du premier trimestre 2026 ne montrent pas d’amélioration rapide. Les voyageurs, eux, attendent surtout que cette crise interne ne se traduise pas par de nouvelles perturbations au sol ou dans les airs.

@American Airlines
Bencello a commenté :
15 février 2026 - 17 h 08 min
AA est clairement dans un processus de “lowcostisation”.
Aucun 787-10 en commandes, ni A350
Baisse de niveau des prestations, ( retrofit à la baisse des A319).
Pendant ce temps United et Delta étoffent leur flottes long-courrier, investissent dans les classes avant, et en récoltent une rentabilité bien plus élevée, tout en en faisant bénéficier leurs employés.
Les pax sur les réseaux n’ont pas de mots assez durs sur la qualité de service d’American.
Le tout alors que le low-cost aux USA est clairement en difficulté ( southwest, spirit…)
On comprend la défiance des personnels de AA, surtout quand on est porte drapeau (au sens propre) d’une nation à la fierté légendaire.
La compagnie est clairement en errance de stratégie…
Greg6 a commenté :
15 février 2026 - 18 h 09 min
L’ancienne direction a fait pas mal de dégâts, et à priori ils cherchent à changer de trajectoire avec l’arrivée notamment des nouveaux 787-9 très axés “premium” (seulement 244 sièges) et le déploiement de la nouvelle “flagship suite”. Mais oui ils sont clairement dans le creux de la vague.
Pour le renouvellement de la flotte, là encore ils payent les décisions passées. Ils manquent d’appareils, après le retrait massif et irréfléchi durant le covid. Ils n’ont pas suffisamment de 787 en commande, pas d’a350, et se retrouvent obligés de lancer un retrofit des 777-200 alors que ces derniers ont dépassé les 25 ans de moyenne d’âge.