Faut-il boycotter massivement les produits américains, et donc les compagnies aériennes des États‑Unis, pour défendre l’Europe ? La question, relancée par des mouvements de boycott dans plusieurs pays européens, se pose sur fond de provocations politiques répétées et de recul spectaculaire du tourisme vers les États‑Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

En France, une pétition sur Change.org, intitulée « Boycotter les produits américains pour défendre l’Europe », lancée par Marco Teani, un enseignant d’italien, appelle les citoyens de l’Union européenne à refuser les achats de biens américains. Elle invite les Européens à dire « non » aux diktats de l’administration Trump en refusant de consommer des produits Made in USA.

La pétition, qui a déjà recueilli plus de 36 000 signatures, propose d’identifier facilement les produits à éviter grâce aux codes-barres commençant par 000 à 060. Ce rejet symbolique mais concret des produits américains ne se limite pas à la France. Au Danemark, des applications mobiles permettant d’identifier et d’éviter les produits américains se sont hissées en tête des classements de téléchargement, dans le sillage des polémiques autour de la volonté affichée de Donald Trump d’« acheter » le Groenland, territoire danois stratégique dans l’Arctique.

L’« effet Trump » ravageur sur le tourisme

Bien avant l’idée d’un boycott organisé, les compagnies aériennes américaines subissent déjà un effondrement de la demande en provenance d’Europe, en particulier de France. Selon des données relayées par des tour-opérateurs membres du Syndicat des Entreprises du Tour Operating (Seto), ces entreprises ont enregistré, entre le 1er novembre 2024 et le 31 octobre 2025, une chute brutale de 14,6% des voyages organisés à forfait de la France vers les États‑Unis par rapport à l’année précédente.

Fin décembre 2025, les réservations pour l’été 2026 vers les États‑Unis s’effondraient même de plus de 29%, confirmant ce que les professionnels du voyage appellent désormais un net « effet Trump » dévastateur. Aux tensions commerciales et géopolitiques s’ajoutent l’inflation américaine et le durcissement des conditions d’entrée (ESTA, contrôles accrus, identifiants de réseaux sociaux, historiques téléphoniques ou e-mails), y compris pour les voyageurs en transit dans un aéroport américain. Tous ces facteurs rendent la destination plus chère, plus hostiles et moins attractive.

Boycott des compagnies aériennes américaines

Transposé au transport aérien, un boycott ciblant les mastodontes américaines – American, Delta, United, mais aussi les transporteurs régionaux comme Southwest ou JetBlue – aurait des effets multiples, des deux côtés de l’Atlantique.

Pour les États‑Unis, une baisse durable de la demande européenne se traduirait par une réduction du remplissage des vols transatlantiques, une pression à la baisse sur les tarifs ou, à l’inverse, des réductions de capacité pour limiter les pertes. Leurs hubs comme New York, Boston, Miami ou Los Angeles, déjà très dépendants de la clientèle internationale, verraient leurs revenus diminuer. Un boycott pénaliserait non seulement l’aérien, mais aussi l’hôtellerie, la restauration et l’ensemble de la chaîne touristique.

Pour l’Europe, un boycott des transporteurs américains profiterait d’abord aux compagnies aériennes européennes et autres (Air France‑KLM, Lufthansa Group, IAG, mais aussi certaines compagnies du Moyen‑Orient), qui pourraient récupérer une partie du trafic sur l’axe transatlantique. Il pourrait cependant réduire la concurrence globale et conduire, à terme, à une hausse des prix ou à une moindre flexibilité pour les passagers, notamment sur les segments affaires très rentables.

Moins de concurrence, des prix plus élevés

En cas de retrait significatif des compagnies aériennes américaines du marché français, Air France pourrait consolider sa position dominante sur ces routes transatlantiques et pratiquer des tarifs plus élevés, comme on l’a observé par le passé sur les liaisons vers les Antilles. Avant le développement de la concurrence par Air Caraïbes et Corsair, Air France régnait en maître et imposait des prix exorbitants, régulièrement dénoncés par les usagers et des rapports officiels pour leur impact sur l’accessibilité des DOM-TOM. L’émergence de ces challengers a forcé une modération des tarifs aériens et une vraie diversification. Un scénario similaire pourrait donc se reproduire sur l’axe France-États-Unis si la concurrence américaine diminue fortement.

​Au bout du compte, ces initiatives de boycott, encore jeunes mais en pleine expansion selon les pays, traduisent une révolte citoyenne légitime face aux pressions et aux provocations extérieures. Comme le martèle la pétition de Marco Teani : « Notre pouvoir réside dans notre union et dans notre capacité à faire payer cher leur arrogance ». Reste à mesurer, dans les mois qui viennent, l’impact réel de ce sursaut européen et sur la capacité des États-Unis à continuer d’imposer leur loi au monde.

« Effet Trump » : faut-il boycotter les compagnies aériennes américaines ? 1 Air Journal

@Boston Logan International Airport