La guerre au Moyen‑Orient provoque un frein brutal non seulement au transport de passagers mais aussi au fret aérien mondial, avec des capacités en baisse, des retards de livraison et une forte hausse des coûts.

La fermeture partielle des hubs du Golfe et de larges pans de l’espace aérien au‑dessus de la région a désorganisé le principal corridor de fret entre l’Asie et l’Europe via le Moyen‑Orient. Des plateformes de fret comme Dubaï, Doha et Abou Dhabi, qui jouent un rôle central dans le transport de marchandises par avion, ont vu leur activité suspendue ou fortement réduite. Leur paralysie bloque des milliers de tonnes de marchandises. En temps normal, Emirates, Qatar Airways et Etihad Airways, les « three sisters » du Golfe, représentent 13 % de la capacité mondiale de fret aérien.

Selon plusieurs cabinets de conseil cités par Air Cargo Week et des avis clients de transitaires, la capacité mondiale de fret aérien a reculé d’environ 18% en quelques jours, avec une baisse pouvant atteindre 26 à 40% sur l’axe Asie–Moyen‑Orient–Europe, très dépendant des hubs du Golfe. Les avions cargos et les soutes des vols passagers, qui acheminaient habituellement une part importante des flux, sont restés au sol ou ont dû être détournés par des itinéraires plus longs.

Colis retardés et marchandises bloquées
Pour les consommateurs européens, cette crise se traduit déjà par des délais rallongés sur de nombreux colis, notamment ceux issus du e‑commerce asiatique. Les expéditions des plateformes comme Shein, Temu ou Amazon se retrouvent affectées, avec des marchandises qui s’accumulent dans des entrepôts en Asie du Sud et du Sud-Est faute de vols disponibles via le Golfe. Des industriels interrogés par Reuters indiquent que des cargaisons de vêtements pour de grands distributeurs restent bloquées dans les aéroports du Bangladesh et de l’Inde depuis plusieurs jours.

Le Vietnam évoque des « situations de pénurie et d’endommagement de marchandises » pour certaines filières, en raison de retards, d’acheminements chaotiques et de ruptures de chaîne du froid. Les secteurs les plus vulnérables sont les produits frais, les médicaments, les composants électroniques et les envois express du commerce en ligne.

Coûts en forte hausse pour les chargeurs
Pour tenter de contourner le Moyen-Orient, les compagnies aériennes rallongent leurs routes en passant plus au nord ou plus au sud, ce qui augmente les temps de vol et la consommation de carburant. Les transitaires Metro et Bertling indiquent que « le déroutement des vols autour des zones de conflit entraîne une baisse de la capacité utile, une rotation moins efficace des appareils et une hausse de la complexité opérationnelle ».

Dans ce contexte de pénurie de capacité, les tarifs de fret aérien sont orientés à la hausse. Plusieurs notes aux clients signalent l’apparition de « war risk surcharges » et de « conflict surcharges », c’est‑à‑dire des surcharges spécifiques liées à la guerre. Le site spécialisé The Loadstar évoque des « hausses marquées des taux de fret sur l’axe Asie–Europe », alors que la capacité via le Golfe a été « presque réduite de 40% ». Au final, ces surcoûts finiront par se répercuter sur les prix à la consommation, surtout pour les biens à faible valeur ajoutée transportés par avion : vêtements de fast‑fashion, petits équipements électroniques, produits achetés sur les grandes plateformes.

Pour l’Asie du Sud, cette situation est particulièrement critique, car plus de la moitié du fret aérien du Bangladesh et une large part de celui de l’Inde transitent habituellement par les compagnies aériennes du Golfe. « Toute la capacité fret est actuellement saturée sur les compagnies aériennes encore opérationnelles, ce qui provoque une flambée des prix », alerte un industriel cité par Reuters.

Dans leurs notes à la clientèle, plusieurs logisticiens indiquent devoir dérouter une partie des flux vers des hubs alternatifs, en Europe ou en Asie, au prix de délais allongés et d’une plus grande incertitude sur les dates d’arrivée. Certains envois sont rebasculés sur le maritime, mais cette solution n’est pas adaptée à tous les produits, notamment les livraisons urgentes et les marchandises sensibles.

Une crise qui pourrait durer
Les professionnels du fret considèrent que l’impact sera durable tant que l’espace aérien du Moyen-Orient restera partiellement fermé, même si certains hubs rouvrent progressivement. APL Logistics anticipe des restrictions persistantes sur plusieurs semaines, avec une « capacité de traitement du Golfe potentiellement réduit de 70 à 90% » en cas de maintien des tensions au Moyen-Orient.

Les transitaires invitent les chargeurs (les clients qui expédient la marchandise) à « anticiper des délais plus longs, renoncer à certaines dates de mise en rayon et adapter leurs chaînes d’approvisionnement » en multipliant les scénarios et les routes alternatives. « Globalement, nous sommes inquiets : nous voyons se profiler une nouvelle grande crise sur le transport fret mondial », résume un dirigeant de l’association des exportateurs de textile au Bangladesh.

Colis en retard, coûts en hausse : comment la guerre au Moyen-Orient frappe le fret aérien 1 Air Journal

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