Lufthansa se prépare à vivre un nouveau bras de fer social majeur : les pilotes du groupe, regroupés au sein du syndicat Vereinigung Cockpit, lancent ce jeudi une grève de 48 heures pour dénoncer le blocage des négociations sur les retraites et les conditions de travail. Le mouvement, qui touchera les vols passagers et cargo au départ des aéroports allemands, s’inscrit dans un conflit au long cours autour du système de retraite d’entreprise et de la stratégie de réduction des coûts du premier groupe aérien européen.

Le syndicat VC (Vereinigung Cockpit) qui représente environ 5 000 pilotes de Lufthansa, de Lufthansa Cargo et de la filiale régionale Lufthansa CityLine, a appelé à un arrêt de travail de 48 heures à compter du jeudi 12 mars. Le mouvement concerne les vols au départ des aéroports allemands et devrait se traduire par une vague d’annulations et de retards à travers le réseau du groupe. Selon VC, la grève fait suite à l’échec de plusieurs cycles de négociations et de tentatives de médiation avec la direction autour de la réforme du régime de retraite d’entreprise et d’améliorations des conditions d’emploi. Le syndicat affirme que les pilotes n’ont « plus d’autre choix » que de recourir à la grève pour obtenir des engagements fermes sur les pensions et la sécurité de l’emploi.

Pensions et conditions de travail au cœur du conflit

Le cœur du désaccord porte sur les contributions de l’employeur au régime de retraite d’entreprise des pilotes, que VC juge insuffisantes au regard de l’inflation et des efforts de réduction des coûts engagés par le groupe. Le syndicat demande une hausse des contributions de Lufthansa pour garantir un niveau de pension jugé compatible avec la responsabilité et la technicité du métier de pilote de ligne.

VC dénonce également la stratégie de Lufthansa consistant à développer de nouvelles marques, comme City Airlines ou Discover, avec des conditions contractuelles inférieures, ce que les représentants des pilotes interprètent comme une « pression organisée » sur les standards de rémunération et de carrière. Le président de VC, Andreas Pinheiro, a estimé que le fait que la direction se contente de se dire ouverte au dialogue tout en refusant d’aborder des « améliorations substantielles » du système d’entreprise de retraite, ce qui « ne conduit à aucun résultat ». De son côté, Lufthansa affirme avoir présenté des réformes « à coût neutre » pour le système de pension après un précédent mouvement social en février, sans convaincre la partie syndicale.

Un mouvement calibré mais à fort impact opérationnel

Lufthansa indique travailler à un programme de vols spécial pour la période de grève et prévient que les perturbations pourraient se répercuter bien au-delà de l’Allemagne, compte tenu du rôle de hubs de Francfort et de Munich. Le groupe mobilise aussi des équipages volontaires pour tenter d’assurer un socle minimal d’opérations, pratique déjà utilisée lors de précédents arrêts de travail.

Les expériences récentes donnent une indication de l’ampleur potentielle des perturbations : lors d’une grève coordonnée de pilotes et de personnels de cabine le 12 février 2026, Lufthansa a été contrainte d’annuler près de 800 vols en une journée, affectant environ 100 000 passagers, principalement à Francfort et Munich. Fin 2025, un autre mouvement de 48 heures avait entraîné l’annulation de plus de 900 vols et perturbé le voyage de plus de 115 000 personnes. Les experts du secteur anticipent un schéma similaire, avec une priorité donnée par la compagnie aux liaisons long-courriers et aux banques de correspondances les plus critiques.

Des vols épargnés pour raisons géopolitiques

Dans un contexte de tensions géopolitiques et de crises régionales, le syndicat a annoncé qu’il exempterait certains vols pour éviter d’aggraver des situations jugées sensibles. Les liaisons vers plusieurs pays du Moyen-Orient et de la région, notamment l’Égypte, l’Azerbaïdjan, Bahreïn, l’Irak, Israël, le Yémen, la Jordanie, le Qatar, le Koweït, le Liban, Oman, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ne seront pas concernées par le mouvement.

Cette approche sélective, déjà observée lors d’autres conflits sociaux dans le transport aérien, vise à maintenir une desserte minimale vers les zones où les restrictions de mobilité ou les enjeux humanitaires sont particulièrement sensibles. Elle illustre aussi la volonté de VC de se présenter comme un acteur responsable, soucieux de ne pas « faire monter les tensions » au-delà du strict cadre de la négociation sociale.

Un conflit qui s’inscrit dans la durée

La crise actuelle s’inscrit dans un historique de tensions récurrentes entre Lufthansa et ses pilotes au sujet des retraites et de la structure de la flotte. Dès 2025, les pilotes avaient largement voté en faveur d’actions de grève pour protester contre la révision du plan de pensions, jugée défavorable aux nouvelles générations, et la montée en puissance de filiales à coûts réduits. Depuis, plusieurs cycles de négociations se sont succédé, sans permettre de sortir durablement de l’impasse. Lufthansa fait également face à une nouvelle menace de grève de ses hôtesses et stewards, après la rupture des négociations avec leur principal syndicat, UFO, autour d’une refonte en profondeur des règles de travail en cabine.

Pour la direction du groupe, qui sort d’une période de restructuration marquée par la crise sanitaire et une normalisation progressive du trafic européen, l’enjeu est de contenir durablement la hausse de ses coûts unitaires tout en restant compétitive face aux compagnies low cost et aux majors du Golfe. VC, de son côté, accuse Lufthansa d’externaliser une partie de la croissance vers des entités où les barèmes salariaux et les schémas de carrière sont moins favorables, fragilisant les perspectives des pilotes sous contrat historique.

Pensions, low cost interne et colère des pilotes : Lufthansa face à 48 heures de grève à partir de jeudi  1 Air Journal

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