Lufthansa fait face à une nouvelle menace de grève de ses hôtesses et stewards, après la rupture des négociations avec leur principal syndicat autour d’une refonte en profondeur des règles de travail en cabine.

La compagnie allemande Lufthansa voit monter la pression sociale sur son activité long-courrier et européenne, alors que le syndicat UFO, qui représente des milliers de personnels de cabine, a claqué la porte des discussions sur un nouvel accord-cadre régissant leurs conditions d’emploi. Ce bras de fer s’inscrit dans un contexte de conflits sociaux récurrents en Allemagne et d’efforts de réduction des coûts au sein d’un groupe où la compagnie historique est désormais qualifiée de « enfant à problèmes » par son propre dirigeant.

Lufthansa et le syndicat UFO négociaient un nouveau « Manteltarifvertrag » (MTV), un accord-cadre qui fixe les règles essentielles de l’emploi pour les personnels de cabine : horaires de travail, temps de repos, organisation des rotations et prise en charge des arrêts maladie. Ce texte est stratégique pour la compagnie comme pour les équipages, car il conditionne la flexibilité opérationnelle sur les hubs de Francfort et de Munich, au cœur du réseau du groupe.

Selon plusieurs comptes-rendus syndicaux, Lufthansa a présenté un projet de révision profonde de ces règles, destiné à accroître la flexibilité et à réduire la facture sociale. UFO affirme avoir rejeté immédiatement ce « catalogue de mesures » et quitté la table des négociations, estimant que le texte donnerait à la direction un contrôle excessif sur les plannings et les conditions de travail. Le syndicat a dénoncé auprès de ses adhérents une proposition jugée unilatérale : selon lui, « Lufthansa veut pouvoir faire plus ou moins ce qu’elle veut de vous, quand elle le veut » et « ce qui nous a été présenté aujourd’hui est un catalogue d’horreurs et une attaque très dure contre vous et contre nous ». La direction n’a pas détaillé publiquement le contenu exact de son projet, mais le positionne comme un préalable à une amélioration durable de la performance opérationnelle et financière.

Risque de grève élevé, passagers sous vigilance

À ce stade, aucune date de grève n’a été fixée et aucun préavis formel n’a été communiqué par UFO à Lufthansa. Mais en Allemagne, les actions de grève dans le transport aérien peuvent être déclenchées avec un délai de prévenance très court, parfois à l’issue d’une simple consultation interne des adhérents, ce qui entretient un niveau de risque élevé pour les voyageurs.

Les précédents récents plaident pour la prudence : en 2024 et en février 2026, une série de mouvements coordonnés impliquant les personnels au sol (Ver.di), les pilotes VC (Vereinigung Cockpit) et les équipages de cabine (UFO) ont entraîné l’annulation de centaines de vols sur un ou deux jours. Un conflit conjoint entre personnels de cabine et personnels au sol en 2024 aurait coûté environ 350 millions d’euros à Lufthansa, auxquels se sont ajoutés 100 millions d’euros de hausses salariales non prévues initialement.

Les hubs de Francfort et Munich, déjà au cœur de précédents arrêts de travail visant précisément les départs de ces aéroports, se retrouveraient en première ligne en cas de nouveau conflit. Les passagers en correspondance intercontinentale ou sur les liaisons européennes à forte fréquence seraient les plus exposés à des annulations en chaîne et à des re-routages de dernière minute.

Un « enfant à problèmes » dans le groupe Lufthansa

En toile de fond, ce bras de fer illustre les difficultés structurelles de la compagnie historique Lufthansa par rapport aux autres entités du groupe (SWISS, Austrian, Brussels Airlines, Eurowings, Discover, Lufthansa CityLine, etc.). Son directeur général, Carsten Spohr, a déjà décrit la compagnie-mère comme « l’enfant à problèmes » du groupe, expliquant que des coûts salariaux élevés, des structures de travail jugées archaïques et des retards dans la modernisation de la flotte pèsent sur sa compétitivité.

L’objectif affiché est de faire de Lufthansa, d’ici 2026, le porte-drapeau rentable du groupe, à l’occasion de son centenaire, grâce notamment à des réductions de coûts, une meilleure productivité des équipages et l’introduction de nouveaux produits cabines. Mais cette stratégie se heurte à une forte résistance syndicale, d’autant que les salariés craignent un transfert d’activités vers des filiales ou partenaires opérant sous des coûts plus bas, par exemple Eurowings ou les opérateurs en wet lease.

Contexte social tendu dans le ciel allemand

Le conflit autour du MTV ne survient pas en vase clos : ces derniers mois, l’Allemagne a été marquée par une vague de mouvements sociaux dans les transports, des chemins de fer aux aéroports. Dans l’aérien, Lufthansa et ses filiales ont été touchées à plusieurs reprises, qu’il s’agisse des personnels de cabine, des pilotes ou du personnel au sol, chacun portant ses propres revendications sur les salaires, les pensions ou la protection de l’emploi.

La menace de grève intervient alors que la maison‑mère Lufthansa Airlines, longtemps sous pression, commence à récolter les fruits de son vaste programme de redressement selon les dernier résultats 2025 publiés ce mois-ci. La compagnie allemande, qui fête cette année son 100è anniversaire, a amélioré son résultat annuel d’environ 250 millions d’euros en 2025 et est repassée dans le vert, avec une marge d’EBIT ajusté de 0,9%. Le plan de transformation, qui regroupe quelque 700 mesures, doit générer un effet brut de 1,5 milliard d’euros sur le profit en 2026, précise Lufthansa Group. Lufthansa a également annoncé vouloir fermer Lufthansa CityLine et transférer activités et personnels vers une nouvelle filiale, selon Deutsche Welle, ce qui alimente la conflictualité sociale dans la branche régionale.  Dans une communication plus large sur sa transformation, le groupe dit chercher à renforcer sa compétitivité, son efficacité et sa rentabilité, notamment via une coopération plus intégrée entre entités.