Le marché français du Business Travel (voyage d’affaires) retrouve en 2026 une dynamique solide, porté par la reprise post-Covid et une demande soutenue des entreprises et gros comptes, malgré un contexte économique et géopolitique tendu.

En 2026, le voyage d’affaires en France devrait générer environ 31,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une hausse de 2,2% par rapport à 2025, d’après le baromètre EPSA. Cette progression intervient après un record historique en 2025, estimé à 30,9 milliards d’euros, déjà supérieur au niveau de 2019.

Les déplacements professionnels des voyageurs d’affaires restent stratégiques pour le développement commercial et la prospection, même si l’inflation et les tensions internationales incitent à la prudence. Près de 45% des entreprises prévoient d’augmenter leurs budgets voyages en 2026, soit trois points de plus qu’en 2025. Le secteur, qui pèse lourd dans l’économie française, accélère sa transformation autour de la durabilité, de l’intelligence artificielle et d’une attention renforcée au bien-être des voyageurs.

Des challengers français qui montent

Face à ces mastodontes, des acteurs plus agiles misent sur le sur-mesure et l’innovation pour gagner des parts de marché. Parmi eux, Jancarthier Business Travel, entité dédiée aux déplacements professionnels du groupe de voyage Jancarthier fondé en 1963, met en avant une approche française centrée sur les besoins des voyageurs corporate. Présent sur l’ensemble du territoire avec plusieurs plateaux d’affaires et un réseau d’agences, le groupe enregistre une croissance régulière auprès d’une clientèle corporate variée : presse, cabinets d’avocats, institutions nationales ou maisons d’édition.

Jancarthier Business Travel articule son offre autour de trois gammes : Essentiels pour les besoins du quotidien, Collections pour les prestations premium sur mesure, et Digital pour une expérience 100% en ligne. Ce TMC français a aussi développé un service d’indemnisation automatique en cas de retard ou d’annulation de vol, activé dès le début du partenariat, qui prend en charge les démarches auprès des compagnies aériennes. Ce positionnement, combinant agilité, partenariats solides et fort taux de satisfaction client, lui permet de s’affirmer comme un challenger crédible face aux grands groupes internationaux.

Startups et nouvelles solutions

À côté des TMC et des réseaux établis, un écosystème de startups bouscule le marché en misant sur la flexibilité, la proximité et la technologie. Navan (ex-TripActions) propose une plateforme tout-en-un qui centralise réservation, gestion des dépenses et suivi des notes de frais, avec un pilotage en temps réel pour les entreprises. Fairjungle avance une solution B2B qui promet de réduire de façon notable les budgets voyages, en combinant moteur de réservation nouvelle génération et service d’agence expert.

D’autres jeunes pousses intègrent des modules d’indemnisation automatique pour les retards ou annulations de vols, dans un contexte où les entreprises attendent des offres plus personnalisées et réactives. Ces acteurs sont particulièrement présents dans les secteurs de la presse, du droit ou des institutions publiques, où la rapidité de traitement et l’adaptabilité sont jugées essentielles. Leur dynamisme contribue à renouveler le paysage du voyage d’affaires en France, en complément des grands opérateurs historiques.

Les grands groupes en position dominante

Sinon, le marché français du voyage d’affaires reste dominé par les grandes Travel Management Companies (TMC) internationales, qui pilotent les déplacements des grands comptes. American Express Global Business Travel (Amex GBT) et BCD Travel concentrent chacune une part significative du marché, autour de 3,5% au niveau mondial, avec une présence solide en France via des partenariats et réseaux affiliés. CWT, ex-Carlson Wagonlit Travel, conserve une place importante, notamment sur les voyages complexes des secteurs industriel et public.

Dans l’univers en ligne, Booking Holdings et Expedia Group dominent la distribution, avec plus de 70% des agences de voyages en ligne sur le marché français grâce à leurs plateformes et outils digitaux. Ces acteurs, majoritairement américains, capitalisent sur des économies d’échelle et des innovations technologiques, dont l’intégration de l’IA pour personnaliser les offres. En France, des réseaux comme Havas Voyages, affilié à Amex GBT, ou FCM Travel, couvrent plus de 80% des volumes des grandes entreprises. Leur puissance de négociation avec compagnies aériennes et hôteliers reste déterminante, même si la concurrence des solutions digitales s’intensifie.

Un écosystème mondial en mutation

À l’échelle mondiale, le marché du voyage d’affaires est évalué à environ 1 717 milliards de dollars en 2026 et devrait poursuivre sa croissance à un rythme annuel proche de 8% jusqu’en 2034, selon un rapport du cabinet Stellar Market Research. La France, sixième marché mondial, bénéficie d’une fréquentation soutenue, portée par les grands événements et l’attrait durable de la destination pour les voyageurs corporate européens et nord-américains.

Cette dynamique reste toutefois fragilisée par la hausse des coûts, la pression réglementaire en faveur du rail sur les trajets courts et les exigences croissantes en matière de durabilité. Les entreprises privilégient désormais des voyages plus « intentionnels » : plus courts, mieux ciblés et fréquemment multimodaux, combinant train et avion pour réduire l’empreinte carbone. L’IA s’impose comme un levier clé pour optimiser les itinéraires et les dépenses, tandis que la qualité de vie des collaborateurs devient un indicateur majeur de performance des politiques voyages. À horizon 2030, certaines études anticipent une progression annuelle d’environ 10% pour ce segment, tirée par la demande mondiale.

Une résilience mise à l’épreuve par la guerre au Moyen-Orient

La reprise actuelle intervient après le choc de la pandémie de Covid-19, qui avait provoqué un effondrement sans précédent des déplacements professionnels. Après plusieurs années de restrictions et de généralisation des visioconférences, le marché a retrouvé puis dépassé en 2025 son niveau de 2019, porté par la hausse des coûts, des politiques voyages plus flexibles et la digitalisation accélérée.

La guerre au Moyen-Orient fait toutefois peser une nouvelle menace sur la trajectoire de croissance. Les professionnels du voyage d’affaires anticipent des impacts durables si la crise se prolonge : annulations massives de vols, reroutages coûteux, hausse du prix du carburant et des billets sur les axes Asie–Europe, reports ou annulations de déplacements via les grands hubs régionaux comme Dubaï ou Doha, et montée de l’anxiété chez les voyageurs. Dans ce contexte, la résilience du marché français reposera sur sa capacité à privilégier des alternatives plus courtes et plus durables, notamment le rail et la multimodalité, tout en gérant les risques énergétiques, sécuritaires et inflationnistes qui pourraient ralentir, sans l’interrompre, la dynamique positive observée ces dernières années.

Le marché du voyage d'affaires : une reprise solide et de nouveaux défis 1 Air Journal

@Lufthansa