Delta Air Lines a dévoilé, discrètement mais fermement, son intention de lancer à l’été 2027 une liaison quotidienne sans escale entre Los Angeles et Manille en Airbus A350-900, via un dossier déposé au département américain des Transports (DOT).

Cette offensive sur un marché dominé de longue date par Philippine Airlines intervient alors que le transporteur philippin cherche lui-même le feu vert de Washington pour ouvrir un vol direct entre Manille et Chicago, sur fond de tensions autour des créneaux aéroportuaires à l’aéroport saturé de Ninoy Aquino.

Delta mise sur un Los Angeles – Manille de 14 heures

Selon une note récente de Delta auprès du DOT, la compagnie « poursuit des plans » pour lancer à l’été 2027 un vol quotidien Los Angeles (LAX) – Manille (MNL) opéré en Airbus A350-900. Le projet, repéré d’abord par le site spécialisé Enilria et repris par plusieurs médias, n’a pas encore fait l’objet d’une annonce commerciale classique, mais figure noir sur blanc dans la requête adressée au régulateur américain.

Le vol, d’une durée supérieure à 14 heures à l’aller, s’inscrirait dans la montée en puissance long-courrier de Delta sur le Pacifique, où le transporteur s’appuie déjà sur sa base de Los Angeles vers le Japon et la Corée. L’A350-900, fleuron long-courrier de la flotte, permettrait une optimisation des coûts unitaires sur une liaison à très forte composante diaspora et affinitaire, mais aussi touristique et affaires.

Un marché porté par une diaspora massive

Le marché États-Unis–Philippines est l’un des plus importants corridors long-courriers liés à une diaspora, notamment en Californie, où vivent près de 1,6 à 1,7 million de personnes d’origine philippine, soit environ 40% de la population philippine totale aux États-Unis. La seule région de Los Angeles regrouperait, selon les estimations, autour de 500 000 Américains d’origine philippine, faisant de cette métropole américaine un bassin de demande stratégique pour toute compagnie reliant Manille.

Ce potentiel s’est déjà traduit dans les choix de réseau des compagnies : Philippine Airlines dessert actuellement Los Angeles, San Francisco, Honolulu, New York JFK et Guam au départ de Manille, tandis que United Airlines est devenue en 2023 le premier transporteur américain à relier en direct le continent américain à Manille depuis San Francisco. United opère par ailleurs des vols quotidiens vers Manille depuis Guam, et, selon les données de programmation citées par la presse spécialisée, elle aligne désormais plusieurs vols quotidiens entre San Francisco et Manille.

Philippine Airlines veut Chicago, Delta réclame des créneaux

C’est dans ce contexte que Philippine Airlines a saisi le DOT pour obtenir une exemption lui permettant de lancer, dès la saison été 2026, une liaison sans escale entre Manille et Chicago O’Hare (ORD), première connexion directe entre les Philippines et le Midwest américain. La compagnie, contrôlée par le groupe de l’homme d’affaires Lucio Tan, souligne que cette nouvelle route s’inscrit dans le cadre de l’accord de services aériens entre les deux pays, qui autorise les transporteurs philippins à desservir Honolulu, San Francisco, Los Angeles, Guam, Saipan et quatre autres points supplémentaires choisis par Manille.

Dans sa réponse, Delta ne dit pas vouloir bloquer ce projet, mais demande clairement au DOT de « différer l’action » sur la demande de Philippine Airlines tant que le gouvernement philippin n’aura pas donné des garanties écrites sur la disponibilité de créneaux, de postes de stationnement et d’infrastructures nécessaires pour sa propre future desserte de Manille. La compagnie avance que les transporteurs américains font face à des contraintes persistantes d’accès à l’aéroport international Ninoy Aquino, l’un des plus congestionnés d’Asie, où les créneaux aux heures de pointe sont rares et très convoités.

NAIA, nœud de congestion et enjeu de réciprocité

L’aéroport international Ninoy Aquino de Manille souffre depuis des années d’une saturation chronique de ses infrastructures, avec des pistes limitées, des horaires de vols très encadrés et peu de marge pour accueillir de nouvelles fréquences long-courriers aux moments les plus attractifs pour la clientèle. Les autorités philippines planchent sur une modernisation et une redistribution des trafics entre NAIA et des projets d’aéroports alternatifs autour de Manille, mais à court terme les créneaux restent un instrument de pouvoir pour favoriser les compagnies nationales.

Dans son mémoire, Delta insiste sur le principe de réciprocité : « Delta demande respectueusement au Département de différer l’action jusqu’à ce que Delta et le gouvernement américain reçoivent des assurances écrites du gouvernement philippin que les créneaux et l’accès aéroportuaire nécessaires pour mettre en œuvre le service prévu vers Manille seront disponibles à des conditions commercialement viables. » Le transporteur affirme « ne pas s’opposer en principe » à la demande de Philippine Airlines, mais souhaite que l’extension des droits de trafic profite également aux opérateurs américains.

Un nouvel acte dans la compétition États-Unis–Philippines

L’arrivée programmée de Delta à Manille marquerait le retour de la compagnie sur le marché philippin après plusieurs années d’absence, et viendrait compléter l’offre déjà en place de United, aujourd’hui seul transporteur américain à relier directement le continent à MNL. Pour Philippine Airlines, habituée à dominer les flux entre Manille et les États-Unis, l’ouverture de nouveaux vols américains – depuis San Francisco avec United, demain peut-être depuis Los Angeles avec Delta – complique la donne concurrentielle.

Delta veut relier Los Angeles à Manille et freine les ambitions de Philippine Airlines 1 Air Journal

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