AirAsia X maintient, pour l’instant, le cap sur Bahreïn. Malgré l’embrasement régional provoqué par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et la fermeture temporaire de plusieurs espaces aériens au Moyen-Orient, la low-cost long-courrier malaisienne assure que l’ouverture de son hub à Bahreïn et le lancement de la liaison Kuala Lumpur–Bahreïn–Londres-Gatwick, prévus le 26 juin 2026, restent « toujours d’actualité », tout en laissant planer une grande incertitude sur la faisabilité opérationnelle de ce pari geopolitico‑aérien.

AirAsia X veut faire de Bahreïn son premier hub mondial

Annoncé en février, le projet doit marquer le retour d’AirAsia X à Londres après plus de dix ans d’absence, via un nouvel escale‑hub à l’aéroport international de Bahreïn. La compagnie prévoit un vol quotidien entre Kuala Lumpur et Bahreïn, prolongé vers Londres-Gatwick, opéré en Airbus A330‑300, avec des tarifs de lancement agressifs depuis le Golfe. Bahreïn doit devenir le premier hub hors d’Asie du groupe, pensé comme un pont entre l’Asie du Sud‑Est, l’Europe et, à terme, l’Afrique, avec à l’horizon 2030 l’ambition de baser une flotte conséquente et de multiplier les fréquences.

Dans son communiqué de lancement, AirAsia X expliquait vouloir « connecter l’Asie avec le Moyen-Orient et l’Europe de manière plus efficace » grâce à ce point d’appui au cœur du Golfe, en capitalisant sur les temps de vol de l’A330 et sur le potentiel de correspondances régionales. La nouvelle route Kuala Lumpur–Bahreïn–Londres doit s’inscrire dans une stratégie plus large de croissance post‑restructuration, qui inclut aussi l’arrivée de monocouloirs long-courriers de type A321XLR destinés à étendre encore le réseau européen.

Une ouverture confirmée… sous conditions

Face aux tensions régionales, la direction d’AirAsia X a réaffirmé début avril son intention de lancer la desserte de Bahreïn en juin, tout en reconnaissant que le calendrier dépendra directement de l’évolution du conflit. Lors d’une conférence de presse, le directeur général Bo Lingam a ainsi confirmé que « les vols vers Bahreïn fonctionneront si la guerre se termine avant juin », refusant en revanche de s’engager sur le maintien du projet en cas de conflit prolongé. Interrogé sur d’éventuels plans de replis, il a concédé que « tout est possible », évoquant notamment l’hypothèse de routes alternatives vers l’Europe via la Turquie si la situation au Moyen‑Orient demeurait trop instable.

Le fondateur du groupe, Tony Fernandes, a de son côté insisté sur le fait que la compagnie restait « très engagée » sur la nouvelle route et sur son hub bahreïni, tout en admettant que l’explosion des coûts carburant liée au conflit – avec un kérosène qui a doublé pour atteindre environ 180 dollars le baril, selon la presse économique – impose déjà des hausses de tarifs et des réductions de capacité sur certains marchés. « Nous devrons augmenter les prix et ajuster la capacité là où nous ne pouvons plus absorber le coût du carburant », a déclaré le dirigeant, cité par des médias régionaux s’appuyant sur des informations de Reuters.

Un projet rattrapé par la crise du ciel moyen-oriental

L’enthousiasme initial entourant le hub de Bahreïn a été rapidement rattrapé par une brusque dégradation du contexte géopolitique et aérien. À la suite d’une attaque conjointe des États‑Unis et d’Israël contre l’Iran, qui a entraîné des frappes de représailles, plusieurs pays du Moyen‑Orient – dont l’Iran, Israël, la Jordanie, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et les Émirats arabes unis – ont temporairement fermé leur espace aérien, provoquant un véritable effet domino sur le trafic mondial.

Bahreïn, qui accueille la Ve flotte américaine dans le quartier de Juffair, a brièvement suspendu tous les vols, laissant des passagers en transit bloqués à l’aéroport et forçant de nombreuses compagnies internationales – parmi lesquelles Emirates, Qatar Airways, Turkish Airlines ou encore plusieurs transporteurs indiens – à dérouter ou annuler leurs liaisons.

Pour les planificateurs de réseau, la situation complique la gestion des trajectoires entre l’Asie et l’Europe, déjà contraintes par l’impossibilité pour de nombreuses compagnies d’utiliser l’espace aérien russe depuis 2022. L’allongement des routes, combiné au renchérissement du carburant, menace l’équation économique de certains axes long‑courriers low cost, un modèle déjà très sensible aux variations de coûts externes.

La fermeture brutale de l’espace aérien bahreïni fin février, même temporaire, illustre la dépendance directe de ce hub aux tensions régionales, avec des conséquences immédiates sur la continuité des opérations et sur la confiance des passagers. Pour AirAsia X, qui sort d’une restructuration lourde après la crise du Covid‑19, un nouveau choc opérationnel sur une route emblématique vers l’Europe pourrait fragiliser sa stratégie de reconquête du long‑courrier.

AirAsia X maintient son pari sur Bahreïn malgré la tourmente au Moyen‑Orient 1 Air Journal

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