EasyJet a publié une lourde perte semestrielle de 640 millions d’euros, dans le haut de la fourchette déjà annoncée, et prévient que ses perspectives restent fragiles face à la flambée du kérosène et à un tassement des réservations pour l’été, sur fond de conflit en Iran et de tensions persistantes au Moyen-Orient.

Pour le premier semestre de son exercice décalé, clos fin mars, easyJet affiche une perte avant impôts de 552 millions de livres, soit environ 640 millions d’euros, contre quelque 394 millions de livres (environ 457 millions d’euros) un an plus tôt, soit une dégradation de l’ordre d’environ 174 millions d’euros. Ce résultat s’inscrit dans la fourchette de 540 à 560 millions de livres que le groupe avait communiquée lors d’un avertissement d’avril, ce que les investisseurs interprètent comme un signe de contrôle relatif sur la trajectoire financière malgré le choc externe. EasyJet dispose par ailleurs d’environ 4,7 milliards de livres de ressources disponibles, soit près de 5,45 milliards d’euros, et d’une position de trésorerie nette ajustée positive. «La solidité financière d’easyJet, soutenue par notre bilan de qualité investment grade et 4,7 milliards de livres de liquidités, nous place dans une position favorable pour traverser les incertitudes géopolitiques actuelles », a ainsi assuré le directeur général Kenton Jarvis.

Le conflit en Iran fait flamber le kérosène

Si la perte semestrielle était anticipée, la donne a changé depuis la fin février avec l’escalade du conflit impliquant l’Iran et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, un goulet stratégique pour les flux de produits raffinés, dont le kérosène. En Europe du Nord-Ouest, le prix du jet fuel est ainsi passé d’environ 830 dollars la tonne à plus de 1 500 dollars, soit une hausse de plus de 80%, selon les données compilées par les analystes.

Ce « double choc » – blocage d’une partie des exportations de kérosène depuis le Golfe et ralentissement des expéditions de brut vers les raffineries asiatiques et européennes – renchérit brutalement la facture énergétique des compagnies aériennes. Plusieurs transporteurs, notamment européens, ont déjà mis en garde contre des baisses de résultats, des hausses de tarifs, voire des réductions de capacité pour absorber le surcoût, dans un contexte où la demande restait jusqu’ici robuste après la reprise post‑Covid.

Une couverture carburant protectrice, mais pas « immunisée »

EasyJet n’échappe pas à ce choc, même si sa politique de couverture amortit encore partiellement l’impact immédiat. La compagnie rappelle avoir couvert une large part de ses besoins en carburant pour 2026 : environ 80 à 85% sur le premier semestre et plus de 60% sur le second, à des niveaux moyens proche de 700 dollars la tonne, largement inférieurs aux prix spot actuels. «Heureusement, la plupart des compagnies aériennes européennes sont très bien couvertes », soulignait déjà Kenton Jarvis au printemps, estimant néanmoins qu’il est «inévitable » qu’une partie de ces coûts soit finalement répercutée sur les tarifs.

Reste que la part non couverte devient extrêmement sensible à chaque variation du marché. Selon un analyste cité dans la presse spécialisée, « la couverture à environ 70% autour de 720 dollars offre une certaine protection, mais pas l’immunité : avec un spot à plus de 1 300 dollars et chaque tranche de 100 dollars représentant des dizaines de millions de livres de coûts supplémentaires, easyJet reste exposée ». Le groupe chiffre d’ailleurs à près de 25 millions de livres le surcoût direct lié au Moyen‑Orient sur le seul premier semestre 2026.

Demande sous pression et réservations plus tardives

Sur le front commercial, la situation est plus nuancée : la demande globale demeure solide, mais sa composition évolue au détriment de certaines destinations et de la visibilité sur l’été. EasyJet indique que son taux de remplissage pour le deuxième semestre – une mesure clé pour une low cost – s’établit autour de 58% à ce stade, signe d’un basculement des clients vers les réservations de dernière minute et les destinations de proximité.

La compagnie note cependant que les volumes de réservations mensuelles restent en hausse en glissement annuel, ce qui confirme la tendance structurelle à des cycles d’achat plus courts, déjà observée depuis plusieurs étés mais accentuée cette année par l’incertitude géopolitique et économique. Le conflit en Iran pèse en particulier sur les flux vers l’est de la Méditerranée, au profit de marchés considérés comme plus sûrs, comme l’Espagne, la Grèce occidentale ou certaines liaisons intérieures et urbaines en Europe.

Ré-allocation du réseau et flexibilité opérationnelle

Face à cet environnement, easyJet met en avant sa capacité à ajuster rapidement son réseau, un élément central du modèle low cost européen. Le transporteur explique avoir commencé à réallouer des capacités au départ du Royaume‑Uni et de l’Europe du Nord vers des lignes intérieures et des liaisons urbaines, moins exposées à la dégradation de la demande vers le Levant et certaines destinations du sud‑est méditerranéen.

Cette flexibilité s’inscrit dans un plan plus large de « croissance disciplinée » et de modernisation de la flotte, avec l’arrivée progressive d’Airbus de nouvelle génération plus économes en carburant, qui deviennent un levier majeur dans un contexte de kérosène cher. « Notre stratégie est claire : grâce à une croissance disciplinée, une modernisation accélérée et l’expansion continue d’easyJet holidays, nous visons un rebond après les revers liés au Moyen‑Orient cette année », a déclaré Kenton Jarvis dans un communiqué financier.

EasyJet holidays et programme de fidélité en renfort

Pour soutenir ses marges et lisser la “cyclicité” de son activité, easyJet continue de miser sur les revenus dits « ancillaires », au premier rang desquels sa filiale de voyages à forfait easyJet holidays. Cette activité, qui combine vols et séjours, affiche une croissance supérieure au reste du groupe et permet d’améliorer le revenu par siège, un indicateur particulièrement scruté à l’heure où les coûts unitaires hors carburant progressent peu mais où la facture énergétique explose.

La compagnie prépare par ailleurs le lancement d’un programme de fidélité structuré à l’horizon 2027, destiné à renforcer la rétention et la valeur de chaque client, à rebours des modèles ultra‑low cost qui restent plus réticents à investir dans ce type d’outils relationnels.

Au‑delà du cas d’easyJet, la flambée du kérosène consécutive au conflit iranien apparaît désormais comme un choc systémique pour l’aviation européenne. Les associations d’aéroports, comme ACI Europe, ont récemment alerté Bruxelles sur le risque de pénurie de carburant dans certains hubs si les flux via Ormuz ne se normalisent pas, évoquant la possibilité de retards et d’annulations supplémentaires en pleine haute saison.

Perspectives : visibilité faible, mais une résilience revendiquée

Pour l’heure, le groupe se refuse à donner des objectifs chiffrés précis pour l’ensemble de l’exercice, se contentant d’indiquer que ses perspectives restent « incertaines » en raison des tensions géopolitiques, de la volatilité du carburant et du comportement des consommateurs. EasyJet insiste toutefois sur la poursuite de ses efforts de réduction des coûts unitaires hors carburant, l’optimisation de sa base de coûts aéroportuaires et la montée en puissance des Airbus de nouvelle génération pour contenir l’empreinte carburant par siège.

EasyJet plombée par la guerre en Iran : 640 millions d’euros de perte au premier semestre et un été sous tension 2 Air Journal

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