Malgré l’effondrement brutal de son trafic vers le Moyen-Orient, Londres-Heathrow a accueilli 6,6 millions de passagers en mars 2026, soit une hausse de près de 7% sur un an, portée par un report massif des flux vers l’Asie, l’Afrique et les correspondances long-courrier.
Le premier aéroport britannique se montre résilient face à la guerre en Iran et aux fermetures d’espaces aériens dans le Golfe, mais prévient que les prochains mois resteront marqués par une forte incertitude.
Un trafic global en hausse malgré la guerre
En mars 2026, Heathrow a traité 6,6 millions de passagers, soit une progression d’environ 6,9% par rapport à mars 2025, selon les données publiées par l’aéroport. Sur douze mois glissants, le hub londonien a ainsi atteint 85,1 millions de passagers, en hausse de 1,9%, confirmant son statut de l’un des aéroports les plus fréquentés au monde.
Cette croissance intervient alors même que le conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran bouleverse les schémas de transport aérien, notamment sur les grands axes de transit via le Golfe. De nombreuses compagnies ont dû contourner ou éviter l’espace aérien iranien, voire suspendre des routes, ce qui a modifié en profondeur les itinéraires des passagers long-courriers.
Effondrement de 51% du trafic vers le Moyen-Orient
Le revers est spectaculaire sur le segment moyen-oriental : en mars, le nombre de passagers entre Heathrow et le Moyen-Orient a chuté de 51,1%, pour tomber à environ 294 000 voyageurs, contre quelque 600 000 un an plus tôt. Cette baisse est directement liée aux fermetures d’espaces aériens dans le Golfe et aux risques perçus de frappes de missiles et de drones iraniens, qui ont dissuadé une partie de la clientèle loisirs et affaires.
Traditionnellement, les grandes compagnies du Golfe — Emirates, Qatar Airways, Etihad et leurs concurrentes régionales — utilisent ces routes comme portes d’entrée vers l’Asie, l’Afrique et l’Océanie, avec des correspondances massives via leurs hubs. La crise actuelle redistribue ces flux, au bénéfice de hubs européens comme Heathrow, mais aussi au profit d’aéroports concurrents tels qu’Istanbul, Amsterdam-Schiphol ou Francfort, qui tentent de capter une partie de ce trafic rerouté.
L’Asie et l’Afrique tirent le long-courrier
Si le Moyen-Orient décroche, d’autres régions compensent largement. Le trafic vers l’Asie-Pacifique a bondi de 31,1% en mars, atteignant environ 1,1 million de passagers, tandis que celui vers l’Afrique a progressé de 23,3%. L’aéroport indique également une hausse de 11,6% des flux avec l’Union européenne, signe que la demande reste robuste sur le moyen-courrier intra-européen.
Au total, la croissance a été portée par un report de la demande sur l’ensemble du réseau long-courrier d’Heathrow, alors que voyageurs et compagnies évitent les hubs du Golfe et les trajectoires survolant l’Iran. Le trafic aérien mondial reste par ailleurs soutenu par la reprise post-pandémie et par la vigueur de certains marchés comme l’Asie du Sud et l’Afrique de l’Est, où les liaisons via Londres offrent des alternatives crédibles aux correspondances dans le Golfe.
Un boom des passagers en correspondance
L’un des signaux les plus forts de cette recomposition des flux est la hausse de 10% du nombre de passagers en correspondance à Heathrow en mars. De plus en plus de voyageurs utilisent le hub londonien comme point de transit, profitant des multiples liaisons long-courriers opérées notamment par British Airways et ses partenaires de l’alliance oneworld.
Dans un contexte de fermetures d’espaces aériens au Moyen-Orient, ces correspondances via Londres permettent de contourner les zones de conflit et de limiter l’exposition aux reroutages de dernière minute et aux annulations. Pour l’aéroport, ce regain de trafic de transfert renforce son positionnement de plateforme intercontinentale, même s’il reste dépendant des arbitrages de réseau des compagnies, elles-mêmes guidées par les contraintes de sécurité et de coûts carburant.
Une capacité saturée qui freine la croissance
Malgré ces bons chiffres, Heathrow prévient qu’il ne peut pas pleinement capitaliser sur le report de trafic lié à la crise moyen-orientale. Ses créneaux de décollage et d’atterrissage sont déjà saturés, ce qui limite les possibilités d’ajouter des fréquences ou d’ouvrir de nouvelles lignes à court terme, contrairement à certains de ses concurrents européens.
« Alors que Heathrow a temporairement absorbé la demande venue d’ailleurs, sa croissance demeure plus lente que celle de ses concurrents de l’UE, car les créneaux de piste sont complets », souligne l’aéroport dans son communiqué de trafic de mars. Le gouvernement britannique a approuvé en 2025 le principe d’une troisième piste, mais le projet reste soumis à un long processus de planification, à des recours et à des débats environnementaux, limitant toute augmentation rapide de capacité.
Une incertitude persistante sur les prochains mois
Sur le plan opérationnel, Heathrow assure pour l’heure que les retombées indirectes du conflit, notamment sur les chaînes d’approvisionnement mondiales et le prix du carburant, n’ont pas perturbé le fonctionnement de la plateforme. L’aéroport dit suivre de près la situation et travailler avec les autorités britanniques et les compagnies aériennes pour sécuriser les voyages des passagers.
« Nous faisons tout notre possible pour soutenir les compagnies aériennes et les passagers alors que les tendances de voyage évoluent pendant la crise au Moyen-Orient », a déclaré le directeur général de Heathrow, Thomas Woldbye, cité dans le communiqué officiel. « Même si le réseau long-courrier de Heathrow a absorbé la demande en mars, les perspectives pour les prochains mois restent incertaines. Je suis fier de ce que nos collègues ont accompli pour s’adapter rapidement et continuer à offrir un excellent service aux passagers en période difficile », a-t-il ajouté.

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