Le trafic aérien mondial a reculé en avril 2026, pour la première fois depuis la reprise post‑Covid, sous l’effet de la guerre au Moyen‑Orient et de la flambée du kérosène. Selon l’Association du transport aérien international (IATA), la demande mondiale de transport de passagers a diminué de 3,4% sur un an, mais le reste du marché reste orienté à la hausse si l’on exclut la région en conflit.
En avril, la demande totale de passagers, mesurée en kilomètres‑passagers payants (RPK), a baissé de 3,4% par rapport à avril 2025. Sans le Moyen‑Orient, la demande aurait au contraire progressé de 1,2%, souligne l’IATA. La capacité mondiale, en sièges‑kilomètres offerts (ASK), a reculé de 2,9%, pour un coefficient d’occupation moyen de 83,1%, en léger repli de 0,4 point.
Le trafic international a été le plus touché, avec une baisse de 5,3% des RPK, tandis que le trafic intérieur est resté globalement stable. « La chute de 46,6% de la demande chez les transporteurs du Moyen‑Orient, attribuable à la guerre dans la région, a été si marquée qu’elle a fait baisser l’ensemble de la demande de 3,4% », résume Willie Walsh, directeur général de l’IATA.
Guerre en Iran et avions moins remplis
La demande des compagnies aériennes du Moyen-Orient a plongé de 46,6 %. Cette baisse régionale a suffi à entraîner le trafic aérien mondial dans le rouge. La capacité est en chute de 37,2% et le coefficient de remplissage limité à 70,6%, en recul de 12,5 points.
L’IATA attribue ce décrochage à la guerre en Iran, qui perturbe les flux de correspondance et les grands hubs de la région. Le communiqué souligne que la baisse reste massive mais que le rythme du repli ralentit légèrement par rapport à mars, grâce à un cessez‑le‑feu qualifié de « fragile ».
Europe et Asie redessinent leurs routes
Toutes les autres grandes régions affichent une croissance du trafic international, malgré le contexte. En Asie‑Pacifique, la demande internationale progresse de 3% sur un an, pour une capacité en hausse de 0,7% et un coefficient de remplissage record de 87,5% pour un mois d’avril.
En Europe, le trafic international augmente de 0,9%, avec une capacité en hausse de 0,3% et un taux d’occupation moyen de 84,9%. L’IATA note un bond de 15,3% du trafic direct Europe‑Asie, qui « remplace » une partie des flux qui passaient auparavant par les hubs du Golfe.
Amériques, Afrique : croissance modérée mais réelle
En Amérique latine, la demande internationale grimpe de 8,9%, pour une capacité en hausse de 7,2% et un coefficient d’occupation de 84,6%, en progression de 1,4 point. L’Afrique enregistre une hausse plus modeste de 2,2% des RPK, pour une capacité en hausse de 1,2% et un remplissage de 77,9%.
Les transporteurs d’Amérique du Nord, eux, affichent une demande internationale stable (0% de variation sur un an), avec une capacité en recul de 1,1%. Le coefficient d’occupation s’améliore légèrement à 83,9%, soit 0,9 point de plus que l’an dernier.
Marchés intérieurs : stagnation et contrastes
Dans le monde, les marchés intérieurs sont restés au point mort : les RPK domestiques sont inchangés en avril 2026 par rapport à 2025, tandis que la capacité progresse de 0,8%. Le coefficient d’occupation moyen des vols intérieurs recule de 0,7 point, à 81,9%.
Les évolutions varient fortement d’un pays à l’autre. La demande progresse au Brésil (+2,6%), en Chine (+1,2%) et au Japon (+3,7%), mais recule en Australie (‑0,4%), en Inde (‑2,9%) et aux États‑Unis (‑0,6%). L’IATA relève que la capacité intérieure au Japon baisse depuis huit mois consécutifs, malgré la hausse de la demande.
Carburant cher et billets sous pression
Au‑delà du conflit régional, la flambée du kérosène complique la donne pour les compagnies aériennes. « Le coût du carburéacteur a plus que doublé en avril, ce qui pousse les tarifs aériens à la hausse », avertit Willie Walsh. Les programmes de vols montrent une offre réduite dans les prochains mois, signe que les transporteurs ajustent leur capacité. Cette combinaison de capacité en baisse et de carburant record met « les billets sous pression » à l’approche de la haute saison estivale.
Un équilibre fragile avant la haute saison
Pour l’IATA, la situation reste « hautement volatile », entre chocs géopolitiques et envolée des coûts. Le repli d’avril ne signifie pas un retournement généralisé du marché, mais il montre la sensibilité du transport aérien aux crises régionales majeures.
Hors Moyen‑Orient, la demande continue de progresser et plusieurs régions battent des records de remplissage. Mais la combinaison d’avions moins remplis au Moyen‑Orient, de reroutages coûteux et de carburant cher laisse planer le risque de nouvelles hausses de tarifs et d’ajustements de capacités au cœur même de la saison d’été.

Abou Dhabi @DR/AJ
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