Les réservations vers l’Espagne et le Portugal s’envolent pour le printemps‑été 2026, portée par un effet « destination refuge » depuis le déclenchement de la guerre au Moyen‑Orient. Ces deux pays européens captent une partie des voyageurs qui renoncent à l’Égypte, à la Jordanie, à la Turquie ou aux hubs du Golfe, jugés trop exposés au conflit.

Un boom des réservations vers la péninsule Ibérique
Selon les données compilées par la plateforme Sojern, les réservations de vols vers l’Espagne, y compris en transit, ont progressé de 32% sur un an au 2 avril, tandis que les recherches d’hôtels ont augmenté de 28% pour la fin du printemps et l’été. « L’Espagne et le Portugal connaissent une envolée des réservations de vols et d’hôtels, alors que des millions de voyageurs se détournent des destinations et des hubs touchés par la guerre au Moyen‑Orient », résume la plateforme de réservation BtoB.

Les professionnels parlent d’un véritable report de flux depuis la Méditerranée orientale et le Golfe vers le pourtour méditerranéen occidental, avec la péninsule Ibérique en première ligne. « Le pourtour méditerranéen va clairement bénéficier de la situation », anticipe ainsi la présidente des Entreprises du Voyage (EdV), Valérie Bonned, citée par Le Figaro, en évoquant la bonne tenue de l’Espagne et la montée en puissance de destinations comme le Portugal.

La guerre au Moyen‑Orient redessine la carte du tourisme
La guerre au Moyen‑Orient ne bouleverse pas seulement les routes aériennes, elle redessine aussi la carte du tourisme mondial. Jusqu’à 181 millions de touristes visitent chaque année le Moyen‑Orient et la Méditerranée orientale, un bassin aujourd’hui directement affecté par les tensions géopolitiques et les risques perçus.

Après l’attaque de drones contre une base britannique à Chypre début mars, la Méditerranée orientale a été frappée par une vague d’annulations, dans des pays comme Chypre, l’Égypte ou la Jordanie. Les tour-opérateurs et voyagistes constatent un refroidissement net de la demande sur les destinations associées – de près ou de loin – au conflit , la clientèle de loisirs devenant plus sensible que jamais aux destinations jugées à risques, qu’elles soient justifiés ou pas.

Espagne : moteur touristique en surcroît de vitesse
Déjà deuxième destination mondiale après la France, l’Espagne aborde cette nouvelle saison estivale avec tous les indicateurs au vert. Elle a accueilli un record de 97 millions de visiteurs l’an dernier, et l’organisation patronale Exceltur anticipe cette année une croissance de 2,5% en termes réels pour l’activité touristique, à 227 milliards d’euros de chiffre d’affaires, légèrement plus que prévu auparavant.

Le conflit au Moyen‑Orient agit comme un accélérateur : Exceltur estime que les touristes détournés des zones de tension pourraient générer 4,2 milliards d’euros supplémentaires pour le secteur en 2026. Les hôteliers s’attendent à une hausse des taux d’occupation pouvant atteindre 3% cet été, selon Cehat, la principale association hôtelière du pays. « L’Espagne reste une valeur sûre et bénéficie pleinement du contexte international », résume Exceltur, évoquant à la fois la demande européenne et nord‑américaine.

Portugal : montée en gamme d’une destination refuge
Longtemps perçu comme une alternative plus confidentielle, le Portugal s’impose à son tour comme destination refuge pour de nombreux vacanciers européens. Avec environ 33 millions de visiteurs en 2025, le pays consolide son attractivité, en particulier sur les marchés britanniques, français et allemands.

Le site de voyage Portugal.fr, citant la presse locale, souligne que près de 300 000 touristes britanniques pourraient rediriger leurs vacances vers le Portugal cet été, délaissant des destinations du Golfe comme Dubaï, Abou Dhabi ou le Qatar. « Ce déplacement de flux illustre les effets indirects d’un conflit dont les répercussions dépassent largement la région concernée », analyse le guide, qui note que le Portugal figure, aux côtés de l’Espagne et de l’Italie, parmi les principales alternatives perçues comme plus sûres.

Une péninsule devenue « plateforme touristique mondiale »
Au‑delà de la conjoncture, la péninsule Ibérique part d’une base solide : avec 33 millions de visiteurs pour le Portugal et 97 millions pour l’Espagne en 2025, l’ensemble forme « la plus grande plateforme touristique mondiale ». Lisbonne et Madrid multiplient d’ailleurs les initiatives conjointes pour promouvoir des itinéraires transfrontaliers, du nord atlantique au sud andalou, afin d’optimiser ce flux croissant.

« De rivaux à partenaires, le Portugal et l’Espagne se donnent aujourd’hui la main pour bâtir une destination touristique encore plus attractive et durable », résume José Santos, président de Turismo do Alentejo, en appelant à mieux répartir les flux sur l’ensemble des territoires. Cette stratégie tombe à point nommé au moment où les reports de voyages liés au conflit dopent la demande sur la région.

Une attractivité qui pose la question de la capacité d’accueil
Si ce statut de « destination refuge » profite clairement à l’Espagne et au Portugal, mais il renvoie aussi aux débats déjà vifs sur la capacité d’accueil de certaines régions. Barcelone, Lisbonne ou l’Algarve connaissent depuis plusieurs années des tensions autour de la saturation touristique, du logement et des nuisances pour les habitants.

Pour l’heure, les acteurs du secteur mettent surtout en avant l’opportunité économique. « Il devrait continuer à croître plus rapidement que la croissance globale du PIB », indique Exceltur, qui prévoit que le tourisme restera l’un des moteurs de l’économie espagnole en 2026. Mais en toile de fond, la montée en puissance d’une péninsule Ibérique refuge pourrait relancer le débat sur le tourisme de masse et la nécessaire adaptation des politiques publiques locales.

Espagne et Portugal : « destinations refuge » sur fond de guerre au Moyen‑Orient 1 Air Journal

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