Kuwait Airways et Jazeera Airways ont repris dimanche 26 avril 2026 une partie de leurs vols au départ de l’aéroport international de Koweït, mettant fin à 55 jours de fermeture de l’espace aérien national consécutifs aux frappes iraniennes de début mars.

La relance reste toutefois très progressive, limitée à deux terminaux et à une plage horaire restreinte, alors que l’infrastructure de KWI demeure lourdement marquée par les attaques de drones et de missiles.

Un retour prudent à KWI après 55 jours d’exil saoudien

Les deux transporteurs koweïtiens, Kuwait Airways et la low cost Jazeera Airways, ont relancé le 26 avril des vols commerciaux directs depuis l’aéroport international de Koweït (KWI), après avoir opéré pendant près de deux mois depuis des bases de repli en Arabie saoudite. L’espace aérien koweïtien avait été officiellement rouvert le 23 avril par la Direction générale de l’aviation civile (DGCA), mais les opérations passagers ont été décalées de trois jours pour permettre une remise en route progressive.

Cette réouverture intervient dans le sillage d’un cessez-le-feu prolongé entre les États‑Unis et l’Iran annoncé le 21 avril, après une séquence de frappes et de contre‑frappes qui a déstabilisé l’ensemble du ciel du Golfe. Koweït a ainsi maintenu son espace aérien totalement fermé pendant 55 jours, soit la plus longue interruption continue dans la région depuis le début du conflit déclenché par l’attaque américano‑israélienne contre l’Iran le 28 février.

Kuwait Airways redéploie un réseau réduit depuis le Terminal 4

Kuwait Airways concentre sa reprise sur le Terminal 4 (T4), avec 35 vols prévus sur la première semaine et un réseau initial de 17 destinations internationales. Parmi les villes desservies figurent notamment Londres, Istanbul, Mumbai, Le Caire, Manille, Riyad, Djeddah, Guangzhou, Colombo ou encore Dhaka.

Selon les déclarations de son directeur général par intérim, Abdulwahab Al‑Shatti, relayées par l’agence officielle KUNA, la compagnie assure une rotation quotidienne vers Le Caire, tandis que Djeddah et Dhaka sont programmées quatre fois par semaine. Huit autres villes – dont Londres, Riyad, Mumbai et Manille – bénéficient de trois fréquences hebdomadaires, et Istanbul, Guangzhou et Colombo d’une rotation par semaine.

« Nous avons choisi une reprise graduelle, en privilégiant les marchés les plus essentiels pour les passagers koweïtiens et les résidents expatriés », a expliqué Abdulwahab Al‑Shatti, cité par KUNA, en soulignant que le programme serait ajusté au fur et à mesure de la remise en capacité de l’aéroport.

Jazeera Airways relance T5 et mise sur le “Project Barakah”

Jazeera Airways, basée au Terminal 5 (T5), a parallèlement redémarré ses vols directs vers 10 destinations : Amman, Beyrouth, Mumbai, Le Caire, Kochi, Damas, Delhi, Istanbul, Riyad et Djeddah. La low cost a ajouté Riyad et Djeddah à son plan initial de reprise, renforçant la connectivité intra‑Golfe alors que de nombreux flux point‑à‑point restent détournés ou dégradés.

Certaines lignes emblématiques restent toutefois opérées via l’Arabie saoudite : Dubaï, notamment, demeure desservie en transit via Dammam, faute de capacité suffisante à KWI et dans l’attente d’un redéploiement complet. Sous le nom de code “Project Barakah”, Jazeera avait réorganisé en urgence ses opérations autour de deux bases saoudiennes – Al‑Qaisumah (AQI) et Dammam (DMM) –, mobilisant plus de 500 salariés, 14 avions et du matériel au sol pour maintenir un minimum de connectivité du pays.

Le transporteur a indiqué avoir opéré plus de 1 200 vols, transporté plus de 130 000 passagers et acheminé des centaines de tonnes de fret, notamment denrées alimentaires et produits pharmaceutiques, grâce à ce dispositif transfrontalier. « À travers le Project Barakah, nous avons maintenu le Koweït relié au reste du monde via le Royaume d’Arabie saoudite, avec des bases jumelles à Qaisumah et Dammam », a rappelé le directeur général de Jazeera, Barathan Pasupathi, saluant « le rôle déterminant » de l’Autorité générale de l’aviation civile saoudienne (GACA).

Un aéroport encore très loin de sa capacité nominale

Malgré la réouverture partielle, l’aéroport international de Koweït reste loin d’un fonctionnement normal. Les terminaux 4 et 5 ne peuvent opérer qu’à l’intérieur d’une plage quotidienne restreinte, entre 9 h et 16 h locales, ce qui limite fortement le nombre de rotations possibles et empêche pour l’instant un retour des grands flux de correspondance régionale.

Le Terminal 1, infrastructure historique de KWI, demeure fermé pour réparations après avoir subi des dommages structurels lors d’attaques de drones au début du conflit, tout comme le système radar de l’aéroport et une partie des capacités de stockage de carburant. Le Terminal 2, grand projet d’extension destiné à faire du Koweït un hub plus compétitif, est toujours en chantier, avec une mise en service désormais repoussée à la fin de 2026, tandis que le Terminal 3 avait été définitivement fermé avant même le début de la crise.

Cette approche graduée permet à la DGCA d’augmenter progressivement la capacité en fonction de l’avancement des travaux de réparation, des inspections techniques et des re-certifications de sécurité. Les autorités doivent notamment s’assurer de l’intégrité des installations de navigation, des systèmes d’avitaillement et des procédures de gestion des risques face à la menace de drones et de missiles, qui s’est invitée durablement dans la cartographie des dangers pour l’aviation civile au Moyen‑Orient.

Pour l’instant, aucun retour des compagnies étrangères

Au moment de la reprise, aucune grande compagnie étrangère n’a encore annoncé de date ferme pour la reprise de ses rotations vers Koweït. Emirates, Qatar Airways, Turkish Airlines, British Airways et d’autres acteurs majeurs du Golfe et au‑delà restent en retrait, préférant attendre une stabilisation durable de la situation sécuritaire et la remise en service d’une plus grande partie des capacités de KWI.

Ce contraste est d’autant plus marqué que d’autres États du Golfe, eux aussi touchés par les fermetures d’espace aérien, ont redémarré plus rapidement. Etihad Airways a par exemple repris ses vols commerciaux depuis Abu Dhabi dès le 6 mars, dans un contexte encore très perturbé, tandis que Qatar Airways a rétabli un programme réduit vers Doha dès le 9 mars, avant de laisser revenir progressivement les compagnies étrangères à partir du 20 avril, via des corridors aériens spécialement approuvés par l’autorité qatarienne.

Koweït a au contraire maintenu son espace aérien intégralement fermé, en grande partie parce que le pays a été directement touché par plusieurs frappes iraniennes visant des infrastructures stratégiques, dont l’aéroport, ses terminaux et ses installations de carburant. Cette exposition plus directe, combinée à la présence de forces américaines sur son sol, a pesé sur les délais de remise en conformité des installations civiles.

Un test pour la résilience aéronautique koweïtienne

Pendant la fermeture, Kuwait Airways et Jazeera Airways ont servi de véritables lignes de vie aériennes pour l’émirat, au prix d’une logistique complexe. Les passagers étaient acheminés par la route entre Koweït City et les aéroports saoudiens d’Al‑Qaisumah et de Dammam, un trajet de quatre à cinq heures en autocar, avant de pouvoir embarquer sur leurs vols internationaux.

Pour absorber ces flux, Jazeera a mis en place un centre dédié au Koweit International Fairgrounds, Hall n° 8 à Mishref, transformé en terminal provisoire pour l’enregistrement, la gestion des bagages et l’organisation des transferts terrestres. Cette infrastructure temporaire restera en service : les vols Jazeera qui ne sont pas encore revenus en direct sur T5 – notamment vers Dubaï – continueront d’être opérés via Dammam selon le modèle de transit mis en place pendant la crise.

Kuwait Airways a pour sa part indiqué qu’elle maintiendrait elle aussi des opérations résiduelles via Dammam tant que KWI n’aura pas retrouvé une capacité suffisante pour absorber l’ensemble de son programme. Pour les autorités comme pour les compagnies, ce dispositif hybride – combinant reprise partielle à KWI et maintien de bases de repli saoudiennes – constitue un filet de sécurité face à un environnement géopolitique qui reste volatil.

Après 55 jours de fermeture, Kuwait Airways et Jazeera redécollent depuis Koweït 1 Air Journal

@P.Pigeyre/Airbus