Dans la nuit du 29 au 30 avril, un Airbus A321neo LR d’ITA Airways assurant le vol AZ855 Dakar–Rome a dû faire demi‑tour après la mise en travail imprévue d’une passagère enceinte de sept mois, qui a finalement donné naissance à un petit garçon à plus de 10 000 mètres d’altitude.
Cet événement rare, le premier accouchement en vol de l’histoire de la jeune compagnie italienne, met en lumière la chaîne de décisions opérationnelles du cockpit, le rôle clé du personnel navigant commercial et l’appui décisif de deux professionnelles de santé présentes parmi les passagers.
Un A321neo LR entre Dakar et Rome, et un vol qui bascule
Dans la nuit du 29 au 30 avril, l’Airbus A321neo LR immatriculé EI‑HXC d’ITA Airways décolle de l’aéroport Blaise-Diagne de Dakar à destination de Rome Fiumicino avec 155 passagers et 7 membres d’équipage à bord. L’appareil assure la rotation AZ855, une liaison long-courrier en monocouloir, typique de la stratégie d’ITA Airways sur le moyen/long courrier africain, rendue possible par l’autonomie étendue de la version LR de l’A321neo. Aux commandes se trouve le commandant Alessandro Vannucci, 52 ans, épaulé par le premier officier Filip Stojmenov, 34 ans. « Personne n’avait été informé de la grossesse » de la passagère concernée, au septième mois, explique le commandant au Corriere della Sera, qui a recueilli son récit détaillé quelques jours après l’événement.
Les premiers signes d’alerte à bord du vol AZ855
Selon le récit publié par le Corriere della Sera, à 2 h 47 (heure italienne), soit une heure et six minutes après le décollage, la cheffe de cabine contacte le cockpit pour signaler qu’une passagère se sent mal. « J’ai demandé dans quel état elle se trouvait et si une assistance médicale était nécessaire », raconte le commandant Vannucci.
En l’espace de trois minutes, la situation s’accélère : la même cheffe de cabine rappelle les pilotes pour les informer que la poche des eaux s’est rompue, signe d’un accouchement imminent. À ce stade, le vol se trouve au‑dessus de la Mauritanie, dans une zone désertique du Sahara occidental, loin des grands aéroports européens mieux équipés pour l’accueil d’un prématuré.
Hôtesses, médecin et infirmière : une équipe médicale improvisée
Dans la cabine, l’équipage commercial se met immédiatement en ordre de bataille, conformément aux procédures standard de gestion d’urgence médicale en vol. Les PNC allongent la passagère dans un espace dégagé, avec l’« aide précieuse » d’une médecin italienne et d’une infirmière française, toutes deux voyageant comme passagères. Ce tandem médecin‑infirmière se coordonne avec l’équipage pour évaluer l’état de la patiente et la progression du travail, tandis que les pilotes commencent à consulter les données météo et les options de déroutement. ITA Airways confirmera par la suite, sur ses canaux officiels, que « la mère et le nouveau‑né ont reçu une assistance immédiate de la part de l’équipage, qui a fait preuve d’un grand professionnalisme, ainsi que de deux passagères, une médecin et une infirmière ».
Dans le cockpit : gestion du risque médical et contraintes opérationnelles
Pour le commandant Vannucci et son copilote, deux variables majeures guident alors la décision : l’état de santé de la mère et du bébé à naître, compte tenu de la prématurité, et la position de l’avion, au‑dessus d’une zone peu desservie et faiblement équipée en infrastructures médicales de haut niveau.
Sur un vol long-courrier, le plan de vol intègre une liste d’aéroports de déroutement prédéfinis, régulièrement réévalués en fonction de la météo, des contraintes de trafic et des performances de l’avion. Mais dans ce cas précis, le fait de se trouver dans une zone isolée du Sahara occidental modifie profondément l’approche, les pilotes devant arbitrer entre la poursuite vers le nord, un déroutement vers un terrain plus proche ou un retour sur le point de départ.
Le choix du demi‑tour vers Dakar et l’appui du centre des opérations
Après concertation avec la médecin à bord, les pilotes concluent qu’il est plus prudent de revenir vers Dakar, principal aéroport de la région, plutôt que de continuer sur une route qui les éloignerait des structures de prise en charge néonatale les plus proches et connues. Le commandant contacte alors le centre des opérations d’ITA Airways à Rome via le système de communication par satellite, afin de coordonner le retour et de demander la présence des services de secours à Dakar « dans l’heure ». Ces échanges s’inscrivent dans la logique des procédures des compagnies régulières, qui veulent que les décisions critiques en vol soient appuyées, lorsque le temps le permet, par le centre opérationnel, capable de mobiliser les ressources au sol et de confirmer les options d’aéroports alternats.
Naissance en vol : un bébé, un prénom et une première pour ITA Airways
C’est au moment où le retour vers Dakar est enclenché que le bébé naît dans la cabine, dans une zone isolée par le personnel navigant pour préserver l’intimité de la mère. Selon le récit du commandant, « nous avons informé les passagers et tout le monde a applaudi ». Le petit garçon reçoit un double prénom : Mohammed Alessandro, Mohammed en référence à son origine et Alessandro en hommage au commandant de bord.
Pour ITA Airways, il s’agit du premier enfant né à bord d’un de ses avions, ce que la compagnie qualifiera sur ses réseaux un «événement heureux et inattendu ». Sur Instagram, la compagnie souligne que le bébé est « en parfaite santé » et lui souhaite « une splendide vie pleine de joies ».
Les naissances en vol restent statistiquement très rares : le Corriere della Sera rappelle qu’un tel événement serait attendu, en moyenne, « une fois tous les 23 millions de passagers », selon des données évoquées lors d’un précédent article sur ce thème.
Pour rappel, les équipages sont systématiquement formés aux premiers secours et disposent d’une trousse médicale, complétée sur certains vols par un kit avancé utilisable par un médecin à bord, tandis que les pilotes restent responsables de la décision de déroutement ou de poursuite du vol. Dans le cas du vol AZ855, la présence d’une médecin et d’une infirmière, associée à une coordination efficace avec le centre des opérations, a permis de conjuguer impératifs aéronautiques et sécurité médicale, dans un environnement contraint par l’éloignement et la prématurité annoncée.
Ita Airways, bimbo nasce (in anticipo) sul volo Dakar-Roma: evento molto raro, ne capita uno ogni 23 milioni di passeggeri https://t.co/tz9UL4VjT2
— Corriere della Sera (@Corriere) April 30, 2026
Aucun commentaire !