Alors que la guerre au Moyen-Orient perturbe les approvisionnements et fait flamber les prix du pétrole, les principaux acteurs français du transport aérien se veulent rassurants. Ils affirment qu’aucune rupture d’approvisionnement en kérosène n’est à craindre à court terme pour assurer les vols cet été.

Face aux inquiétudes nées du conflit et du blocage partiel du détroit d’Ormuz, Air France-KLM et Corsair entre autres, ainsi que le gestionnaire aéroportuaire Groupe ADP (Aéroports de Paris), montent au créneau pour apaiser les craintes des voyageurs.

« Jusqu’en juin nous ne prévoyons absolument aucun problème », a déclaré Steven Zaat, directeur financier d’Air France-KLM, lors de la présentation des résultats du premier trimestre. Le groupe aérien franco-néerlandais, qui bénéficie notamment d’un approvisionnement direct par oléoduc entre Le Havre et Paris-Charles de Gaulle, dispose en outre de stocks stratégiques en Europe.

Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair et président de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam), a abondé dans le même sens sur RTL : « Cette rupture ne devrait pas se produire à court terme ». Il a évoqué une visibilité de 4 à 6 semaines et assure que les compagnies aériennes pourront passer la saison estivale sans difficulté majeure, grâce aux garanties du gouvernement sur les stocks stratégiques. « On a une garantie jusqu’à septembre », a-t-il indiqué.

Sur Radio France, le ministre français de l’Économie Roland Lescure se veut également rassurant : « On avait annoncé aucune pénurie en avril, on n’a pas eu de pénurie en avril, ce que je peux vous dire aujourd’hui, on est à la fin du mois d’avril, c’est que je n’ai pas non plus d’inquiétude pour le mois de mai ». « 20% de notre kérosène vient du Golfe, donc évidemment, on suit ça comme le lait sur le feu depuis le début », a précisé le ministre. « Si demain, on arrêtait totalement d’importer du pétrole, du diésel et du kérosène, on aurait trois mois de stock », a-t-il assuré. Et d’insister : « On a des mois devant nous ! »

Des aéroports parisiens sereins
À Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly, principaux hubs français, les autorités et le gestionnaire Groupe ADP confirment qu’aucune pénurie n’est anticipée dans les prochaines semaines. Le secteur bénéficie d’une diversification des sources d’approvisionnement (Norvège, Amérique du Nord, Afrique) qui limite la dépendance aux pays du Golfe.

Groupe ADP assure que ses deux aéroports parisiens sont « en meilleure position » que d’autres pour s’approvisionner en kérosène et éviter toute pénurie. « Paris Aéroport est approvisionné via un réseau d’oléoducs directement reliés aux raffineries et à un terminal au Havre », a rappelé la directrice de la stratégie du groupe, Christelle de Robillard, lors d’une conférence sur l’activité au premier trimestre. « La majorité du pétrole brut qui alimente ces infrastructures vient d’Amérique du Nord. Donc nous sommes, par rapport à d’autres, plutôt dans une meilleure situation », a-t-elle souligné.

Un impact financier majeur et un appel au gouvernement
Si l’approvisionnement semble assuré, la flambée des prix du kérosène pèse lourdement sur les comptes des compagnies aériennes françaises. Le carburant, qui représentait environ 25 % des coûts avant le conflit, en constitue désormais près de 45 %. À noter que certaines low cost, comme Transavia ou Volotea, ont annulé une partie de leurs vols ces dernières semaines. Ces suppressions ne sont pas liées à une pénurie de kérosène, mais bien à la flambée de son prix, qui rend certains vols non rentables dans le contexte actuel.

Face à cette pression, les compagnies aériennes s’attendent à un geste du gouvernement. Pascal de Izaguirre l’a confirmé : « Le gouvernement semble avoir accepté, pour les compagnies qui les demanderaient, des reports de charges sociales et fiscales pour soulager la trésorerie ». Les acteurs de l’aérien français doivent être reçus ce mercredi 6 mai par les ministres de l’Économie et des Transports, Roland Lescure et Philippe Tabarot. Ils comptent leur demander également plus de transparence sur les stocks et la fixation des marges des raffineurs.

« On va lui [Roland Lescure, ndlr] demander de ne pas accroître la fiscalité », a insisté le président de la Fnam, rappelant que le secteur aérien français supporte déjà un poids fiscal important.

Des billets plus chers cet été ?
Les compagnies aériennes devraient répercuter une partie de la hausse des coûts sur les prix des billets. Air France-KLM prévoit ainsi de transférer environ 60 % de l’augmentation du carburant à ses clients au deuxième trimestre.

Pour l’heure, le message des acteurs de l’aérien français reste clair : les Français qui ont réservé leurs vacances d’été peuvent voyager sereinement. Le secteur, tout en appelant à la vigilance et à un accompagnement de l’État, se montre confiant pour surmonter cette nouvelle crise géopolitique sans rupture d’approvisionnement à court terme. Les prochains mois diront si cette sérénité se confirme au-delà de l’été.

Pas de pénurie de kérosène en France : Air France-KLM, Corsair, Groupe ADP… se veulent rassurants 1 Air Journal

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