L’aéroport de Paris-Vatry, dans la Marne, est frappé de plein fouet par la taxe française sur les petits colis issus du e‑commerce. Son trafic de fret s’est effondré en quelques semaines, au point de conduire la plateforme à enclencher un plan social.

Depuis l’entrée en vigueur, le 1er mars, d’une taxe de 2 euros par colis d’une valeur inférieure à 150 euros et importé hors Union européenne, l’activité fret de Vatry s’est brutalement contractée. L’aéroport, dont 90% du fret provenait de plateformes chinoises comme Shein, Temu ou AliExpress, a vu ses volumes passer d’environ 4 000 tonnes en février à 800 tonnes en mars.

« Avant le 1er mars, nous étions à une moyenne de 600 tonnes par semaine. Aujourd’hui, nous ne dépassons pas les 160 tonnes hebdomadaires », déclare au site local Actu Epinal Fabrice Pauquet, directeur de l’aéroport Paris-Vatry (XCR), qui juge la situation « désolante ». Selon les chiffres cités par la direction, Vatry a perdu les sept rotations hebdomadaires qui le reliaient à Haikou, en Chine, et ne voit plus que deux avions de fret se poser chaque semaine.

Plan social et emplois menacés
Face à la chute brutale des volumes de fret, le département de la Marne, propriétaire de l’aéroport, a confirmé la mise en œuvre d’un plan social. Dix-sept postes doivent être supprimés sur la trentaine que compte la structure, soit plus de la moitié des effectifs directs.

Les élus locaux alertent également sur l’impact pour l’emploi indirect, dans la logistique et le transport routier. « Tous les efforts pour développer l’aéroport vont être annihilés par une taxe stupide qui rapportera très peu et va détruire beaucoup d’emplois », déplore Jean‑Marc Roze, président du conseil départemental, qui demande au gouvernement de « reculer sur ce dispositif ».

Une taxe française, unique en Europe
La taxe dite « petits colis » s’applique à chaque envoi de faible valeur importé de pays tiers, avec un forfait de 2 euros par colis d’une valeur inférieure à 150 euros, en plus de la TVA et des éventuels droits de douane. La mesure vise explicitement à freiner l’afflux de marchandises à bas coût provenant de géants du e‑commerce, en particulier chinois.

À ce stade, la France est le seul pays à avoir instauré une telle taxe nationale sur les petits colis pour les plateformes d’e‑commerce, avant l’entrée en vigueur d’un droit de douane européen de 3 euros par colis prévue en juillet 2026. C’est seulement à cette date que l’Union européenne aura un dispositif complètement harmonisé entre les États membres, la France ne sera plus seule à taxer les petits colis à l’importation. En attendant, cette singularité fiscale pèse directement sur la compétitivité des hubs de fret français, dont Paris-Vatry et Roissy-CDG.

Un contournement massif via la Belgique et le Benelux
Depuis le 1er mars, la quasi-totalité des flux de colis en provenance de Chine a été redirigée vers d’autres plateformes européennes. Les avions cargos qui se posaient à Paris-Vatry ou à Paris-CDG atterrissent désormais dans des aéroports situés aux Pays-Bas, en Belgique ou en Europe de l’Est.

« Les plateformes font atterrir leurs avions aux Pays-Bas ou en Belgique, puis les colis arrivent en France par la route, dans des camions, ce qui leur permet d’éviter la taxe française », explique un responsable du secteur du transport, cité par RMC. D’après l’Union des entreprises de transport et de logistique de France, cela représente jusqu’à 4 000 poids lourds supplémentaires sur les routes, notamment dans le nord du pays.

Les douanes françaises font le même constat. À Paris-CDG, les déclarations de petits colis ont chuté de 92% dès le 3 mars par rapport à la moyenne 2025, et de 90% à Vatry, selon les chiffres du Groupe ADP et des services douaniers. 

Aussi, la taxe sur les petits colis rapporte seulement 2,3 millions d’euros par mois à l’État, confirme les Douanes françaises. « Le déport de volume » découlant de cette stratégie est « de l’ordre de 90% depuis le 1er mars », a déclaré le directeur général des Douanes, Florian Colas, mercredi lors d’une audition par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. « On est passé d’environ 500 000 déclarations [de petits colis, ndlr] par jour à environ 50 000 aujourd’hui », ce qui « correspond à un rendement de l’ordre de 2,3 millions par mois », a-t-il ajouté.

Paris-Vatry cherche un nouveau modèle
Dans ce contexte, l’avenir de l’aéroport marnais apparaît incertain. Les responsables explorent des pistes de reconversion vers d’autres types de fret, le développement de vols passagers ou des activités de maintenance, mais ces options restent encore à préciser. Le département de la Marne n’exclut plus, à terme, une fermeture de la plateforme si l’activité ne repart pas.

Le fret en chute libre à l'aéroport Paris-Vatry, victime collatérale de la taxe sur les petits colis 1 Air Journal

@Aéroport de Vatry