Le Bundestag a adopté mercredi une réduction significative de la taxe sur les billets d’avion (Luftverkehrssteuer). Cette mesure marque un tournant pour renforcer la compétitivité du transport aérien allemand.
Au 1er juillet 2026, la taxe reviendra à ses niveaux d’avant la hausse de mai 2024. Concrètement, elle passera de 15,53 € à 13,03 € pour les vols court-courrier en Europe, de 39,34 € à 33,01 € pour les moyen-courriers et de 70,83 € à 59,43 € pour les long-courriers. Cette baisse d’environ 16 % devrait coûter environ 350 millions d’euros par an au budget de l’État fédéral allemand. Elle fait partie des engagements du contrat de coalition entre la CDU/CSU et le SPD, sous l’impulsion du chancelier Friedrich Merz, pour renforcer la compétitivité des aéroports et compagnies allemands.
Le secteur aérien allemand souffre depuis plusieurs années. Le trafic de passagers reste encore inférieur aux niveaux de 2019 dans de nombreux aéroports, alors que des hubs voisins comme Amsterdam, Paris ou Istanbul ont retrouvé ou dépassé leurs records d’avant-Covid. Les coûts élevés – taxes, frais de sûreté, navigation aérienne – ont poussé certaines compagnies aériennes à réduire leurs capacités en Allemagne.
Compagnies aériennes, entre satisfaction et prudence
Les professionnels du secteur accueillent la mesure avec un mélange de satisfaction et de prudence. L’association allemande du transport aérien (BDL) parle d’« un premier pas nécessaire ». Cependant, elle insiste sur le fait que cette réduction reste insuffisante pour inverser complètement la tendance. « L’actuelle baisse de la taxe sur le transport aérien est un premier pas nécessaire, mais elle ne suffit pas à compenser les désavantages concurrentiels liés aux coûts induits par l’État par rapport aux autres pays européens », estime-t-elle.
Lufthansa, premier transporteur aérien allemand, voit dans cette baisse un soutien utile pour ses hubs de Francfort et Munich. Un représentant du groupe a qualifié la décision d’« étape importante », tout en rappelant que la charge fiscale globale sur l’aviation allemande a doublé depuis 2019. La compagnie aérienne allemande espère que cette mesure aidera à stabiliser et à développer son offre long-courrier.
De son côté, Ryanair reste plus critique. La low-cost avait fortement réduit ses opérations en Allemagne ces derniers mois, notamment en fermant des bases et en supprimant des centaines de milliers de sièges, en raison des coûts jugés trop élevés. Elle considère la baisse comme un geste positif mais limité, loin des promesses initiales plus ambitieuses du gouvernement.
L’organisation Flughafenverband ADV, qui représente les aéroports, abonde dans le même sens et appelle à d’autres allègements, notamment sur les frais de sûreté et de contrôle aérien, pour créer un véritable « signal de retournement ».
Pour les voyageurs, cette baisse devrait se traduire par des billets légèrement moins chers dès cet été, même si les compagnies aériennes ne répercutent pas toujours intégralement les économies, surtout dans un contexte de flambée du kérosène liée à la guerre au Moyen-Orient. Les experts estiment que l’effet sur les prix restera modéré, mais symbolique.
Une approche opposée en France
Ce choix contraste nettement avec la politique française. En mars 2025, la France a augmenté la Taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA, dite « taxe Chirac »). Cette hausse, qui peut atteindre plusieurs dizaines d’euros selon la distance et la classe, a généré environ 850 millions d’euros de recettes supplémentaires par an.
Le secteur aérien français dénonce une fiscalité qui renchérit les billets et freine la croissance de l’offre. Alors que l’Allemagne cherche à rendre son secteur aérien plus attractif, la France mise sur une fiscalité plus lourde pour financer des objectifs environnementaux et sociaux.
La bataille fiscale européenne dans l’aérien ne fait que commencer. Reste à voir si cette baisse allemande suffira à redonner des couleurs durables au transport aérien outre-Rhin. Les professionnels espèrent déjà de nouvelles mesures pour alléger les autres coûts structurels.

Francfort ©Fraport
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