Plus de 500 dirigeants d’aéroports, décideurs politiques et experts de l’aviation se sont réunis du 22 au 24 juin à Prague pour le 36e congrès annuel et l’Assemblée générale d’ACI Europe. Accueilli par l’aéroport de Prague, cet événement phare du secteur aéroportuaire européen a permis de dresser un bilan lucide tout en lançant des appels forts pour l’avenir.

L’édition 2026 s’est déroulée dans un contexte de reprise inégale du trafic, de pressions réglementaires accrues et de besoins d’investissement massifs. Le programme riche a combiné débats stratégiques, sessions sur l’innovation et networking de haut niveau. Plus de 50 intervenants ont participé, dont des représentants de la Commission européenne.

Un état de l’industrie aéroportuaire contrasté
Dans son discours « état de l’industrie », Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, a dressé un tableau contrasté. Seuls environ 60% des aéroports européens ont retrouvé ou dépassé leurs niveaux de passagers de 2019. Les 40% restants n’ont pas encore retrouvé leur niveau de trafic d’avant‑Covid, les aéroports régionaux étant les plus touchés. Les hubs et les plateformes low cost enregistrent de bonnes performances, mais de nombreux aéroports régionaux restent à la traîne.

Le « Grand Découplage » du modèle économique
En avril 2026, le trafic passager a connu une première baisse depuis la reprise post‑Covid : –0,7% par rapport à avril 2025. Des facteurs comme les tensions géopolitiques, les grèves et la maturité du marché expliquent cette évolution. Le message central du congrès porte sur le « Grand Découplage ». Le modèle traditionnel – plus de passagers égale plus de revenus et plus d’investissements – ne fonctionne plus. Les aéroports européens font face à des coûts structurellement plus élevés (inflation, normes environnementales, sécurité) et à une concurrence intense.

Comme perspective, Olivier Jankovec a souligné l’entrée dans un « super cycle d’investissements » : 360 milliards d’euros seront nécessaires d’ici 2045 pour moderniser les infrastructures, digitaliser les opérations et accélérer la décarbonation. Sans ajustements, le secteur risque de perdre entre 45 et 75 milliards d’euros de valeur sur vingt ans.

Diversifier les revenus et défendre la compétitivité
Les aéroports doivent donc diversifier leurs revenus non aéronautiques, augmenter les recettes par passager et être reconnus comme une infrastructure stratégique essentielle pour l’Europe. Stefan Schulte, réélu pour un second mandat à la présidence d’ACI Europe et PDG de l’exploitant aéroportuaire allemand Fraport, a appelé à une réorientation de la stratégie aviation de l’Union européenne (UE). Il a mis en garde contre les effets du Pacte vert et des réglementations qui fragilisent la compétitivité face aux concurrents mondiaux.

EES : un risque pour l’expérience passager
Olivier Jankovec a dénoncé les perturbations causées par le nouveau système Entry/Exit System (EES) aux frontières Schengen. Les files d’attente, souvent longues, créent des risques opérationnels et dégradent l’expérience des passagers. Il demande plus de flexibilité et une priorité claire donnée à la compétitivité du secteur.

Vers une nouvelle stratégie aérienne européenne
Une table ronde politique a réuni Magda Kopczyńska, de la Commission européenne, et Stefan Schulte, soulignant la nécessité d’une nouvelle stratégie européenne pour l’aviation. Malgré les difficultés économiques, l’objectif Net Zero 2050 reste une priorité absolue. Près de 289 aéroports participent au programme Airport Carbon Accreditation d’ACI. Le congrès a aussi mis en avant l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les opérations et la gestion des ressources humaines.

Congrès ACI Europe 2026 : reprise inégale, coûts en hausse, les aéroports cherchent un nouveau souffle 1 Air Journal

Prague Airport Terminal 2 @Felix Riehle/Wikipedia